BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

04 septembre 2005

Août 2005 - Un monument du 74e R.I. !

placedu74

On déplore souvent, et à juste titre, l'oubli dans lequel sombrent les monuments ou stèles commémorant la geste de la Grande Guerre. Beaucoup sont irrémédiablement délabrés, partiellement illisibles... Cet abandon, injustifiable - bien que l'on opposera toujours quelques raisons fumeuses afin de ne surtout pas bouger le petit doigt et cela avec la meilleure conscience - bref, cet abandon ne doit cependant pas faire écran aux initiatives de bonne volonté. Et il y en a encore ! Heureusement.

C'est ainsi que, 91 ans après l'engagement du 74e R.I. à Roselies, en Belgique sur la Sambre, nous avons assisté, le 21 août dernier, avec émotion et satisfaction, à l'inauguration d'un monument commémorant le rôle du 74e R.I. dans ce que l'on appelle génériquement la bataille de Charleroi. Ce fut le premier engagement du régiment ; plus de 230 morts, et au moins 700 blessés et prisonniers... Je reviendrai un jour plus en détail sur ce premier combat.

Le monument est situé sur la Place du 74e R.I., à Roselies. Beaucoup de monde lors de la cérémonie - délégations belge et française. J'ai eu le plaisir d'y retrouver quelques amis qui, via internet, m'ont énormément aidé dans mes recherches sur ces combats d'août 1914. Accueil chaleureux et généreux (encore bravo à la mère d'Augustin pour son excellent lapin aux échalottes, pruneaux et raisins !!! ;-)))

Je suis resté deux jours là-bas afin de découvrir et de m'imprégner de ces lieux que je ne connaissais qu'à travers les récits et documents que j'avais eu l'occasion d'étudier. Un autre point fort de mon séjour fut la cérémonie organisée le lendemain, dimanche, à la nécropole de la Belle-Motte... Grosse émotion !

Je notais, au retour, dans un carnet :

" Barier Marcel, Bazire Gustave, Bellemer Ernest... les noms tombent, les uns après les autres. La Philharmonique Royale Sainte-Marie charge l'air déjà brouillé de cette matinée maussade de notes lentes et basses. Le glas, là-dessus, vient poser ses coups de grâce, implaccable.

...Gaillard Charles, Gelienne Louis, Grout Victor... La petite assemblée des vivants est figée. Seul, le prêtre arpente les allées du cimetière, abattant régulièrement son encensoir d'un mouvement ferme. Recueilli, il bénit les croix... Il y en a plus de 1000... Alors, il ne fait pas dans le détail ; il avance d'un pas décidé mais ne parvient cependant pas à terminer son office avant la fin de la litanie... Schwab Albert, Vattier-Descours Arthur, Verger Edouart...

...Werhlin Henri.

Voilà, c'est fini. Une quarantaine de noms qui me sont familiers viennent de froisser l'air. Je suis troublé d'entendre ces noms prononcés par d'autres que moi ; et je suis heureux que d'autres que moi les entendent. Au moins une fois. Le prêtre termine sa bénédiction et maintenant, l'air, débarassé du glas et de la musique, devient limpide, s'allège. Il y a même quelques rayons de soleil qui tentent de venir jusqu'à nous ourlant d'or les arêtes des croix . Mais, c'est certain, la journée restera pourrie et ces rayons n'auront pas la force de s'imposer. Peu importe. L'important, c'est d'être là, dans ce cimetiètre, au milieu des 1182 tombes et face à ces deux ossuaires renfermant les ossements de près de 3000 hommes.

La Nécropole de la Belle-Motte, sur la Sambre. Les gars du 74e ne sont pas seuls ici ; d'autres, des 1er, 3e et 10e Corps d'armée sont là. Certains - on aurait envie de dire : les chanceux ! mais on n'ose pas, tout de même - ont une tombe. On peut leur faire face, s'incliner devant leur pauvre croix, lire leur nom, regarder si le sol autour d'eux est propre, ferme ; on peut s'entretenir en tête à tête : "Toi, je te connais un peu... L'historique de ton régiment m'a dit comment cela c'est terminé :  mal, mais en beauté. Oui, il faut que tu saches que dans les historiques la mort des pauvres bougres comme toi est toujours nimbée de gloire - elle est belle et utile... Toi, sans doute, apporterais-tu quelques nuances et l'as-tu ressenti autrement... Il y eut de la peur, du feu, du bruit, de l'acier qui fendait l'air, une belle pagaïe dans les rues de Roselies, la panique, les cris, le sang, la douleur, la mort..."

