BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

26 avril 2007

Marmitage...

Dans une tranchée du Labyrinthe tenue par le 74e, été 1915.

labyrinthenoir

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Détente...

17 août 1915. Image rare d'un moment de détente et de répis pour ces quelques hommes de la 3e Cie du 74e R.I. Debout à droite, le lieutenant Charles Roussel, qui prendra le commandement de cette compagnie en octobre 1915 ; il sera grièvement blessé à la hanche, en avril 1916, à Verdun. Mutilé, il ne reviendra plus au front.

LABYRINTHEETE

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17 juillet 2005

Les combats du Labyrinthe - 6

On n'en sort pas de ce Labyrinthe !! ;-))

Lorsque le régiment est relevé, le 11 juin, si la progression fut réelle, elle ne fut pas complète, et la percée espérée n'eut pas lieu, ni ici ni ailleurs... Ces combats étaient loin d'être les derniers en Artois , et le 74e R.I. allait en savoir quelque chose dans les mois qui suivirent... On y reviendra.

Pour l'heure, tentons un bilan humain de ces premières semaines passées autour de Neuville-Saint-Vaast. Un état des pertes (S.H.D., cote 24 N 76) donne les pertes suivantes pour la période du 26 mai au 8 août 1915 (qui déborde donc au-delà des combats de juin) :

Officiers

Tués : 7. Blessés : 16. Disparus : 3. TOTAL : 26

Troupe

Tués : 216. Blessés : 684. Disparus : 130. TOTAL : 1030

Le recul et mes recherches me permettent aujourd'hui d'affiner le nombre de tués et des morts des suites de leurs blessures : j'ai retrouvé, à ce jour, les noms d'un peu plus de 400 hommes du 74e R.I. décédés au cours de cette période, dont plus de 300 tués pour la seule période du 4 juin au soir au 11 juin au soir, soient les 7 jours passés au Labyrinthe !

Ne pas perdre de vue que ces 300 morts jalonnent une avance de quelques mètres...

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11 juillet 2005

Les combats du Labyrinthe - 5

Bonjour à ceux qui parcourent cette page de temps à autres (si ! si ! il y en a !!). Après plusieurs semaines durant lesquelles il ne m'a pas été possible de continuer à "alimenter" la page, je reviens ... avant de repartir, les vacances pointant leur nez à l'horizon...  J'espère cependant pouvoir déposer quelques messages avant de ficeler le baluchon.

Je commence par reprendre la chronique des combats du Labyrinthe que j'avais laissée en suspens avec ce large extrait du J.M.O. du 74e R.I. :

5 JUIN 1915

La nuit du 4 au 5 et la journée du 5 ont été marquées par un bombardement d’une extrême violence occasionnant des pertes très sensibles.
À 15 h. 30, en exécution de l’ordre du général commandant la 53e D.I., le 74e R.I. a attaqué par les boyaux B4, B5 et B6. Objectif : boyau d’Eulembourg.
Dans le boyau B6, la progression a été sensible. En B4 et en B5, malgré une lutte très vive, nous sommes restés stationnaires.

Pertes :

- Capitaine SIMON (commandant la 7e Cie), tué.
- Lieutenant WAGNER (commandant le 9e Cie), tué.
- Lieutenant MANSUY (commandant la 12e Cie), tué.
- Sous-lieutenant ISARD (Cie de mitrailleuses), blessé.
- Sous-lieutenant HENRY (9e Cie), blessé.
- Capitaine LEFEBVRE-DIBON (commandant la 10e Cie), blessé.

- 13 sous-officiers et 124 caporaux et soldats ont été tués.
- 26 sous-officiers et 310 caporaux et soldats ont été blessés.

6 JUIN 1915

Continuation de la lutte dans les boyaux B4, B5 et B6. La progression continue en B6. En B4 et B5 la situation reste inchangée.
B5 et B6 sont reliés par un mauvais boyau qui a été aménagé et qui doit servir de nouvelle parallèle à environ 150-200 mètres du boyau d’Eulembourg. En outre, l’avenue Claudot a été reliée à B6 ; restent 50 mètres à exécuter pour activer cette liaison. Très violent bombardement de la zone occupée par le régiment entre 17 et 19 heures.

