BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

14 septembre 2005

La sape 37...

Le 14 septembre 1915, le J.M.O. du 74e R.I. rapporte la mort de plusieurs soldats du régiment, précisant que ces hommes étaient affectés aux travaux de préparation du terrain en vue de l'offensive prochaine. Pas davantage de précisions. Il faut parfois chercher ailleurs, au sein des unités qui partagent le même secteur, les informations manquantes.

Concernant les tués de cette journée, c'est Amédée Guiard, du 405e R.I. (dont j'ai présenté le témoignage dans un message précédent) qui nous apporte quelques précisions. Il note, au soir de cette journée :

"Ce matin, je suis retourné à la sape 37. Jusqu'à 9 heures, rien d'anormal ; travail ordinaire de creusement, le 74e en tête de la sape, le 405e trentre mètres en arrière, pour approfondir encore de 0 m. 40 et élargir de 0 m. 20. Le bombardement boche commence, d'abord lointain, puis plus rapproché, à droite et à gauche de la sape. [...] Soudain les hommes du 74e accourent, les uns derrière les autres, affolés ; l'un tient son bras et crie : "Mes mains, mes mains !" ; l'autre a l'oeil et toute moitié de la figure en sang ; le troisième geint en marchant courbé et en se plaignant des reins ; un quatrième bêle, il a du sang aux lèvres ; et aussitôt la nouvelle se répand : "Il y en a de tués".

Je remonte la sape avec deux hommes pour le cas où il y aurait des blessés gisants et abandonnés, et aussi mû par le désir de montrer un peu d'énergie, car les hommes ne veulent plus retourner à l'ouvrage. J'arrive et je vois étendu sur sa toile de tente, parmi les terres éboulées, un cadavre déchiqueté, sans tête, la poitrine arrachée montrant les poumons. Plus Ioin j'aperçois une loque de chair, qui est peut-être un morceau de la tête, et en m'en allant je bute presque sur une main exsangue ; c'est le bras qui a été violemment arraché. Je suis tellement ému qu'au lieu de me retrouver chrétien et de m'agenouiller, je m'en vais par une sorte de pudeur et d'horreur sacrée, après avoir regardé s'il n'y avait pas un autre cadavre.

Et alors la même pensée m'obsède. Quelle brutalité que la mort ! Comme nous sommes loin des dénouements de drames !"

Amédée Guiard, "Le carnet intime de guerre d'Amédée Guiard", Bloug et Gay, 1917, p. 52-53.

Voici les noms de ces malheureux.

Furent tués ce jour-là : Joseph AUBERT (caporal) et Léon FENON de la 11e Cie ; ces deux-là l'ont été lors du bombardement de la sape 37, relaté par A. Guiard. Le même jour André DUREL de la 4e Cie a été tué par une balle, dans une autre sape.

Furent blessés, à la sape 37 : le caporal MARIE et les soldats HUE, SERRES, LESTRA, ARGENTIN, de la 11e Cie et sans doute le soldat THIERY de la 10e Cie.

Jules ARGENTIN sera tué le 22 mai 1916 à Douaumont ; Antoine LESTRA le sera le lendemain, 23 mai 1916...

Posté par stephan à 13:14 - 4. - Neuville-Saint-Vaast - Commentaires [0] - Permalien [#]

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