BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

27 septembre 2005

En voiture !

debarquement

Allez, un p'tit dessin en passant et avant de reprendre le fil sur les combats de Neuville-Saint-Vaast. Il s'agit d'un transport du 74e R.I. en juin 1915 (Artois).

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L'abbé Boulé

boule

L'abbé BOULE, lieutenant à la 9e Cie, rédigeait cette lettre le 21 septembre 1915. Le 29, trois balles allemandes le tuaient alors qu'il inspectait sa compagnie sur le front de Neuville-Saint-Vaast, dans les environs de la tranchée des Déserteurs.

Cher Monsieur le Curé,

Voilà le moment de redoubler nos prières. Moment important de l’histoire de cette guerre. Aussi, nous comptons sur vous. L’esprit des troupes est excellent. Chacun est heureux de mettre son poing dans le débat pour en hâter la fin. Chacun est prêt – admirablement prêt souvent – à en hâter le dénouement, même au prix de sa vie. Il faut venir ici pour voir le courage calme, l’héroïque esprit de dévouement et la certitude de la victoire qui forme l’atmosphère que nous respirons. Beaucoup arrangent leurs affaires de conscience. Et moi, je ne voudrais pas y rester sans vous avoir une fois encore témoigner ma respectueuse affection……

Je vous embrasse cordialement en Notre-Seigneur. Qu’il vous garde et vous donne sa paix ! (1)

Fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume avec la citation suivante :

"Excellent officier, brave et courageux, belle conduite au feu. Tombé glorieusement le 29 septembre 1915 en entraînant sa compagnie à l'attaque de la ferme de la Folie".

A la vérité l'on doit que l'attaque de cette ferme était déjà un vieux rêve le 29 septembre... Ce jour, le 3e bataillon fortifiaient ses positions, bien en avant de cette ferme qu'il n'atteindra jamais... Né à Elbeuf le 1er janvier 1883, l'abbé BOULE était, avant guerre, vicaire à Notre-Dame de Longpaon, à Darnetal.

(1) Lettre reproduite par le Bulletin Religieux de Rouen, le 15 octobre 1915.

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26 septembre 2005

Offensive du 25 septembre 1915 - 2

nsvcad

Il ne m'est pas possible, dans le cadre de ce blog, de relater par le détail les opérations auxquelles fut mêlé le 74e R.I. au cours de cette attaque. De plus, je n'en ai pas le temps actuellement...

Je procèderai donc, dans les prochains messages, par petites touches, afin de laisser au moins une impression de ce que furent ces journées durant lesquelles beaucoup d'hommes tombèrent pour de bien modestes résultats...

Car se fut une vraie pagaïe sur le champ de bataille... Préparation d'artillerie inefficace sur la première ligne allemande, vagues d'assauts empêtrées devant des barbelés intacts (tranchée Brune, par exemple) et prises sous le feu des mitrailleuses ennemies - lorsque ce ne sont pas des balles françaises -, difficulté de progresser accentuée par la boue... Le 74e se casse le nez sur les 129e et 36e R.I. qui sont fixés et ne peuvent plus progresser... Très vite, les unités se mélangent, les officiers tombent, se font rares ; les ordres passent mal... Des hommes lâchent pied, refluent... D'autres essaient de reprendre les choses en mains, et sont à l'origine d'actes d'une bravoure incroyable... mais l'attaque est bel et bien désorganisée... L'artillerie ne peut plus l'appuyer tant les français et les allemands sont proches... Beaucoup d'énervement chez les hommes et chez les officiers... La trouille aussi... la nuit tombe vite... Les rapports montrent, de plus, que le service de santé fut défaillant... Impossible d'ailleurs de récupérer bon nombre de blessés restés entre les lignes... et qui meurent sous les yeux de leur camarades, totalement impuissants...

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25 septembre 2005

Offensive du 25 septembre 1915 - 1

nsvdispo

25 septembre... La 5e D.I. attaque en avant de Neuville-Saint-Vaast... Le 74e appuie les 36e et 129e R.I. Le terrain à franchir (1500 mètres !!) est difficilement praticable, les dernières pluies ayant changé la terre en boue. La préparation d'artillerie se révèlera insuffisante... Très vite la plus grande confusion règnera sur le champ de bataille...

J.M.O. du 74e R.I. pour le 25 septembre 1915

A 4 heures du matin, en exécution de l’ordre n° 345 de la 5e D.I. et de l’ordre du général commandant la brigade, le régiment est placé dans le dispositif suivant :

- 3e bataillon et deux sections de la C.M. du 74e R.I. au nord du boyau Roy (illisible) dans les boyaux parallèles et abris entre P7 et P6 inclus.
- 2e bataillon au sud du boyau Roy exclus, dans les boyaux parallèles et abris, entre P7 inclus et P6 exclus
- 1er bataillon et la C.M.B. 1 (réserve de D.I.) dans les boyaux parallèles et abris, entre P6 ex-clus et la route de Béthune.

