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L'adjudant BRURON relate en quelques lignes (consignées par l'Amicale des Anciens du 74e R.I.) les derniers instants de la guerre  :

Le 11 novembre 1918, au sortir de Dikkelvenne, les compagnies étaient parties un peu en l’air. Le commandant JAURES, avec l’état-major du bataillon avait fait installer des patrouilles pour couvrir le reste du bataillon et il avançait avec les sections de tête. Sur notre droite, dans le brouillard, nous vîmes des silhouettes imprécises qui s’avançaient avec prudence, puis demandèrent : « Qui êtes-vous ? ». A la réponse : « Des français », ces belges, paysans, femmes et enfants sautèrent au cou des nôtres en pleurant. La progression continua. Le commandant JAURES fit à un carrefour de routes installer des sentinelles sur le talus. A ce moment-là arriva un pli et le commandant JAURES dit aux sentinelles : « Descendez de là ! C’est fini ! Inutile de vous faire casser la gueule… »


Ce même jour, dans le carnet de Frédéric S., sous-lieutenant à la 6ème Cie du régiment :

" La progression reprend. Nous passons l’Escault. Progression arrêtée à 9 h. 30. Armistice signé. Les troupes restent sur leurs emplacements. Des éléments allemands de toutes armes, et n’ayant pas été avertis aux avant-postes de 1ère ligne, couvrent la retraite des forces allemandes et nous tirent dessus jusqu’à 15 heures. Un jeune soldat de la classe 18 est tué à 11 heures (*). Il appartenait à la 6ème compagnie. Un officier d’artillerie français, de l’Etat-Major, se trouve tué, ainsi que son cheval, près du moulin, par éclats d’obus. Du fait de ces tirs de harcèlement, la 1ère section a reçu l’ordre de rester en tête d’avant-garde du 2ème bataillon, qui est lui-même en tête d’avant-garde du régiment. Le régiment, en tête d’avant-garde de la 5ème Division. N’ayant pas d’ordre écrit mentionnant l’arrêt des combats, je donne le commandement de la section au sergent le plus ancien et je me rends au PC du 3ème bataillon, avec lequel je suis en liaison sur ma gauche. Ce bataillon est commandé par le commandant JAURES, neveu de JAURES. Lorsqu’il me voit il a le sourire. Son PC se trouve dans une sape, sous la route d’Anvers à Gand. Il me donne les renseignements demandés, et me communique la note du Colonel affirmant que l’armistice est bel et bien signé. Après avoir pris le coup de l’amitié, je retourne à la section où, quelques instants après, je reçois une note m’annonçant que la 6ème compagnie sera relevée par la 7ème compagnie du 74e R.I."


(*) A ce jour, je n'ai pas trouvé la trace de ce dernier tué au combat du 74e R.I. Il pourrait s'agir de Paul Marius BIZOT, de la classe 17, déclaré tué le 9. La date aurait été un peu avancée afin de ne pas ajouter un drame au drame pour la famille de ce soldat... ?