Augustin et Alex me tirent de ma rêverie. On va aller photographier toutes les tombes des gars du 74e. Car, les "chanceux" ont même l'honneur de se faire tirer le portrait en ce mois d'août 2005. Pour les autres, les 2875 qui sont rassemblés dans les deux ossuaires, il faudra se contenter de photo de groupe... "

Posté par stephan à 09:50 - Les Amis du 7-4 - Commentaires [4] - Permalien [#]

26 août 2005

"Un capitaine de vingt ans"

biblanquetot

François Chevennes, "Un capitaine de vingt ans", J. de Gigord Editeurs, Paris, 1931.

Toujours en quête de témoignages de combattants de la Grande Guerre, il y a quelques mois j'avais acheté ce livre chez un bouquiniste sans trop savoir de quoi il s'agissait. En rentrant chez moi, je prenais enfin le temps de regarder ce texte de plus près. Très rapidement, la table des matières et une lecture en diagonal du récit ne me laissaient guère de doute : il s'agissait à coup sûr du témoignage d'un combattant du 74e R.I. Pour moi qui travaillait sur ce régiment depuis quelques mois déjà, ce fut un scoop !! Un témoignage de plus sur ce régiment, et dont je ne soupçonnais pas même l'existence !!!

Cependant, il m'apparut rapidement que le nom de l'auteur était un pseudonyme car je ne retrouvais sur aucun document alors en ma possession la trace de ce capitaine Chevennes ! Je me lançais alors dans une lecture attentive du texte et, par recoupements, je trouvais assez facilement l'identité réelle de l'auteur de ce témoignage : le capitaine Lanquetot. Par la suite, je devais apprendre que cet officier fut une figure du régiment puis, après guerre, de l'Amicale des Anciens Combattants du 74e R.I. Mais je veux ici me limiter à la présentation du livre, me promettant de brosser un portrait du capitaine, puis colonel Lanquetot, plus tard, dans la rubrique "Portraits" de ce blog.

"Un capitaine de vingt ans" est paru chez J. de Gigord, en 1931. L'ouvrage est préfacé par Louis Madelin. De 182 pages, le texte est divisé en 9 chapitres et ponctué de 76 dessins à la plume de Pierre Rousseau, qui réalisa également la couverture du livre. Le témoignage se compose de souvenirs, donnés chronologiquement, et dans lesquel l'auteur rapporte les faits et gestes d'un sous-lieutenant, puis lieutenant et enfin capitaine François qui n'est autre que Lanquetot lui-même. La plupart des noms sont fictifs (c'est bien dommage ! mais j'ai à peu près réussi à rétablir l'identité des principaux personnages), la topographie et la chronologie sont réelles et fidèles au parcours du régiment. Lanquetot passa par les 4e, 2e et 11e compagnies. Le témoignage court de la mobilisation - Lanquetot était alors élève à Saint-Cyr - à l'attaque du fort de Douaumont en mai 1916 - Lanquetot commandait alors la 11e Cie.

lanquetot1   lanquetot2

Le capitaine "Chevennes" durant la guerre et le colonel Lanquetot en août 1974, lors d'un pélerinage à Roselies (Charleroi)

Le récit est alerte, simple et semble destiné à un public très large. Le témoignage manque peut-être un peu de profondeur, et, s'il ne cache pas les misères de la guerre, il met surtout en lumière les aspects les plus nobles de la vie du combattant : bravoure, générosité, fraternité. En même temps, l'auteur ne masque pas ses sentiments et leur évolution au fil des mois : la naïveté bravarde du jeune saint-cyrien cède vite le pas au soldat de métier, avisé et responsable. A noter également qu'il s'agit très certainemet d'un des rares témoignages d'un officier qui passa capitaine à vingt ans et qui eut le commandement d'une compagnie à 19 ans...