A 10 h. 30, les 2e et 3e bataillons quittent les emplacements précités pour se porter aux emplacements prescrits par l’ordre de la Division n° 346, respectivement derrière les 36e et 129e R.I.

A l’heure H, Les 2e et 3e bataillons se portent successivement dans les parallèles P60 et P40. Mais le déclenchement des deux premières vagues (36e et 129e R.I.) ne se produit pas instantanément ; il en résulte un mélange d’unités dans les parallèles P60 et P40.

A droite, le 2e bataillon pénètre, vers 15 heures, dans la Dent, puis occupe le Vert-Halo avec le 129e R.I. Il pousse quelques unités mélangées avec le 129e R.I. dans la tranchée UU’ et dans le boyau des Anes.

A gauche, le mouvement en avant s’esquisse parallèlement et au nord du chemin creux de Neuville – La Folie. Les 9e et 10e Cies du bataillon LACHEVRE reçoivent l’ordre d’appuyer le mouvement du 36e R.I. avec axe de marche le chemin creux de Neuville – La Folie.

La 9e Cie exécute l’ordre et franchit P40 derrière le 36e R.I. La 10e Cie est arrêtée par un ordre du colonel JEZE qui enjoint à son chef de prendre le commandement du 3e bataillon du 36e R.I. renforcé de la 10e Cie du 74e R.I. et d’occuper le secteur chemin creux – chemin des Saules – tranchée des Anes, en liaison à droite avec le 1er bataillon du 36e R.I. (mouvement exécuté vers 19 heures).

Les 11e et 12e Cies, suivant le mouvement de la gauche du 36e R.I., dépassent le Vert-Halo vers 17 heures et gagnent du terrain jusqu’en R’ S’, mélangées avec des éléments du 36e R.I. et se retranchent sur cette position pendant la première partie de la nuit.

Le 1er bataillon, qui était en réserve de D.I., est mis, vers 14 heures, à la disposition du général de brigade et reçoit l’ordre d’occuper la parallèle 10 en face de la Dent. Deux compagnies de ce bataillon (1ère et 4e Cies) sont envoyées au colonel du 36e R.I. pour soutenir son mouvement en avant (elles sont mises aux ordres du commandant CRAPELET). Les deux autres compagnies restent à la disposition du général de brigade.

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22 septembre 2005

22 septembre 1915

J.M.O. du 74e R.I.

22 septembre 1915

En vertu de l’ordre général n° 348 du 20 septembre 1915 de M. le général commandant la 5e D.I., le 74e R.I. s’embarque en automobiles le 22 septembre à 16 h. 30 pour se rendre à Ecoivres et Bray.

Le 1er bataillon, après débarquement, se dirigea sur le chemin des Pylônes où il doit stationner.

Emplacement des unités le 22 septembre au soir :

- 1er bataillon : chemin des Pylônes.
- E.-M., C.M.B 1 et C.M. du 74e R.I., 2e et 3e bataillons : Ecoivres, Bray.
- C.H.R., T.C. : Haute-Avesne
- T.R. : Tilloy-les-Hermaville

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20 septembre 2005

Légion d'honneur

J.M.O. du 74e R.I.

20 septembre 1915

A 8 heures, revue du régiment par le général commandant la 5e D.I. Remise de la Croix d'Officier de la Légion d'honneur au lieutenant-colonel BRENOT. A 16 heures, concert dans la cour du château d'Ambrines par M. BOTREL (écouter)

P.S. Si quelqu'un avait une carte postale ou une photo de ce château d'Ambrines, qu'il n'hésite pas à me contacter.

Posté par stephan à 23:51 - 4. - Neuville-Saint-Vaast - Commentaires [0] - Permalien [#]

14 septembre 2005

La sape 37...

Le 14 septembre 1915, le J.M.O. du 74e R.I. rapporte la mort de plusieurs soldats du régiment, précisant que ces hommes étaient affectés aux travaux de préparation du terrain en vue de l'offensive prochaine. Pas davantage de précisions. Il faut parfois chercher ailleurs, au sein des unités qui partagent le même secteur, les informations manquantes.

Concernant les tués de cette journée, c'est Amédée Guiard, du 405e R.I. (dont j'ai présenté le témoignage dans un message précédent) qui nous apporte quelques précisions. Il note, au soir de cette journée :

"Ce matin, je suis retourné à la sape 37. Jusqu'à 9 heures, rien d'anormal ; travail ordinaire de creusement, le 74e en tête de la sape, le 405e trentre mètres en arrière, pour approfondir encore de 0 m. 40 et élargir de 0 m. 20. Le bombardement boche commence, d'abord lointain, puis plus rapproché, à droite et à gauche de la sape. [...] Soudain les hommes du 74e accourent, les uns derrière les autres, affolés ; l'un tient son bras et crie : "Mes mains, mes mains !" ; l'autre a l'oeil et toute moitié de la figure en sang ; le troisième geint en marchant courbé et en se plaignant des reins ; un quatrième bêle, il a du sang aux lèvres ; et aussitôt la nouvelle se répand : "Il y en a de tués".

