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Quelques années à peine séparent le portrait de ce jeune enfant des traces que son nom a laissées dans la pierre.

De la pierre de l’Ossuaire de Douaumont qu’il partage avec son cousin Auguste, à la dalle d’une serre familiale alors qu’il se destinait au travail de la terre, en passant par une place de Bordeaux qui porte aujourd’hui son nom, André Récapet nous rappelle silencieusement que 21 ans, c’est bien trop court pour la vie d’un homme.

Dès son enfance, Odile Marie s’est émue du destin de cet arrière-grand-oncle :

« Dans une petite pièce, toujours fermée à clé, et dont la clé était précieusement gardée, avec d'autres, dans une tasse sur la cheminée de la chambre de Papa et Maman, j'ai découvert un tableau peint à l'huile enchâssé dans un beau cadre de bois doré ovale. Qui pouvait donc être ce jeune homme moustachu au regard perdu dans l'espace d'une époque que j'ignorais ? Je suis descendue avec cette oeuvre, excitée et fière de ma découverte et il m'a été répondu vaguement qu'il s'agissait d'un oncle de Papa, mais qu'on en parlait peu et qu'il valait mieux que je remonte le tableau là où il se trouvait.

Bien sûr, nous savions tous, nous qui vivions à Bonnet tout au moins, que le grand-père de Papa, Léonce Récapet avait perdu à Verdun durant la guerre de 14 un fils […].

Quelques années passèrent et toujours à mes furetages, je décidais un jour que ce tableau avait sa place «en bas» dans la maison. Cette fois-ci ma requête fut entendue et, depuis, le tableau est toujours accroché, avec à ses côtés la photo de Denise Récapet, sa chère petite sœur, dans la pièce du billard de Bonnet.

J'avais trouvé aussi à l'époque un paquet de lettres écrites depuis le front par ce garçon, à ses parents. J'avais pressenti le drame dont elles témoignaient, mais n'avais pu en approfondir la lecture. »

En 2005, Odile Marie entreprend de se plonger pleinement dans la correspondance de guerre d’André Récapet. Elle se livre à une patiente retranscription des lettres, interrogeant un passé qui nous est de plus en plus incompréhensible, absurde. Elle en cherche le sens, pour lui, pour sa famille, pour elle… pour nous :

« J'éprouve le besoin «d'écouter» ce que André Récapet a à me dire, à nous dire. Écouter (avec mes yeux, mes oreilles, mon cœur) ce qu'il a vécu, transmis. Re-cueillir humblement ce qu'il a laissé de lui et de sa vie; ne pas en perdre une miette, tout est essentiel.

J'éprouve le besoin de plonger là-dedans comme pour récupérer aussi quelque chose qui m'appartient, pour honorer, éclairer, rendre hommage, faire revivre, faire vivre tout simplement. J'ai envie d'honorer le courage, la force, la foi, l'abnégation, la persévérance... »

Travail magnifique qu’elle a accepté de me confier et, par-là même, de vous offrir. Aussi, au cours des mois à venir, je vous proposerai de larges extraits de la correspondance de guerre d’André Récapet. Il s’agit d’un témoignage remarquable. Un prochain message l’introduira en exposant, dans ses grandes lignes, le parcours de guerre d’André Récapet.

Je renouvelle ici mes remerciements à Odile Marie, ainsi qu’à Denis D. pour la photo de la plaque de la Place André Récapet. J’espère que cette mise en ligne participera, à sa modeste hauteur, au vœu qu’Odile Marie exprime en introduction de son Mémoire :

« J'écris ce mémoire pour que André ne meure pas une deuxième fois, oublié de tous. »