Posté par stephan à 09:16 - Bibliographie et sources - Commentaires [1] - Permalien [#]

25 août 2005

Le retour du P'tit Bonhomme...

Juillet - Août 1915

Le régiment est toujours en Artois. Il alterne les périodes de tranchées, de repos, d'exercices et d'instruction. Durant cette période, à noter également de nombreux départs en permission pour les hommes. Le 20 août, le lieutenant-colonel BRENOT, blessé en juin, revient prendre son poste à la tête du régiment, un bout de nez en moins. Son retour est l'occasion d'un après-midi de détente : musique, concours sportifs, etc. (21 août) :

"Ce fut une véritable fête des retrouvailles avec un chef qui avait notre confiance. Toutes les bonnes volontés de tout le régiment furent mises à contribution pour lui offrir des bouquets de fleurs ; une petite estrade, établie à la hâte, lui permit d'assister aux nombreux jeux sportifs organisés en son honneur" (Charles Toussaint, "Petites histoires d'un glorieux régiment").

boxe

Photo extraite de "Flambée de Souvenirs", Desmaires

Mais, la guerre reprends vite ses droits avec son cortège de misères...

Le 24 août au matin un soldat du Régiment, M.... G......, condamné à mort par le conseil de guerre de la 5e D.I. pour abandon de poste, est passé par les armes. Je reviendrai sans doute ultérieurement sur cette affaire.

Extrait du J.M.O. :

Journée du 24 août

[...] A partir de midi, le régiment quitte ses cantonnements (exécution d’un ordre du général commandant la 5e D.I.) et embarque en automobiles à partir de 13 heures. Le régiment débarque sur la route d’Acq à Frévin-Capelle vers 16 h. 30.

Cantonnements occupés par le 74e R.I. :

- E.-M., C.H.R., C.M., 2e et 3e bataillons : Frévin-Capelle
- 1er bataillon : Capelle-Fermont

Le cantonnement des unités est très resserré et ces dernières bivouaquent en partie.

En vertu d’un ordre du général commandant la 5e D.I., le 74e R.I. est mis à la disposition de la 130e D.I. et détache six compagnies de travailleurs, comprenant chacune un officier, 6 sous-officiers, 15 caporaux et 105 hommes, pour exécuter des travaux de sape dans le secteur de la 130e D.I.

Journée du 25 août

Travaux d’aménagement des cantonnements et bivouacs

Posté par stephan à 22:48 - 4. - Neuville-Saint-Vaast - Commentaires [1] - Permalien [#]

31 juillet 2005

Quelques journées à Neuville...

22 juillet 1915 (1)
Les compagnies ont fait des exercices en terrains variés. Des causeries ont été faites par les officiers sur la guerre actuelle.
32 hommes de troupe ont été envoyés en permission pour des durées variant de 6 à 8 jours.
En exécution d’un ordre du général commandant la 5e D.I., le 74e R.I. doit aller relever le 129e R.I. dans le sous-secteur Sud de Neuville-Saint-Vaast dans la nuit du 23 au 24. Une reconnaissance pré-alable du secteur doit être faite par le colonel, les chefs de bataillon et les commandants de compa-gnie dans la nuit du 22 au 23.

23 juillet 1915
A minuit, le colonel est transporté en automobile à la Chaussée Brunehaut ; il est accompagné des trois chefs de bataillon, des commandants de compagnie et de deux officiers chefs de section par compagnie. Tout ce personnel, après avoir procédé à la reconnaissance, reste dans le secteur et y attend l’arrivée du régiment.
Le 74e R.I., sous les ordres du capitaine JULLIEN, quitte Izel-le-Hameau à 5 heures et vient s’installer au bivouac dans les bois situés entre Ecoivres et Bray. A 20 heures, il quitte son emplacement de bivouac pour venir effectuer la relève.

24 juillet 1915
La relève du 129e R.I. par le 74e R.I. s’est effectuée normalement, et s’est terminée sans incident à 1 h. 40. La nuit et la journée ont été calmes. L’artillerie ennemie a peu tiré. Toutefois, les minenwerfers ont manifesté une certaine activité le 23, vers 18 heures.
A titre de représailles, la 1ère section de canons de 58 a tiré 14 bombes de 16 kg ; le 2e section, 10 bombes du même modèle.

