BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

02 juin 2005

Déménagement

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J.M.O. du 74e R.I.

31 mai 1915
Le régiment a quitté le sous-secteur à l’ouest de Neuville-Saint-Vaast, hier soir, après avoir été relevé par deux bataillons du 114e R.I. Le dernier bataillon du 74e R.I. a été relevé le 31 à 2 heures.
Le régiment est venu cantonner à Beaufort, où le dernier élément est arrivé à 11 heures.

Pertes : 7 hommes ont été blessés au cours du bombardement de la soirée.

1er juin1915
Le régiment stationne à Beaufort. L’emploi du temps est consacré à la remise en état des effets, ar-mes et équipements.

2 juin 1915
Dans la matinée, le 74e R.I. reçoit l’ordre de se mettre à la disposition du général commandant la 53e D.I. et est transporté en automobiles de Beaufort à Laresset. Dans la soirée, le 74e R.I. se porte entre Marœuil et Etrun où il s’établit en bivouac.

Depuis son arrivée en Artois, le 74e R.I. a eu plus de 30 tués et près de 80 blessés...

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28 mai 2005

Un blessé parmi d'autres...

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De l'Artois, Frédéric S., de la 7e Cie, ne connaîtra que la première journée. En effet, ce même 27 mai qui fut fatal aux frères Dantan mais également aux soldats et sous-officiers Brunet, Fischer (dit Créau), Harest, Lentrop, Prévost et Velter, Frédéric S. fut blessé. Il relate lui-même cette journée dans ses souvenirs :

"Dans la tranchée de départ, l’artillerie ennemie ne cesse de nous harceler. Face au cimetière de Neuville-Saint-Vaast, que nous devons – d’un instant à l’autre – dès que l’ordre sera donné, atteindre coûte que coûte. Mais avant que cet ordre n’arrive, je me trouve blessé assez grièvement par les éclats multiples d’un 105 allemand. Je ne peux plus faire un mouvement, ayant la jambe droite fracturée. Grâce aux bons soins d’un camarade et poilu de mon escouade, je me trouve mis provisoirement dans un trou de la tranchée, et avec deux fourreaux de baïonnette, il me redresse ma jambe et fait un pansement sommaire. Je restais près de 48 heures dans cette position, la figure pleine de sang – vu les multiples petits éclats reçus, la main gauche atrophiée.

J’ai connaissance, avant l’ordre d’attaque, avoir vu le capitaine SIMON et le lieutenant DEJEAN, venus me dire au revoir. J’ai également bien connaissance d’avoir entendu le capitaine SIMON dire à DEJEAN : « Pauvre vieux, il est foutu ». Bref, dans la nuit et pendant l’accalmie du bombardement, deux brancardiers vinrent me chercher. Il fallut emprunter la plaine, car il n’y avait plus de traces de tranchées, ni de boyaux. A chaque fusée éclairante, ils me déposaient à terre, et se couchaient pour ne pas recevoir une balle de mitrailleuse. Puis, après pas mal de péripéties, nous arrivons au poste de secours du régiment, qui se trouvait à La Targette. Puis, après pansement, l’on m’évacua par cacolet à Mareuil, à l’ambulance de la 5ème D.I. De là, le lendemain, je fus évacué sur l’hospice d’Aubigny-en-Artois, où je restai quinze jours, n’étant pas transportable."

Il rejoindra le 74e R.I., après sa guérison, peu avant l'attaque du fort de Douaumont, en mai 1916. Il n'aura la joie de retrouver que bien peu de ses camarades de mai 1915... Frédéric S. est le soldat qui apparaît tout à droite, sur le bandeau du blog, en haut de cette page.

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27 mai 2005

Un obus... deux frères.

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JMO pour la date du 27 mai

L’artillerie ennemie a tiré toute la nuit sur le sous-secteur.

