22 avril 2005
Les croix de bois de Pontavert...
Un des ouvrages les plus célèbres et les plus lus sur les combattants de la Grande Guerre est sans conteste « Les Croix de Bois » de Rolland Dorgelès. Dans « Bleu Horizon » (autre livre de Dorgelès) l’auteur relate la genèse de son roman. Le hasard veut que ce soit le secteur de Pontavert, que je présente actuellement sur le blog, qui fut à l’origine du titre du roman. Dorgelès s’en explique :
« Puis, un jour que notre régiment remontait aux tranchées - c'était dans l'Aisne, je m'en souviens - une sorte d'apparition m'a bouleversé. Nous nous dirigions vers Pontavert par les champs en friche et les hameaux déserts et, ployé sous le sac, perdu dans la poussière, je regardais ces tombes de soldats dont la route était jalonnée. Toutes pareilles : une bouteille au pied, pour retrouver le nom, et une cocarde au coeur, ainsi que les conscrits.
Plus nous nous approchions des lignes, plus il y en avait. On eût dit que tous les morts de la plaine étaient accourus pour nous souhaiter bonne chance. Ils se pressaient le long du talus, agitant leurs képis, brandissant des feuillages, et j'eus soudain le sentiment que, penchés sur nos rangs, ils y cherchaient déjà ceux qui allaient les rejoindre.
Je n'ai pas frissonné. Je n'ai pas pensé à moi : peut-être croyais-je à ma chance... Mais en regardant d'un côté toutes ces croix dont les mains se joignaient, et de l'autre tous ces jeunes hommes qui portaient au poignet ou au cou leur plaque individuelle pour permettre de reconnaître leur cadavre, j'ai brusquement compris que morts et vivants ne formaient qu'une seule armée sous un unique emblème : des croix de bois.
Mon livre avait trouvé son nom. »
Rolland Dorgelès, in « Bleu Horizon. Pages de la Grande Guerre », Albin Michel, 1949, p. 19.
Note : Après avoir suivi une sommaire instruction au 74e R.I. à Rouen, Rolland Dorgelès fut versé, le 12 septembre 1914, au 39e R.I., régiment qui formait alors la 9e brigade de la 5e D.I. avec le 74e R.I.