[...]

30 juillet 1915
La nuit a été calme sur le front du sous-secteur. De 21 heures à 23 heures environ, une vive action d’infanterie et d’artillerie s’est déroulée dans la région de Souchez.
Dans la matinée, les tranchées de première ligne ont été bombardées par intermittence. Notre artille-rie a riposté. L’après-midi a été relativement calme.
Tir des canons de 58 : les canons de 58 ont tiré 21 bombes de 16 kg.
Pertes :

pertes1

Au-delà du J.M.O., j'ai relevé d'autres tués au cours de ces journées : Edmond LABALETTE, Charles TONDU, Georges LEBLOND, Alphonse GUIOT ...

(1) Extrait du J.M.O. du 74e R.I.

Posté par stephan à 21:32 - 4. - Neuville-Saint-Vaast - Commentaires [1] - Permalien [#]

18 juillet 2005

Et... paf dans l'pif !

Les 13 et 14 juin, deux détachements, provenant du 9e bataillon de marche du 36e R.I., apportent au 74e R.I. un complément d'environ 1160 hommes afin de combler les vides. Beaucoup de jeunes soldats de la classe 15 dans ce renfort. Le régiment se reforme et dès le 20 au soir, il remonte en ligne.

Il doit relever le 68e R.I. du 9e C.A. dans le secteur des Cinq-Chemins, au nord de Neuville-Saint-Vaast.

Dans l'après-midi, au cours de la reconnaissance du secteur, le lieutenant-colonel BRENOT est blessé par un éclat d'obus qui lui enlève le bout du nez... Evacué sur l'ambulance n°4 du 3e C.A., il est remplacé provisoirement par le chef de bataillon AUBRY. Le lieutenant-colonel BRENOT sera de retour à la tête du régiment en août. C'est le colonel SIMONI qui assure l'intérim.

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17 juillet 2005

Les combats du Labyrinthe - 6

On n'en sort pas de ce Labyrinthe !! ;-))

Lorsque le régiment est relevé, le 11 juin, si la progression fut réelle, elle ne fut pas complète, et la percée espérée n'eut pas lieu, ni ici ni ailleurs... Ces combats étaient loin d'être les derniers en Artois , et le 74e R.I. allait en savoir quelque chose dans les mois qui suivirent... On y reviendra.

Pour l'heure, tentons un bilan humain de ces premières semaines passées autour de Neuville-Saint-Vaast. Un état des pertes (S.H.D., cote 24 N 76) donne les pertes suivantes pour la période du 26 mai au 8 août 1915 (qui déborde donc au-delà des combats de juin) :

Officiers

Tués : 7. Blessés : 16. Disparus : 3. TOTAL : 26

Troupe

Tués : 216. Blessés : 684. Disparus : 130. TOTAL : 1030

Le recul et mes recherches me permettent aujourd'hui d'affiner le nombre de tués et des morts des suites de leurs blessures : j'ai retrouvé, à ce jour, les noms d'un peu plus de 400 hommes du 74e R.I. décédés au cours de cette période, dont plus de 300 tués pour la seule période du 4 juin au soir au 11 juin au soir, soient les 7 jours passés au Labyrinthe !

Ne pas perdre de vue que ces 300 morts jalonnent une avance de quelques mètres...

Posté par stephan à 17:33 - 3. - Le Labyrinthe - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 juillet 2005

Hé ! hé ! hé !

Chaque livraison du "Canard du Boyau" amenait son petit lot de blagues... Assez désuettes, voire incompréhensibles pour certaines - le contexte nous échappant totalement aujourd'hui - bref, d'un autre temps (d'un temps où il était cependant héroïque de faire ce type de potacheries sous les obus), on sourit gentiment et avec indulgence à leur lecture, près d'un siècle après...

canard01

"Le Canard du Boyau", n° 9, octobre - novembre 1916

Posté par stephan à 14:15 - Le Canard du Boyau - Commentaires [2] - Permalien [#]

11 juillet 2005

Les combats du Labyrinthe - 5

Bonjour à ceux qui parcourent cette page de temps à autres (si ! si ! il y en a !!). Après plusieurs semaines durant lesquelles il ne m'a pas été possible de continuer à "alimenter" la page, je reviens ... avant de repartir, les vacances pointant leur nez à l'horizon...  J'espère cependant pouvoir déposer quelques messages avant de ficeler le baluchon.