7 JUIN 1915

Dans la nuit, achèvement de la tranchée reliant l’avenue Claudot avec B6. En outre, les boyaux A4, A5 et A6, complètement bouleversés par l’artillerie, sont remis en état.
À 4 heures, l’ennemi contre-attaque. Lutte très vive aux têtes de sapes avec des alternatives de gains et de pertes. Les éléments du 3e bataillon, très affaiblis, sont relevés par deux compagnies du 2e bataillon.
Dans le boyau de Bade (que l’on avait pris par erreur pour B6) on progresse également sur B6 et B4 à la sape.

Pertes :

- 1 sous-officier et 39 caporaux et soldats blessés.

8 JUIN 1915

Dans la nuit du 7 au 8, amélioration de A4, A5, A6  et Z5. Toute la journée, la lutte continue à la tête de B5. L’ennemi qui attaquait l’entrée du boyau du Bade a été repoussé. Deux mitrailleuses du 224e R.I. viennent renforcer le front ; l’une en B4 et l’autre entre l’avenue Claudot et B6.

Pertes :

Tués (officiers)

- Sous-lieutenant LORNE.
- Sous-lieutenant GREBOVAL.
- Sous-lieutenant LE GOËVEC.
- Sous-lieutenant LE TREMBLE.

Blessés (officiers)

- Lieutenant PEYRIERES.
- Sous-lieutenant VAN HAVERE.
- Sous-lieutenant LAURAS.
- Sous-lieutenant CHAPRON.
- Lieutenant PIETRINI.
- Lieutenant BOULE.

- 17 sous-officiers et 114 caporaux et soldats tués.
- 32 sous-officiers et 221 caporaux et soldats blessés.

9 JUIN 1915

Dans la nuit du 8 au 9, commencement de la tranchée devant rejoindre le 69e au boyau de Bade (fait 100 mètres environs). Aménagement du chemin creux. Réfection des boyaux et tranchées A4, A5, A6 .
Pression par l’ennemi pendant toute la journée sur les deux têtes de sapes ; combat à la grenade. Nous nous maintenons sur nos positions.

Pertes :

- Sous-lieutenant GUASTALLA, tué.
- Sous-lieutenant FUZIBET, blessé.

- 2 sous-officiers et 13 caporaux et soldats tués.
- 3 sous-officiers et 49 caporaux et soldats blessés.

10 JUIN 1915

À 1 heure du matin, attaque violente de B5. Nous progressons de quelques mètres, mais nous ne réussissons pas à déloger l’ennemi de la barricade. Sur le boyau de Bade, nous dépassons le point B, et établissons une barricade au-delà de ce carrefour. Dans la matinée, la luette continue aux têtes de sapes. On prépare des gradins de franchissement dans les boyaux d’où doit déboucher une attaque de vive force à 21 heures.
À 21 heures, et suivant les ordres du général commandant la 53e D.I., le boyau d’Eulembourg est attaqué comme suit :

- par deux compagnies du 1er bataillon partant de la parallèle du boyau de Bade et prenant comme objectif le front C – K – P (deux escouades du génie se joignant à cette attaque) ;

- par trois sections du 2e bataillon qui prennent comme objectif le front D – F – E (deux sections à gauche, une section à droite de la sape B5) ;

- liaison suivant B6 entre les éléments des deux bataillons.

A gauche : une première vague de deux pelotons se porte sur l’objectif assigné. Le peloton de gauche se heurte à des fils de fer, puis oblique à droite et subit des pertes sérieuses. A gauche, une quarantaine d’hommes réussit à sauter dans le boyau d’Ulm (parallèle et à environ 100 mètres du boyau d’Eulembourg).

La deuxième vague ne déboucha qu’à 23 h. 30, n’appuyant pas efficacement la première (retard dû à la difficulté de se placer dans le boyau de Bade qui est très étroit. D’autre part, étant donné la nuit très noire et la pluie battante, des erreurs de direction se produisirent et presque toute cette deuxième vague se bloqua dans le boyau B6.

