Mobilisé comme sergent, à 26 ans, André Barbier connaîtra tous les engagements du 74e R.I. jusqu'à une courte évacuation, début 1916, pour fatigue générale. Il rejoint le régiment, affecté comme sous-lieutenant à la 12e Cie, le 27 avril 1916. Moins d'un mois plus tard, le 22 mai, il est tué dès le début de l'attaque du fort de Douaumont. Après la guerre, un de ses hommes se rappellera, admiratif, des derniers instants de son chef :

« Barbier est sorti le premier. On l’a suivi. Il a crié : « Halte ! » et a mis un genou à terre. La compagnie s’arrête pile. Barbier crie : « En tirailleurs à trois pas. Alignez-vous ». Les chefs de section font aligner toute la compagnie en faisant reculer certains hommes, en faisant mettre trois pas de distance entre chacun. Barbier se porte à 50 mètres en avant et commande : « A genou ! », puis : « baïonnette au canon ! » On a entendu un seul bruit – ce bruit spécial des baïonnettes accrochées rageusement avec un ensemble parfait. C’était splendide. Etant à côté de Barbier, car je n’avais pas de section à commander, j’ai pu prendre deux photos de la compagnie alignée à genou sur le parapet, comme à l’exercice. Puis, il a crié : « En avant ! » et ce fut le galop. […] Nous avons continué. J’entends encore Barbier crier – hurler plutôt – « Tapez donc dessus, les cochons ! ». Ce sont ses dernières paroles. La compagnie nous rejoignait. Je le perdis de vue dans la fumée. Il fut tué quelques secondes après. Je vois très bien l’endroit. Cette sortie à l’attaque de la 12e Cie mérite d’être connue et le galop en avant de Barbier hurlant pour entraîner ses hommes était quelque chose d’admirable. J’ajoute que, pour se faire bien distinguer de ses hommes, il n’avait pas de capote, mais une vareuse bleu foncé d’avant-guerre, et brandissait une canne avec une grosse boule en ivoire qui brillait, et on le voyait bien plus facilement à distance. »

 

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