Je commence par reprendre la chronique des combats du Labyrinthe que j'avais laissée en suspens avec ce large extrait du J.M.O. du 74e R.I. :

5 JUIN 1915

La nuit du 4 au 5 et la journée du 5 ont été marquées par un bombardement d’une extrême violence occasionnant des pertes très sensibles.
À 15 h. 30, en exécution de l’ordre du général commandant la 53e D.I., le 74e R.I. a attaqué par les boyaux B4, B5 et B6. Objectif : boyau d’Eulembourg.
Dans le boyau B6, la progression a été sensible. En B4 et en B5, malgré une lutte très vive, nous sommes restés stationnaires.

Pertes :

- Capitaine SIMON (commandant la 7e Cie), tué.
- Lieutenant WAGNER (commandant le 9e Cie), tué.
- Lieutenant MANSUY (commandant la 12e Cie), tué.
- Sous-lieutenant ISARD (Cie de mitrailleuses), blessé.
- Sous-lieutenant HENRY (9e Cie), blessé.
- Capitaine LEFEBVRE-DIBON (commandant la 10e Cie), blessé.

- 13 sous-officiers et 124 caporaux et soldats ont été tués.
- 26 sous-officiers et 310 caporaux et soldats ont été blessés.

6 JUIN 1915

Continuation de la lutte dans les boyaux B4, B5 et B6. La progression continue en B6. En B4 et B5 la situation reste inchangée.
B5 et B6 sont reliés par un mauvais boyau qui a été aménagé et qui doit servir de nouvelle parallèle à environ 150-200 mètres du boyau d’Eulembourg. En outre, l’avenue Claudot a été reliée à B6 ; restent 50 mètres à exécuter pour activer cette liaison. Très violent bombardement de la zone occupée par le régiment entre 17 et 19 heures.

7 JUIN 1915

Dans la nuit, achèvement de la tranchée reliant l’avenue Claudot avec B6. En outre, les boyaux A4, A5 et A6, complètement bouleversés par l’artillerie, sont remis en état.
À 4 heures, l’ennemi contre-attaque. Lutte très vive aux têtes de sapes avec des alternatives de gains et de pertes. Les éléments du 3e bataillon, très affaiblis, sont relevés par deux compagnies du 2e bataillon.
Dans le boyau de Bade (que l’on avait pris par erreur pour B6) on progresse également sur B6 et B4 à la sape.

Pertes :

- 1 sous-officier et 39 caporaux et soldats blessés.

8 JUIN 1915

Dans la nuit du 7 au 8, amélioration de A4, A5, A6  et Z5. Toute la journée, la lutte continue à la tête de B5. L’ennemi qui attaquait l’entrée du boyau du Bade a été repoussé. Deux mitrailleuses du 224e R.I. viennent renforcer le front ; l’une en B4 et l’autre entre l’avenue Claudot et B6.

Pertes :

Tués (officiers)

- Sous-lieutenant LORNE.
- Sous-lieutenant GREBOVAL.
- Sous-lieutenant LE GOËVEC.
- Sous-lieutenant LE TREMBLE.

Blessés (officiers)

- Lieutenant PEYRIERES.
- Sous-lieutenant VAN HAVERE.
- Sous-lieutenant LAURAS.
- Sous-lieutenant CHAPRON.
- Lieutenant PIETRINI.
- Lieutenant BOULE.

- 17 sous-officiers et 114 caporaux et soldats tués.
- 32 sous-officiers et 221 caporaux et soldats blessés.

9 JUIN 1915

Dans la nuit du 8 au 9, commencement de la tranchée devant rejoindre le 69e au boyau de Bade (fait 100 mètres environs). Aménagement du chemin creux. Réfection des boyaux et tranchées A4, A5, A6 .
Pression par l’ennemi pendant toute la journée sur les deux têtes de sapes ; combat à la grenade. Nous nous maintenons sur nos positions.

Pertes :

- Sous-lieutenant GUASTALLA, tué.
- Sous-lieutenant FUZIBET, blessé.