A droite : les éléments du 2e bataillon sont arrêtés par les fils de fer, non loin du boyau d’Ulm et, su-bissant de grosses pertes, durent rétrograder. Au petit jour, nous avions dans le boyau d’Ulm, aux environs du point F, une soixantaine d’hommes ; mais, sous la pression des renforts allemands venus par B2 et B3, ces hommes, après une résistance acharnée et des pertes considérables, furent réduits à rétrograder sur B6.

En B5, nous avions enlevé la barricade allemande et progressé de plus de 50 mètres.
Toutefois, l’opération ayant pour but d’enlever le boyau d’Eulemberg n‘avait pas réussi.

Pertes :

- Lieutenant LEBLANC, tué.
- Capitaine LIBEROS, blessé.
- Lieutenant LANQUETOT, blessé.
- Lieutenant TESTUT, blessé.
- Lieutenant PRENEZ, blessé.

- 7 sous-officiers et 29 caporaux et soldats tués.
- 10 sous-officiers et 115 caporaux et soldats blessés.

11 JUIN 1915

Violent bombardement dès l’aurore et qui dura toute la journée. L’ennemi toujours mordant sur B5 et B6. Nous tenons ferme tout le jour et nous progressons même d’une vingtaine de mètres en B6.

Le soir, le régiment a été relevé par le 205e R.I. ; la relève s’est terminée le 12 juin au jour.

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20 juin 2005

Une pause...

Blog en panne !

Désolé pour cette page qui n'évolue pas, mais, définitivement, mon boulot ne me laisse pas le temps, depuis plusieurs jours, de poursuivre cette relation - même s'il elle ne se veut que très sommaire - de l'engagement du 74e R.I. au Labyrinthe. J'espère pouvoir, d'ici peu, reprendre le fil des évènements, rétroactivement.

En attendant, et pour me faire pardonner ;-)) un lien sur un monument érigé à la mémoire de la 53e D.I. Il n'y est malheureusement pas question du 74e R.I., car ce régiment, s'il y fut temporairement rattaché à l'occasion de ces combats, n'appartenait pas organiquement à cette division.

Bonne lecture !

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10 juin 2005

Les combats du Labyrinthe - 4

Quittons un peu le J.M.O. et les rapports. Mais, avant de revenir aux témoignages de combattants, je vous propose de faire un petit détour par la presse de l'époque.

Le Miroir

Extraits des communiqués officiels ouvrant le journal chaque semaine (où l'on constate que l'on en finit pas d'avancer... Mais jusqu'où s'arrêteront-ils nos braves soldats ??? ;-)

3 juin
Nous avons enlevé de nouvelles tranchées dans le Labyrinthe, au sud de Neuville-Saint-Vaast.
4 juin
Lutte d'artillerie au nord d'Arras, avec des actions d'infanterie à l'est de Notre-Dame-de-Lorette, où les positions n'ont pas varié, et dans la région du Labyrinthe, où nous avons progressé. Dans les trois derniers jours, nous avons fait ici 800 prisonniers et capturé deux mitrailleuses.
5 juin
Nous avons (...) gagné 100 mètres encore dans le Labyrinthe.
6 juin
Nous avons réalisé des progrès (...) dans le Labyrinthe où nous avons gagné 450 mètres.
7 juin
Nous avons progressé de 100 mètres dans le Labyrinthe dont nous tenons maintenant les deux tiers.
8 juin
Au Labyrinthe, nous avons poursuivi notre marche vers le réduit central, en repoussant toutes les contre-attaques.
9 juin
Dans le Labyrinthe, après avoir refoulé une offensive, nous avons accompli de légers progrès.
10 juin
Dans le Labyrinthe, nous avons avancé au sud-est.
11 juin
Nous progressons dans le Labirynthe.

Etc. (à noter que d'autres unités - de la 53e D.I. - étaient engagés au Labyrinthe en même temps que le 74e R.I.)