A 2 h. 30, les allemands ont attaqué sur tout le front du sous-secteur. Le tir de barrage, demandé aussitôt a été déclenché immédiatement. Vers 3 heures, la fusillade a beaucoup diminué d’intensité ; par contre, la canonnade a continué jusqu’à 3 h. 20, heure à laquelle tout est rentré dans un calme relatif. La fusillade a été vive surtout dans le village de Neuville-Saint-Vaast et la partie droite du bataillon AUBRY. Le front du sous-secteur est resté intact.

Pendant la journée, l’artillerie ennemie a tiré continuellement sur les tranchées du sous-secteur et sur Neuville-Saint-Vaast. Le bombardement a été particulièrement violent vers 10 h. 30 et vers 15 heures.

Pertes de la journée :

3 sous-officiers et 3 hommes tués ;
2 sous-officiers et 14 hommes blessés.

Parmi ces hommes, je veux plus précisément rappeler le souvenir de deux d’entre eux.

DANTAN Hector, 31 ans, originaire d’Oissel, soldat
DANTAN Octave, 28 ans, originaire d’Oissel, sergent

Ce 27 mai, ils se trouvaient tous les deux dans le même abri. On veut imaginer le réconfort et la force qu’ils puisaient l’un dans l’autre à se rapprocher ainsi sous le bombardement. Quelles furent leurs dernières paroles ? Ont-ils eut seulement le temps de se porter un dernier regard, de se dire adieu ? Ont-ils entendu l’arrivée de l’obus qui tomba en plein sur leur abri, les tuant et les ensevelissant par la même occasion ?

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L'abri dans lequel les deux frères furent tués - Leur tombe.

Je ne veux même pas imaginer l’effroi de la famille, à Oissel, lorsqu’elle apprit, quelques temps plus tard, la mort simultanée de deux des siens… Je ne sais malheureusement rien de plus sur eux. Etaient-ils mariés ? Avaient-ils des enfants ? Qui les a pleurés ? Combien de temps…

Aujourd’hui, il est fort possible que pas un être humain sur terre ne pense à ces deux jeunes hommes du siècle dernier. Alors, je suis fier d’évoquer ici leur mémoire – même brièvement – et satisfait que d’autres liront leurs noms et connaîtront la fin tragique de ses deux frères…

Leurs corps reposèrent temporairement sous un une seule croix de bois au cimetière de Mareuil…

Je remercie Alain CHAUPIN pour la carte postale ci-dessus.

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26 mai 2005

Premières tranchées d'Artois...

La physionomie du régiment a changé… En effet, le 74e venait de recevoir les nouveaux effets bleu-horizon afin de remplacer les capotes bleues et pantalons garance en si piteux état…

C’est donc à Neuville-Saint-Vaast que les hommes du 74e R.I. allaient prendre contact avec l’Artois et étrenner leurs nouveaux uniformes… qui seraient pour tant d’entre eux un bien morne linceul…

J.M.O. du 74e R.I. pour le 26 mai 1915

Le 74e R.I., en vertu de l’ordre du général commandant le 20e C.A., relève les deux bataillons du 153e R.I. dans le secteur face à la lisière nord à Neuville-Saint-Vaast.

Par suite du croisement de nombreux convois et colonnes, le mouvement s’exécute très lentement entre Laresset et Marœuil. Le Régiment ne peut ainsi présenter sa tête au débouché nord-est de Marœuil qu’à 22 heures. Aussi, la relève ne peut-elle s’effectuer aux heures fixées. Toutefois, elle eut lieu assez à temps pour permettre aux unités relevées d’effectuer leur mouvement vers l’arrière avant le jour.

La situation du Régiment est la suivante :

-          En 1ère ligne : bataillon Aubry, en liaison à droite avec le 37e R.I. à la lisière même de Neuville-Saint-Vaast, à gauche avec un bataillon du 228e R.I. au chemin des Pylônes.

-          En 2e ligne : bataillon Chambouillat, ayant deux compagnies en arrière et à droite de la 1ère ligne et deux compagnies dans les boyaux adjacents aux boyaux du 28e R.I.T.

