03 février 2007
C'est du 461 et la fuite en vitesse...

Voici une carte postale de la caserne Pélissier (Rouen).
Ils sont nombreux les pioupious qui, effectuant leur service militaire au 74e R.I., envoyèrent des cartes similaires ! J'en ai plusieurs du même type. Cartes anodines et banales qui ne mériteraient pas que l'on s'y attarde, tant, à première vue, elles ne recèlent que bien peu d'informations. Et pourtant, parfois, entre les lignes...
Celle que je vous présente aujourd'hui est vraiment touchante... Elle est de Maurice Bourgeois, soldat au 74e R.I., 6e Cie, qui l'adresse à son ami, Emile Piernet, lui-même sous les drapeaux, mais à Amiens, au 72e R.I. (11e Cie). En voici les premières lignes :
"Mon cher Emile,
J'espère que ma carte te trouvera en bonne santé, moi je me porte bien. Je crois que le temps se tire pour toi car je crois que c'est du 96 pour toi, et pour moi du 461. Ah !! Vivement la classe. Depuis deux mois, je suis cycliste du commandant [...]"
461 jours encore à tirer, se lamente-t-il gentiment... Cela lui laissait espérer une libération du service militaire pour septembre... 1915. Le plus gros était fait (le service était de trois ans à l'époque). Mais le plus dur était pourtant à venir...
Cette carte, il l'écrivit le 18 juin 1914. Un mois et demi plus tard, la guerre éclatait. A-t-il seulement pu revoir les siens avant de partir, le 5 août, vers la Belgique avec le 74e R.I. ? Combien de lettres ou de cartes, Maurice Bourgeois écrira-t-il encore ? Sans doute bien peu...
"Pour moi du 461. Ah !! Vivement la classe"...
En fait de 461 jours, il ne lui restait même pas 100 journées à vivre. Maurice Bourgeois combattit à Charleroi fin août 1914, recula jusque sur la Seine, se battit à nouveau à Courgivaux (6 septembre), avança jusque sur Reims... Des journées terribles dans l'histoire du régiment... Et puis, quelques temps avant que le front se fige et qu'apparaissent les premières tranchées, il sera blessé lors de combats au nord de Reims, et décèdera des suites de ses blessures, à Gueux (Marne), le 15 septembre 1914...
Aujourd'hui, le recul, implacable, nous permet, à travers de bien modestes documents, de saisir toute l'horreur de cette guerre...