Le Pays de France

lemenu

Sur cette photo, parue dans le n° 41, juillet 1915, de la revue le Pays de France, trois combattants du 74e R.I. posant en Artois. Titre : "Après la prise de la Targette". La photo n'est pas située. Si quelqu'un a une idée... Je remercie grandement Michel Moreau qui m'a signalé ce document. Sans lui, il n'était pas possible de deviner que ces hommes étaient du 74e R.I., la censure obligeant la presse àretoucher les photos publiées, et notamment à masquer les numéros des unités apparaissant sur les pattes de col des uniformes des combattants. Le soldat de droite est le grand-père de son épouse, Marcel LEMENU. Il était alors infirmier au 74e R.I. (classe 1906). Il est passé à travers les rafales d'aciers...


L'Illustration

Extrait d'un article de Francis Dortet, paru dans le numéro du 19 août 1916, et rapportant un épisode des combats du Labyrinthe parmi tant d'autres. Je n'ai pas réussi à retrouver l'identité de ce brave caporal-fourrier :

" C'est au cours de ces journées du Labyrinthe que le caporal-fourrier S..., du 74e régiment d'infanterie, resté seul avec une vingtaine d'hommes dans une tranchée qu'ils venaient d'assaillir, organisa une magnifique résistance. Presque cerné, sans liaison avec le reste du régiment, blessé d'une balle à la main, il maintint la position conquise à coups de grenades pendant des heures. Il espérait être ravitaillé en munitions pendant la nuit, sinon renforcé, et il exaltait par son entrain le courage de ses camarades. Une nouvelle balle le blessa à la tête. Il s'affaissa et on l'étendit au fond du boyau.

- Tenez bon ! dit-il aux autres. Nous serons dégagés. Avez-vous encore des grenades ?

Hélas ! la provision s'épuisait... Et il n'y avait déjà plus de cartouches... Les Allemands pouvaient, par une brusque irruption, faire prisonniers ces vingt braves désormais sans défense.

Le caporal-fourrier S... leur donna l'ordre de battre en retraite.

- Le jour vient et dans une heure il serait trop tard ! On voulut l'emmener. Il refusa.

- Je vous embarrasserais, protesta-t-il. Rejoignez le régiment et rendez compte de la situation, je reste.

Au petit jour, en effet, les Allemands refluèrent de ce côté, mais pas pour longtemps. Car les émules du caporal-fourrier S... ne tardèrent pas à les déloger une fois de plus de la position, et dans un bel élan conquirent une autre ligne de tranchées ennemies. "

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09 juin 2005

Les combats du Labyrinthe - 3

labyrinthe2

Une tranchée au Labyrinthe - Le Miroir

Suite et fin du rapport du commandant AUBRY :

Journée du 9 juin 1915
Pression par l’ennemi sur les têtes de sape ; on ne perd rien. On prépare dans l’après-midi une attaque à la grenade qui nous mène jusqu’à 50 mètres du boyau d’Eulembourg. On se battra sur place. Les mines ennemies sauteront, mais nos barricades, solidement établies, tiendront jusqu’à la relève du régiment. Les pertes sont élevées. La 6e Cie relève la 11e Cie. Cette dernière compagnie prend la place de la 6e Cie.

Journée du 10 juin 1915
Riposte sur B5, B6 et boyau de Bade. Une attaque est prescrite pour 21 heures. Elle a fait l’objet de compte rendus.
La section BARBIER, renforcée d’éléments de la 8e Cie, attaque au sud du boyau B5 (point E) ; elle se heurte aux fils de fer ennemis ; des groupes sont allé jusqu’à 5 mètres de l’adversaire. L’attaque du 228e R.I. part plus tard ; elle échoue. Le groupe BARBIER est forcé de se replier.
La section VITTORI attaque le point F ; elle est rejetée sur B5 où l’ennemi contre-attaque fortement.
La section REY, partie la première avec un élan superbe, gagne les deux tiers du terrain qui la sépare d’Eulemberg ; elle se replie avec des éléments du 1er bataillon, sans avoir pu atteindre son objectif.
Pendant toute la nuit, contre-attaque ennemie sur B5. La 5e Cie est épuisée ; plus de cadres. La 4e Cie, avec ses cadres, prend la direction du combat jusqu’à la relève.
Des fractions reformées de la 12e Cie sont également engagées en arrière de bataillon.