- 2 sous-officiers et 13 caporaux et soldats tués.
- 3 sous-officiers et 49 caporaux et soldats blessés.

10 JUIN 1915

À 1 heure du matin, attaque violente de B5. Nous progressons de quelques mètres, mais nous ne réussissons pas à déloger l’ennemi de la barricade. Sur le boyau de Bade, nous dépassons le point B, et établissons une barricade au-delà de ce carrefour. Dans la matinée, la luette continue aux têtes de sapes. On prépare des gradins de franchissement dans les boyaux d’où doit déboucher une attaque de vive force à 21 heures.
À 21 heures, et suivant les ordres du général commandant la 53e D.I., le boyau d’Eulembourg est attaqué comme suit :

- par deux compagnies du 1er bataillon partant de la parallèle du boyau de Bade et prenant comme objectif le front C – K – P (deux escouades du génie se joignant à cette attaque) ;

- par trois sections du 2e bataillon qui prennent comme objectif le front D – F – E (deux sections à gauche, une section à droite de la sape B5) ;

- liaison suivant B6 entre les éléments des deux bataillons.

A gauche : une première vague de deux pelotons se porte sur l’objectif assigné. Le peloton de gauche se heurte à des fils de fer, puis oblique à droite et subit des pertes sérieuses. A gauche, une quarantaine d’hommes réussit à sauter dans le boyau d’Ulm (parallèle et à environ 100 mètres du boyau d’Eulembourg).

La deuxième vague ne déboucha qu’à 23 h. 30, n’appuyant pas efficacement la première (retard dû à la difficulté de se placer dans le boyau de Bade qui est très étroit. D’autre part, étant donné la nuit très noire et la pluie battante, des erreurs de direction se produisirent et presque toute cette deuxième vague se bloqua dans le boyau B6.

A droite : les éléments du 2e bataillon sont arrêtés par les fils de fer, non loin du boyau d’Ulm et, su-bissant de grosses pertes, durent rétrograder. Au petit jour, nous avions dans le boyau d’Ulm, aux environs du point F, une soixantaine d’hommes ; mais, sous la pression des renforts allemands venus par B2 et B3, ces hommes, après une résistance acharnée et des pertes considérables, furent réduits à rétrograder sur B6.

En B5, nous avions enlevé la barricade allemande et progressé de plus de 50 mètres.
Toutefois, l’opération ayant pour but d’enlever le boyau d’Eulemberg n‘avait pas réussi.

Pertes :

- Lieutenant LEBLANC, tué.
- Capitaine LIBEROS, blessé.
- Lieutenant LANQUETOT, blessé.
- Lieutenant TESTUT, blessé.
- Lieutenant PRENEZ, blessé.

- 7 sous-officiers et 29 caporaux et soldats tués.
- 10 sous-officiers et 115 caporaux et soldats blessés.

11 JUIN 1915

Violent bombardement dès l’aurore et qui dura toute la journée. L’ennemi toujours mordant sur B5 et B6. Nous tenons ferme tout le jour et nous progressons même d’une vingtaine de mètres en B6.

Le soir, le régiment a été relevé par le 205e R.I. ; la relève s’est terminée le 12 juin au jour.

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20 juin 2005

Une pause...

Blog en panne !

Désolé pour cette page qui n'évolue pas, mais, définitivement, mon boulot ne me laisse pas le temps, depuis plusieurs jours, de poursuivre cette relation - même s'il elle ne se veut que très sommaire - de l'engagement du 74e R.I. au Labyrinthe. J'espère pouvoir, d'ici peu, reprendre le fil des évènements, rétroactivement.

En attendant, et pour me faire pardonner ;-)) un lien sur un monument érigé à la mémoire de la 53e D.I. Il n'y est malheureusement pas question du 74e R.I., car ce régiment, s'il y fut temporairement rattaché à l'occasion de ces combats, n'appartenait pas organiquement à cette division.

Bonne lecture !

Posté par stephan à 23:05 - 3. - Le Labyrinthe - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 juin 2005

Les combats du Labyrinthe - 4

Quittons un peu le J.M.O. et les rapports. Mais, avant de revenir aux témoignages de combattants, je vous propose de faire un petit détour par la presse de l'époque.

