10 janvier 2005
Entre les lignes...
Comme je l'annonçais il y a quelques jours, je mets aujourd'hui en ligne un rapport de patrouille. Rien de particulier dans ce rapport, si ce n'est qu'il est intéressant de le suivre au fur et à mesure de sa transmission aux échelons supérieurs de la hiérarchie…
Rapport de la reconnaissance du sergent Rottée
Nom du gradé : Rotée, sergent, 74e R.I., 12e Cie.
Composition de la patrouille : 1 sergent, 2 caporaux, 28 hommes dont 2 munis de grenades.
Date et heure : 19 décembre, de 2 heures à 5 heures.
But de la patrouille
Explorer le plateau au sud de la cote 101, attaquer un petit poste et essayer de faire des prisonniers.
Itinéraire suivi
Parti du petit poste de la 1ère section de la 12e Cie, suivi le chemin de terre de Saint-Thierry à Courcy, jusqu'à 250 mètres environ du carrefour avec le chemin de Thil à Courcy. Ensuite, marche de l'ouest à l'est en explorant le plateau jusqu'au chemin à deux traits de Courcy à Saint-Thierry (dans la direction de l'arbre isolé situé entre Courcy et le moulin), point extrême de la marche (à environ 40 mètres de l'arbre isolé). Retour parallèlement au chemin de terre de Courcy à Saint-Thierry et rentrée dans les lignes par un poste du 1er bataillon, puis par le poste du départ.

Source : SHAT
Evènements survenus
A l'endroit où nous avons quitté le chemin de terre, à 5 ou 10 mètres à gauche, un trou pour deux tireurs couchés. Au carrefour, et orientée vers le sud, est une ligne de petites tranchées pouvant contenir 2 où 4 soldats (tranchées semblant anciennes et abandonnées). Jusqu'à la route, nous n'avons rien trouvé, sauf une sentinelle près de l'arbre isolé. A ce moment, nous avons gagné la route où nous nous sommes abrités derrière un tas de cailloux de 2,50 à 3 mètres. Pas pris d'assaut, car de loin nous croyons avoir en face de nous une petite tranchée. Pendant ce séjour au tas de cailloux, la patrouille de tête a trouvé du vieux fil téléphonique et un câble métallique de la grosseur d'un crayon et solidement fixé. La patrouille de droite avait trouvé, avant de gagner la route, un cadavre en complète décomposition et débarrassé de tout son équipement. Au moment de traverser la route, nous avons essuyé, venant de la gauche de l'arbre isolé, un coup de feu. A notre retour, nous avons trouvés des trous d'obus dont quelques-uns ont été aménagés en tranchées, tous [un mot illisible] d'un chemin semblant se diriger vers Courcy, et avec des traces fraîches de passage. Dans ces trous, des journaux allemands ont été trouvés. En rentrant dans les lignes, nous avons trouvé des trous d'obus et des petites tranchées (en petit nombre) et complètement hors d'usage.
Le chef de la reconnaissance,
Sergent Rottée
Le rapport est transmis au commandant de la compagnie, le capitaine Jullien. Avant de l'expédier, à son tour, au chef du bataillon, le capitaine Jullien l'annote ainsi :
Avis du capitaine commandant la compagnie
Il est fâcheux que le sergent Rottée n'ait pas cru devoir pousser jusqu'à l'arbre isolé, près duquel on avait pu apercevoir, dans la journée, deux ou trois hommes – des guetteurs peut-être… Il aurait pu, vraisemblablement, faire là des remarques plus intéressantes que celles qu'il a rapportées.
Capitaine Jullien
Retour à l'envoyeur, chacun en prend pour son grade : le chef du 3e bataillon annote à son tour le rapport du sergent Rottée et la note du capitaine Jullien avant de transmettre le tout à l'E.-M. du régiment :
Avis du chef de bataillon
Il est fâcheux également que la mission imposée au chef de la reconnaissance n'ait été donnée qu'incomplètement. Il avait été prescrit :
- – d'explorer les pentes de la cote 101, de déterminer l'emplacement de postes ennemis ; de les attaquer et de faire des prisonniers.
- – de pousser, en tous cas, jusqu'au réseau de fil de fer ennemi, d'opérer les destructions nécessaires et de rapporter des éléments (piquets, fil, etc.) susceptibles de déterminer la valeur de cette défense accessoire.
En résumé, mission mal donnée et exécution imparfaite. Les observations nécessaires seront faitse au commandant de l'unité et au chef de reconnaissance.
Commandant Lachèvre
Je ne sais pas si Brenot, commandant le régiment, fit des observations…