Journée du 11 juin 1915
On tient sur place. L’ennemi est toujours mordant sur B5. Notre barricade de tête est restée tenue, établie et occupée, à 50 mètres du boyau d’Eulembourg. Au centre, sur B6, on a progressé d’une dizaine de mètres. Le boyau de Bade a résisté aux contre-attaques également ; il a été défendu constamment par le même officier, le lieutenant MONGIS.
Dans la nuit, le 2e bataillon est relevé par le 205e R.I.

Les pertes du 2e bataillon sont élevées :

- Officiers tués : 5
- Officiers blessés : 2
- Troupe : 282 tués ou blessés.

Le 15 juin 1915
Le chef de bataillon AUBRY

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08 juin 2005

Les combats du Labyrinthe - 2

cartelaby

Carte du Labyrinthe au 8 juin 1915 (il y a 90 ans jour pour jour !)
Source : S.H.D. Merci à Thierry Cornet

Rapport du commandant AUBRY, commandant le 2e bataillon du 74e R.I., sur les actions qu’il a dirigées pendant que le 74e R.I. était à la disposition de la 53e D.I. (S.H.D. 25 N 52)

Journée du 3 juin 1915
Le 2e bataillon, après avoir passé la journée au bivouac à Etrun, se porte à la Moissonneuse. Départ d’Etrun à 20 h. 30. Il est en renfort du régiment.

Journée du 4 juin 1915
Le bataillon passe la journée à la Moissonneuse. A 21 heures, il est rapproché du front :
- Deux compagnies dans le chemin creux (6e et 7e Cies)
- Deux compagnies dans la boyaux Z4 et ramifications (5e et 8e Cies)

Journée du 5 juin 1915
Journée marquée par un bombardement continu et d’une violence extrême. Les pertes sont sérieuses. Trois sections de la 8e Cie reçoivent, à 21 heures, l’ordre de renforcer les éléments du 3e bataillon. Ces sections sont employées sur B4 – B5 et boyau de Bade, où elles resteront pendant toute la période. La 5e Cie serre sur la tête du boyau Z4.

Journée du 6 juin 1915
Bombardement un peu moins violent que la veille. Situation inchangée pour les unités du 2e bataillon.

Journée du 7 juin 1915
Alerte à 4 heures. L’ennemi contre-attaque. Le chef du 2e bataillon reçoit le commandement des 2e et 3e bataillons, avec mission de repousser les contre-attaques ennemies et de remettre de l’ordre dans les unités du 3e bataillon qui ont cédé du terrain et ont subi des pertes sérieuses.
Les 5e et 7e Cies sont mises en première ligne : la 5e sur B5, la 7e en tranchée, entre B5 et B6. La 4e section de la 8e Cie sur B4. La 6e Cie reste en renfort sur le chemin creux.
Les 9e et 12e Cies sont retirées et reformées : 9e dans le chemin creux ; 12e dans le boyau Z4. La 10e, renforcée d’une section de la 8e Cie, reçoit l’ordre de tenir sur Z4.
L’attaque de l’ennemie est enrayée et la 5e Cie, aidée d’éléments de la 7e, mène le combat à la grenade sur B5 ; les deux tiers du terrain cédé sont repris. On progresse sur le boyau de Bade et la section MONGIS s’installe à hauteur d’un embranchement de boyau allant sur le boyau d’Eulembourg, s’y fortifie et y tiendra jusqu’à la relève.
On progresse à la sape sur B6 et on établit une tranchée tête de sape.

Journée du 8 juin 1915
L’ennemi attaque la tête du boyau de Bade. Il échoue ainsi que sur B6 où des groupes ennemis étaient sortis (non loin) de leur tranchée. Combat à la grenade dans l’après-midi sur B5. On gagne du terrain malgré les contre-attaques ennemies.
La 4e Cie est mise à ma disposition ; elle fournit sur B5 la section LANQUETOT pour la nuit. Le service est très dur sur B5 ; beaucoup de pertes.

A suivre...

