Lettre du Petit Fils de Gaston Olivier, soldat au 274° RI - tué à l'ennemi - le 14 Janvier 1915

 

Bully-les-Mines, le 14 Janvier 2005

 

Cher Bon Papa,

 

C'est donc ton petit-fils qui s'adresse à toi, 90 ans après ta mort tragique sur le front de Champagne et le jour anniversaire de la naissance de ta fille Suzanne, qui fête aujourd'hui ses 91 ans.

 

Tu étais parti à la guerre convaincu qu'elle serait courte, puisque vous ne pouviez que la gagner contre des barbares qui ne respectaient rien.

Il fallait que le bon droit triomphe de l'infamie. Tu avais raison, ta sincérité et ta foi en un avenir meilleur ne pouvaient que t'aider à terrasser le monstre.

Mais à quel prix ! tu as côtoyé la mort chaque jour, au point de la souhaiter pour toi-même comme étant la seule solution pour échapper à cet enfer.

 

Tu as eu le souci constant d'être un père de famille bienveillant, protecteur, rassurant pour tes 3 enfants et ton épouse qui faisaient ta fierté et dont tu avais dû te séparer malgré toi. Tu as su garder pour toi le plus gros de tes angoisses en les distillant avec une pointe d'humour de manière à ne pas dramatiser plus qu'il n'en fallait.

 

Et pourtant les 6 mois passés sur le front ont été un cauchemar journalier, ton quotidien était fait du sifflement des balles, du grondement des obus, des explosions des marmites, des dégâts causés par les shrapnells, des marches éprouvantes, un corps courbatu, blessé, malade, tu as vécu avec l'odeur des morts, de cette mort horriblement présente dans le décor des combats, tu as dû te coucher et t'endormir sur une terre imprégnée de sang, qui, mêlée à l'urine et aux excréments devint ce que Maurice Genevoix a appelé : "L'humus humain".

 

Seule l'amitié de tes compagnons d'infortune, les lettres de ta famille, les colis des amis, t'ont permis de résister temporairement à cette ultime épreuve.

Le destin a voulu que tu cesses brutalement de vivre cet enfer ce 14 Janvier 1915.

Reposes en paix, cette paix pour laquelle tu as combattu au sacrifice de ta vie afin que nous puissions vivre en paix.

 

Ton petit fils

 

Alain

 

J'espère qu'Alain Chaupin, que je remercie pour les lignes qu'il a bien voulu déposer ici, verra un jour la correspondance de guerre de son grand-père publiée…