26 août 2005
"Un capitaine de vingt ans"
François Chevennes, "Un capitaine de vingt ans", J. de Gigord Editeurs, Paris, 1931.
Toujours en quête de témoignages de combattants de la Grande Guerre, il y a quelques mois j'avais acheté ce livre chez un bouquiniste sans trop savoir de quoi il s'agissait. En rentrant chez moi, je prenais enfin le temps de regarder ce texte de plus près. Très rapidement, la table des matières et une lecture en diagonal du récit ne me laissaient guère de doute : il s'agissait à coup sûr du témoignage d'un combattant du 74e R.I. Pour moi qui travaillait sur ce régiment depuis quelques mois déjà, ce fut un scoop !! Un témoignage de plus sur ce régiment, et dont je ne soupçonnais pas même l'existence !!!
Cependant, il m'apparut rapidement que le nom de l'auteur était un pseudonyme car je ne retrouvais sur aucun document alors en ma possession la trace de ce capitaine Chevennes ! Je me lançais alors dans une lecture attentive du texte et, par recoupements, je trouvais assez facilement l'identité réelle de l'auteur de ce témoignage : le capitaine Lanquetot. Par la suite, je devais apprendre que cet officier fut une figure du régiment puis, après guerre, de l'Amicale des Anciens Combattants du 74e R.I. Mais je veux ici me limiter à la présentation du livre, me promettant de brosser un portrait du capitaine, puis colonel Lanquetot, plus tard, dans la rubrique "Portraits" de ce blog.
"Un capitaine de vingt ans" est paru chez J. de Gigord, en 1931. L'ouvrage est préfacé par Louis Madelin. De 182 pages, le texte est divisé en 9 chapitres et ponctué de 76 dessins à la plume de Pierre Rousseau, qui réalisa également la couverture du livre. Le témoignage se compose de souvenirs, donnés chronologiquement, et dans lesquel l'auteur rapporte les faits et gestes d'un sous-lieutenant, puis lieutenant et enfin capitaine François qui n'est autre que Lanquetot lui-même. La plupart des noms sont fictifs (c'est bien dommage ! mais j'ai à peu près réussi à rétablir l'identité des principaux personnages), la topographie et la chronologie sont réelles et fidèles au parcours du régiment. Lanquetot passa par les 4e, 2e et 11e compagnies. Le témoignage court de la mobilisation - Lanquetot était alors élève à Saint-Cyr - à l'attaque du fort de Douaumont en mai 1916 - Lanquetot commandait alors la 11e Cie.
Le capitaine "Chevennes" durant la guerre et le colonel Lanquetot en août 1974, lors d'un pélerinage à Roselies (Charleroi)
Le récit est alerte, simple et semble destiné à un public très large. Le témoignage manque peut-être un peu de profondeur, et, s'il ne cache pas les misères de la guerre, il met surtout en lumière les aspects les plus nobles de la vie du combattant : bravoure, générosité, fraternité. En même temps, l'auteur ne masque pas ses sentiments et leur évolution au fil des mois : la naïveté bravarde du jeune saint-cyrien cède vite le pas au soldat de métier, avisé et responsable. A noter également qu'il s'agit très certainemet d'un des rares témoignages d'un officier qui passa capitaine à vingt ans et qui eut le commandement d'une compagnie à 19 ans...
25 août 2005
Le retour du P'tit Bonhomme...
Juillet - Août 1915
Le régiment est toujours en Artois. Il alterne les périodes de tranchées, de repos, d'exercices et d'instruction. Durant cette période, à noter également de nombreux départs en permission pour les hommes. Le 20 août, le lieutenant-colonel BRENOT, blessé en juin, revient prendre son poste à la tête du régiment, un bout de nez en moins. Son retour est l'occasion d'un après-midi de détente : musique, concours sportifs, etc. (21 août) :
"Ce fut une véritable fête des retrouvailles avec un chef qui avait notre confiance. Toutes les bonnes volontés de tout le régiment furent mises à contribution pour lui offrir des bouquets de fleurs ; une petite estrade, établie à la hâte, lui permit d'assister aux nombreux jeux sportifs organisés en son honneur" (Charles Toussaint, "Petites histoires d'un glorieux régiment").
Photo extraite de "Flambée de Souvenirs", Desmaires
Mais, la guerre reprends vite ses droits avec son cortège de misères...
Le 24 août au matin un soldat du Régiment, M.... G......, condamné à mort par le conseil de guerre de la 5e D.I. pour abandon de poste, est passé par les armes. Je reviendrai sans doute ultérieurement sur cette affaire.
Extrait du J.M.O. :
Journée du 24 août
[...] A partir de midi, le régiment quitte ses cantonnements (exécution d’un ordre du général commandant la 5e D.I.) et embarque en automobiles à partir de 13 heures. Le régiment débarque sur la route d’Acq à Frévin-Capelle vers 16 h. 30.
Cantonnements occupés par le 74e R.I. :
- E.-M., C.H.R., C.M., 2e et 3e bataillons : Frévin-Capelle
- 1er bataillon : Capelle-Fermont
Le cantonnement des unités est très resserré et ces dernières bivouaquent en partie.
En vertu d’un ordre du général commandant la 5e D.I., le 74e R.I. est mis à la disposition de la 130e D.I. et détache six compagnies de travailleurs, comprenant chacune un officier, 6 sous-officiers, 15 caporaux et 105 hommes, pour exécuter des travaux de sape dans le secteur de la 130e D.I.
Journée du 25 août
Travaux d’aménagement des cantonnements et bivouacs





