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Les tranchées de Maison Blanche - Le Miroir

Il ne me sera pas possible de relater dans le détail les combats du 74e R.I. au Labyrinthe entre les 4 et 11 juin 1915. D'une part je n'en ai pas le temps actuellement, d'autre part cet espace ne s'y prête qu'imparfaitement. Un jour... ailleurs... je le ferai.

Cependant et afin d'en donner tout de même une idée, voici quelques récits, parmi d'autres, qui illustrent ces effroyables combats.

JMO du 74e R.I. à la date du 4 juin 1915 :

Sur l’ordre du colonel commandant la 106e brigade, le 74e R.I. relève dans la soirée les éléments suivants aux ordres du colonel DE TURENNE, commandant le 205e R .I. :

- 2 bataillons du 205e R.I.,
- 1 bataillon du 224e R.I.,
- 1 bataillon du 329e R.I.

Emplacements :

- Bataillon JULLIEN (*): à droite, entre A4, B4, A5, B5, A6, B6.
- Bataillon CHAMBOUILLAT : à gauche, avenue Claudot, boyaux de l’Elbe et de la Vistule.
- Bataillon AUBRY : à l’ouest du chemin creux, tranchée Von Kluck et boyaux adjacents.

(*) Le capitaine JULLIEN commande par interim le 3e bataillon, le commandant LACHEVRE ayant pris provisoirement le commandement du 39e R.I.

Jacques LANQUETOT, alors lieutenant à la 4e Cie, décrit en quelques lignes cette fameuse position du Labyrinthe dans laquelle le régiment est engagé :

" Ce nom de « Labyrinthe » avait été donné à un ensemble d'organisations allemandes situé entre Neuville et Ecurie, au nord d'Arras ; les boyaux et les tranchées y étaient tellement nombreux et enchevêtrés que leur représentation sur le plan directeur donnait l'impression d'un écheveau inextricable de fils bleus. Sauf deux on trois tranchées qui rappelaient des noms célèbres : Von Kluck, Eulenbourg, les autres boyaux étaient baptisés par des lettres affectées d'indices numériques : a1, a2, b1, b3, b5, etc... Une vaste place d'armes au milieu du Labyrinthe portait le nom évocateur de « Salle des Fêtes ». Malgré notre avance dans Neuville-Saint-Vaast, les Allemands incrustés dans ce labyrinthe nous disputaient le terrain pied à pied. Le régiment avait reçu la mission d'achever la conquête de cet important objectif. "

L'adjudant DESMAIRES, de la 3e Cie, a " conservé le souvenir d'un enfer comparable à celui décrit par Dance ". Il ajoute : " Pendant toute la période de combat l'ennemi est visiblement agité. Son artillerie tonne avec fureur partout, toutes les corvées qui arrivent accusent des pertes. C'est là que je fis connaissance de toutes sortes de grenades : des bouteilles de soda remplies de cheddite, des boîtes de conserve entourées de clous et fixées sur des planchettes, des grenades percutantes à cueiller munies d'un ruban pour les faire tomber sur le détonateur. Du côté allemand, dont nous utilisâmes les prises de guerre, à signaler des grenades à pilon, tortues, des oeufs de poule dont nous faisions retour à l'envoyeur par dessus les barricades. Le fond des boyaux était tapissé de morts ennemis à peine recouverts de terre dont les ventres fléchissaient lorsque nous marchions dessus... " 

Au 3e bataillon, la 10e Cie du capitaine LEFEBVRE-DIBON montant en ligne met plus de huit heures pour parcourir 3 ou 4 kilomètres. La tranchée qu'il doit occuper est intenable : " Cette tranchée, labourée les jours précédents par le tir de l'artillerie ennemie, était devenue informe, n'offrant plus aucune protection". Pas d'outil pour la remettre en état... " Le capitaine JULLIEN vient la reconnaître avec moi ; nous poussons même plus loin, sur la route de Béthune, car il vient de recevoir l'ordre de rester avec le bataillon dans le secteur où nous nous trouvons. Sur la route, des trous ont été creusés dans le talus, du côté de l'ennemi, c'est une protection relative ; je décide d'y porter ma compagnie. Je retourne réveiller mes hommes et les ramène rapidement, craignant, en attendant, de voir la place prise par une autre compagnie. Les hommes ronchonnent un peu, ce qui se comprend, d'être déjà réveillés ; mais quelques minutes après, chacun ayant choisi son trou, s'y était terré tant bien que mal et rendormi. Il faisait maintenant jour : la compagnie occupait enfin un emplacement d'où j'espérais n'avoir pas à bouger de la journée.
La route avait été, elle aussi, labourée récemment. Parsemée de trous d'obus, les éclats de ceux-ci l'avaient tellement changée qu'elle semblait avoir été hersée. Quant aux arbres, beaucoup étaient abattus, fauchés à 3 ou 4 mètres du sol. Sur les quelques branches de ceux qui restaient encore debout, il n'y avait plus de feuilles, l'ouragan des projectiles, en passant, les avait toutes arrachées.

Le contraste entre cette route désolée avec ses arbres d'hiver et cette belle journée de fin de printemps sous un soleil déjà chaud, était si frappant que l'on éprouvait un sentiment pénible, comme un malaise devant quelque chose d'anormal. On devinait un endroit où des événements contre nature devaient se passer. "

A suivre...

labyrinthe

Les tranchées du Labyrinthe - Merci à Alain Chaupin pour cette carte postale