Le Miroir

Extraits des communiqués officiels ouvrant le journal chaque semaine (où l'on constate que l'on en finit pas d'avancer... Mais jusqu'où s'arrêteront-ils nos braves soldats ??? ;-)

3 juin
Nous avons enlevé de nouvelles tranchées dans le Labyrinthe, au sud de Neuville-Saint-Vaast.
4 juin
Lutte d'artillerie au nord d'Arras, avec des actions d'infanterie à l'est de Notre-Dame-de-Lorette, où les positions n'ont pas varié, et dans la région du Labyrinthe, où nous avons progressé. Dans les trois derniers jours, nous avons fait ici 800 prisonniers et capturé deux mitrailleuses.
5 juin
Nous avons (...) gagné 100 mètres encore dans le Labyrinthe.
6 juin
Nous avons réalisé des progrès (...) dans le Labyrinthe où nous avons gagné 450 mètres.
7 juin
Nous avons progressé de 100 mètres dans le Labyrinthe dont nous tenons maintenant les deux tiers.
8 juin
Au Labyrinthe, nous avons poursuivi notre marche vers le réduit central, en repoussant toutes les contre-attaques.
9 juin
Dans le Labyrinthe, après avoir refoulé une offensive, nous avons accompli de légers progrès.
10 juin
Dans le Labyrinthe, nous avons avancé au sud-est.
11 juin
Nous progressons dans le Labirynthe.

Etc. (à noter que d'autres unités - de la 53e D.I. - étaient engagés au Labyrinthe en même temps que le 74e R.I.)


Le Pays de France

lemenu

Sur cette photo, parue dans le n° 41, juillet 1915, de la revue le Pays de France, trois combattants du 74e R.I. posant en Artois. Titre : "Après la prise de la Targette". La photo n'est pas située. Si quelqu'un a une idée... Je remercie grandement Michel Moreau qui m'a signalé ce document. Sans lui, il n'était pas possible de deviner que ces hommes étaient du 74e R.I., la censure obligeant la presse àretoucher les photos publiées, et notamment à masquer les numéros des unités apparaissant sur les pattes de col des uniformes des combattants. Le soldat de droite est le grand-père de son épouse, Marcel LEMENU. Il était alors infirmier au 74e R.I. (classe 1906). Il est passé à travers les rafales d'aciers...


L'Illustration

Extrait d'un article de Francis Dortet, paru dans le numéro du 19 août 1916, et rapportant un épisode des combats du Labyrinthe parmi tant d'autres. Je n'ai pas réussi à retrouver l'identité de ce brave caporal-fourrier :

" C'est au cours de ces journées du Labyrinthe que le caporal-fourrier S..., du 74e régiment d'infanterie, resté seul avec une vingtaine d'hommes dans une tranchée qu'ils venaient d'assaillir, organisa une magnifique résistance. Presque cerné, sans liaison avec le reste du régiment, blessé d'une balle à la main, il maintint la position conquise à coups de grenades pendant des heures. Il espérait être ravitaillé en munitions pendant la nuit, sinon renforcé, et il exaltait par son entrain le courage de ses camarades. Une nouvelle balle le blessa à la tête. Il s'affaissa et on l'étendit au fond du boyau.

- Tenez bon ! dit-il aux autres. Nous serons dégagés. Avez-vous encore des grenades ?

Hélas ! la provision s'épuisait... Et il n'y avait déjà plus de cartouches... Les Allemands pouvaient, par une brusque irruption, faire prisonniers ces vingt braves désormais sans défense.

Le caporal-fourrier S... leur donna l'ordre de battre en retraite.

- Le jour vient et dans une heure il serait trop tard ! On voulut l'emmener. Il refusa.

- Je vous embarrasserais, protesta-t-il. Rejoignez le régiment et rendez compte de la situation, je reste.

Au petit jour, en effet, les Allemands refluèrent de ce côté, mais pas pour longtemps. Car les émules du caporal-fourrier S... ne tardèrent pas à les déloger une fois de plus de la position, et dans un bel élan conquirent une autre ligne de tranchées ennemies. "

Posté par stephan à 23:43 - 3. - Le Labyrinthe - Commentaires [5] - Permalien [#]



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