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07 juin 2005

Les combats du Labyrinthe - 1

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Les tranchées de Maison Blanche - Le Miroir

Il ne me sera pas possible de relater dans le détail les combats du 74e R.I. au Labyrinthe entre les 4 et 11 juin 1915. D'une part je n'en ai pas le temps actuellement, d'autre part cet espace ne s'y prête qu'imparfaitement. Un jour... ailleurs... je le ferai.

Cependant et afin d'en donner tout de même une idée, voici quelques récits, parmi d'autres, qui illustrent ces effroyables combats.

JMO du 74e R.I. à la date du 4 juin 1915 :

Sur l’ordre du colonel commandant la 106e brigade, le 74e R.I. relève dans la soirée les éléments suivants aux ordres du colonel DE TURENNE, commandant le 205e R .I. :

- 2 bataillons du 205e R.I.,
- 1 bataillon du 224e R.I.,
- 1 bataillon du 329e R.I.

Emplacements :

- Bataillon JULLIEN (*): à droite, entre A4, B4, A5, B5, A6, B6.
- Bataillon CHAMBOUILLAT : à gauche, avenue Claudot, boyaux de l’Elbe et de la Vistule.
- Bataillon AUBRY : à l’ouest du chemin creux, tranchée Von Kluck et boyaux adjacents.

(*) Le capitaine JULLIEN commande par interim le 3e bataillon, le commandant LACHEVRE ayant pris provisoirement le commandement du 39e R.I.

Jacques LANQUETOT, alors lieutenant à la 4e Cie, décrit en quelques lignes cette fameuse position du Labyrinthe dans laquelle le régiment est engagé :

" Ce nom de « Labyrinthe » avait été donné à un ensemble d'organisations allemandes situé entre Neuville et Ecurie, au nord d'Arras ; les boyaux et les tranchées y étaient tellement nombreux et enchevêtrés que leur représentation sur le plan directeur donnait l'impression d'un écheveau inextricable de fils bleus. Sauf deux on trois tranchées qui rappelaient des noms célèbres : Von Kluck, Eulenbourg, les autres boyaux étaient baptisés par des lettres affectées d'indices numériques : a1, a2, b1, b3, b5, etc... Une vaste place d'armes au milieu du Labyrinthe portait le nom évocateur de « Salle des Fêtes ». Malgré notre avance dans Neuville-Saint-Vaast, les Allemands incrustés dans ce labyrinthe nous disputaient le terrain pied à pied. Le régiment avait reçu la mission d'achever la conquête de cet important objectif. "

L'adjudant DESMAIRES, de la 3e Cie, a " conservé le souvenir d'un enfer comparable à celui décrit par Dance ". Il ajoute : " Pendant toute la période de combat l'ennemi est visiblement agité. Son artillerie tonne avec fureur partout, toutes les corvées qui arrivent accusent des pertes. C'est là que je fis connaissance de toutes sortes de grenades : des bouteilles de soda remplies de cheddite, des boîtes de conserve entourées de clous et fixées sur des planchettes, des grenades percutantes à cueiller munies d'un ruban pour les faire tomber sur le détonateur. Du côté allemand, dont nous utilisâmes les prises de guerre, à signaler des grenades à pilon, tortues, des oeufs de poule dont nous faisions retour à l'envoyeur par dessus les barricades. Le fond des boyaux était tapissé de morts ennemis à peine recouverts de terre dont les ventres fléchissaient lorsque nous marchions dessus... " 