-          En 3e ligne : bataillon Lachèvre, entre la route d’Ecoivres à La Targette et la route de Marœuil au Rietz, parallèlement et à environ 1 kilomètre de la route d’Arras à Béthune.

Les quatre sections de mitrailleuses du régiment sont en 1ère ligne.

Pendant toute la journée, l’artillerie ennemie a bombardé de façon parfois très intense l’ensemble du sous-secteur.

Pertes : 15 hommes ont été blessés dont quatre grièvement.

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25 mai 2005

En voiture !

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Avant de suivre le 74e R.I. dans cette nouvelle période de son histoire, prenons un peu de recul. Une grande offensive a été déclenchée quelques jours plutôt sur le front de l’Artois. Les troupes qui y ont participé ont payé très cher les quelques gains de terrain. La 5e D.I., entre autres, va relever certaines de ces unités…

J.M.O. de la 5e D.I. pour le 25 mai 1915

L’infanterie des 9e et 10e brigades, mise à la disposition du général commandant le 20e C.A. pour relever les troupes ayant besoin de se refaire, a été transportée en automobiles dans le courant de la matinée, dans la zone Haute-Avesne, Frévin-Capelle, Capelle-Fermont, Hermaville.

Les ordres reçus et les reconnaissances préparatoires faites dans le courant de la journée du 25 ont abouti aux dispositions suivantes :

La 9e brigade en entier relève dans la nuit du 25 au 26 les troupes du secteur de la 39e D.I. (secteur Nord du 20e C.A.). Le général commandant la 5e D.I. prend, à la date du 26 mai à 9 heures, le commandement du secteur Nord qui sera occupé par la 9e brigade et le 228e R.I.


[…]


Q.G. de la 5e D.I. : Frévin-Capelle, le 26 mai à partir de 9 heures.

P.C. du général commandant la 5e D.I. : ferme Brunehaut.

P.C. du général commandant la 9e brigade : cote 109.

[Je n’ai pas retranscrit ici ce qui concerne la 10e brigade]


J.M.O. du 74e R.I., pour le 25 mai 1915

Le Régiment s’est embarqué en autobus aux heures prescrites par l’ordre du général commandant la 5e D.I. Le voyage est effectué sans incident. Le débarquement a lieu à Laresset entre 12 heures et 16 heures.

Vers 18 h. 30, le Régiment reçoit l’ordre de se mettre en route pour relever les deux bataillons du 153e R.I. dans le sous-secteur face à la lisière nord à Neuville-Saint-Vaast.

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23 mai 2005

Arrivée en Artois...

Voilà, le 74e R.I. quitte définitivement cette Route Nationale 44. Les allemands d’un côté, les français de l’autre : huit mois de face à face et rien n’a changé depuis la stabilisation du front ; cela restera figé encore longtemps… Bilan humain inhumain : 450 tués au moins, et des centaines de blessés au 74e…

Et le pire reste à venir…

Depuis quelques jours, le commandement français a déclenché une vaste offensive en Artois… La 5e D.I. y est conviée…

Je reprends la lecture du J.M.O.

22 mai 1915 : Le régiment s’est embarqué à la gare de Muizon aux heures prescrites par l’ordre du général commandant la 5e D.I. Le voyage s’est effectué sans incident. Les débarquements ont eu lieu aux gares de :

Doullens : E.-M., 1er et 3e bataillons, C.H.R., et Cie de mitrailleuses ;

Frévent : 2e bataillon.

Par suite du retard dans l’arrivée des trains aux gares précédentes, le dernier élément du régiment n’est arrivé que ce matin à 8 heures au cantonnement. Le Régiment en entier est installé à Le Souich.

23 mai 1915 : Le régiment reste cantonné à Le Souich. Chaque bataillon, dans son cantonnement respectif, procède au nettoyage des armes et des effets dans la matinée. Dans l’après-midi, des exercices avec application du service en campagne ont été faits aux environs des cantonnements.

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