Je remonte la sape avec deux hommes pour le cas où il y aurait des blessés gisants et abandonnés, et aussi mû par le désir de montrer un peu d'énergie, car les hommes ne veulent plus retourner à l'ouvrage. J'arrive et je vois étendu sur sa toile de tente, parmi les terres éboulées, un cadavre déchiqueté, sans tête, la poitrine arrachée montrant les poumons. Plus Ioin j'aperçois une loque de chair, qui est peut-être un morceau de la tête, et en m'en allant je bute presque sur une main exsangue ; c'est le bras qui a été violemment arraché. Je suis tellement ému qu'au lieu de me retrouver chrétien et de m'agenouiller, je m'en vais par une sorte de pudeur et d'horreur sacrée, après avoir regardé s'il n'y avait pas un autre cadavre.

Et alors la même pensée m'obsède. Quelle brutalité que la mort ! Comme nous sommes loin des dénouements de drames !"

Amédée Guiard, "Le carnet intime de guerre d'Amédée Guiard", Bloug et Gay, 1917, p. 52-53.

Voici les noms de ces malheureux.

Furent tués ce jour-là : Joseph AUBERT (caporal) et Léon FENON de la 11e Cie ; ces deux-là l'ont été lors du bombardement de la sape 37, relaté par A. Guiard. Le même jour André DUREL de la 4e Cie a été tué par une balle, dans une autre sape.

Furent blessés, à la sape 37 : le caporal MARIE et les soldats HUE, SERRES, LESTRA, ARGENTIN, de la 11e Cie et sans doute le soldat THIERY de la 10e Cie.

Jules ARGENTIN sera tué le 22 mai 1916 à Douaumont ; Antoine LESTRA le sera le lendemain, 23 mai 1916...

Posté par stephan à 13:14 - 4. - Neuville-Saint-Vaast - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 septembre 2005

Avant l'automne...

En ce début septembre 1915, le régiment, toujours en Artois, passe ces dernières journées de l'été dans le secteur Nord de Neuville-Saint-Vaast, alternant périodes de repos, de travaux et exercices, et de première ligne. Les pertes sont quotidiennes, même si aucun action réellement sérieuse n'est menée de part et d'autre du no-man's-land.

Mais on ne meurt pas que des coups ennemis.

Pour le 7, le J.M.O. du régiment note : "un soldat a été très grièvement blessé, au cours d’un exercice de grenadiers. Malgré les ordres formels, ce militaire, qui se trouvait dans une tranchée, a passé la tête au dessus du parapet au moment de l’éclatement d’une grenade. Atteint au front par un éclat, il est mort deux heures après son arrivée à l’ambulance". Il s'agit de Jules DELAMARE, né en 1888, soldat à la 2e Cie...

Le front va bientôt s'embraser à nouveau. La proche offensive de l'automne assombrit considérablement l'horizon, même si beaucoup placent de gros espoirs dans cette empoignade sanglante annoncée.

Le soldat Gustave M., de la 1ère Cie, lui, ne se faisait sans doute plus guère d'illusions. Il fut retrouvé pendu, au début de ce mois, dans son gourbi...

Il y eut, durant cette période, un jeu de relèves entre le 405e et le 74e R.I. Aussi, je conseille la lecture du court témoignage d'Amédée Guiard, qui était du 405e R.I., et qui relate bien cette période d'août-septembre 1915 devant Neuville -Saint-Vaast.

guiard

Posté par stephan à 17:45 - 4. - Neuville-Saint-Vaast - Commentaires [0] - Permalien [#]

"Je vi sur l'espoir..."

juin18

Carte-photo, envoyée le 7 juin 1918, sur laquelle posent sept combattants du 74e R.I. A cette époque, le régiment stationne en Champagne. De la correspondance, au dos, je ne relèverai que la dernière phrase :

" Votre cousin qui vous serre cordialement la main à tous de loin avec le bon espoir de le refaire de près un jour. je vi sur l'espoir "... (sic)

Merci à Yann Le F. pour cette belle trouvaille !

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11 septembre 2005

Les Amis du 7-4 !

amis74

Il arrive régulièrement que des correspondants me fassent parvenir des documents sur le 74e R.I. Il s'agit parfois de souvenirs familiaux, plus fréquemment de photos ou cartes postales trouvées en brocante. Plus généralement, nombreux sont ceux qui se sont spontanément associés à mes recherches en me communiquant les renseignements les plus divers, participant ainsi à la réunion d'une documentation variée et essentielle qui permettra d'en apprendre toujours plus sur ce régiment et sur les hommes qui en portèrent l'écusson entre 1914 et 1918.

J'entends aujourd'hui les remercier une nouvelle fois avec la création, sur ce blog, d'une rubrique supplémentaire intitulée "Les Amis du 7-4". J'y déposerai de temps à autres, et avec l'accord de mes correspondants, quelques-unes de ces contributions afin qu'elles soient à la disposition de tous ceux qui s'intéressent au parcours du 74e R.I.

Merci à vous tous !

Posté par stephan à 21:41 - Les Amis du 7-4 - Commentaires [2] - Permalien [#]



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