Au 3e bataillon, la 10e Cie du capitaine LEFEBVRE-DIBON montant en ligne met plus de huit heures pour parcourir 3 ou 4 kilomètres. La tranchée qu'il doit occuper est intenable : " Cette tranchée, labourée les jours précédents par le tir de l'artillerie ennemie, était devenue informe, n'offrant plus aucune protection". Pas d'outil pour la remettre en état... " Le capitaine JULLIEN vient la reconnaître avec moi ; nous poussons même plus loin, sur la route de Béthune, car il vient de recevoir l'ordre de rester avec le bataillon dans le secteur où nous nous trouvons. Sur la route, des trous ont été creusés dans le talus, du côté de l'ennemi, c'est une protection relative ; je décide d'y porter ma compagnie. Je retourne réveiller mes hommes et les ramène rapidement, craignant, en attendant, de voir la place prise par une autre compagnie. Les hommes ronchonnent un peu, ce qui se comprend, d'être déjà réveillés ; mais quelques minutes après, chacun ayant choisi son trou, s'y était terré tant bien que mal et rendormi. Il faisait maintenant jour : la compagnie occupait enfin un emplacement d'où j'espérais n'avoir pas à bouger de la journée.
La route avait été, elle aussi, labourée récemment. Parsemée de trous d'obus, les éclats de ceux-ci l'avaient tellement changée qu'elle semblait avoir été hersée. Quant aux arbres, beaucoup étaient abattus, fauchés à 3 ou 4 mètres du sol. Sur les quelques branches de ceux qui restaient encore debout, il n'y avait plus de feuilles, l'ouragan des projectiles, en passant, les avait toutes arrachées.

Le contraste entre cette route désolée avec ses arbres d'hiver et cette belle journée de fin de printemps sous un soleil déjà chaud, était si frappant que l'on éprouvait un sentiment pénible, comme un malaise devant quelque chose d'anormal. On devinait un endroit où des événements contre nature devaient se passer. "

A suivre...

labyrinthe

Les tranchées du Labyrinthe - Merci à Alain Chaupin pour cette carte postale

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03 juin 2005

Avec la 53e D.I. au Labyrinthe

toussaint

25 mai 1915. Charles TOUSSAINT, cycliste de la C.H.R. du 74e R.I., arrivant à Neuville-Saint-Vaast.

"Après les premiers affrontements dans les ruines de Neuville-Saint-Vaast, et un court repos, nous allions être plongés dans la fournaise du Labyrinthe situé entre Neuville-Saint-Vaast au Nord et Ecurie au Sud.
A tort ou à raison, je considère que ces combats peuvent se comparer, dans l'horreur, à ceux du Fort de Douaumont en Mai 1916.
Ce Labyrinthe, bien nommé, formait un imbroglio de tranchées dont le centre était la Salle des Fêtes. Une partie de ce Labyrinthe avait été reconquise par les troupes que nous avions relevées en pleine bagarre. Nous devions parvenir jusqu'à la Salle des Fêtes en nous emparant mètre par mètre des tranchées et boyaux farouchement défendus par l'adversaire. Là, les techniciens (rien à voir avec les technocrates) de la progression par jets de grenades, suivis de sacs de terre, pour avancer en créant des barrages successifs, allaient se surpasser, bien entendu les mortiers lance bombes et tous les calibres des deux artilleries s'activaient presque sans interruption.
Les combats furent encore aggravés par la soif, plus encore que la faim..."

Pour ce texte et la photo : "Petites histoires d'un glorieux régiment", Charles TOUSSAINT, Imp. Binesse, 1973.

Le 3 juin le régiment passe la journée sur son emplacement de bivouac. Dans la soirée, il reçoit l’ordre de se porter aux tranchées de la Maison Blanche et de la Moissonneuse, où il s’établit en bivouac.

Le 2e bataillon, après avoir passé la journée au bivouac à Etrun, se porte à la Moissonneuse. Départ d’Etrun à 20 h. 30. Il est en renfort du régiment.

Concernant le 3e bataillon, nous disposons d'un remarquable document avec le témoignage de commandant Paul LEFEBVRE-DIBON qui relate notamment l'engagement de sa compagnie (la 10e) au cours de ces combats ("Quatre pages du 3e bataillon du 74e R.I.", Berger-Levrault, 1920). Le capitaine LANQUETOT (4e Cie) retranscrit également son expérience du Labyrinthe dans "Un capitaine de vingt ans" (J. de Gigord Editeur, 1931).

C'est dans ces documents, et dans quelques rapports trouvés au S.H.D., que je puiserai pour composer les messages que je posterai dans les prochains jours, afin d'essayer de donner une idée de ce que fut le calvaire des hommes du 74e R.I. au cours de ces chaudes journées de juin 1915...

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