09 juin 2005
Les combats du Labyrinthe - 3

Une tranchée au Labyrinthe - Le Miroir
Suite et fin du rapport du commandant AUBRY :
Journée du 9 juin 1915
Pression par l’ennemi sur les têtes de sape ; on ne perd rien. On prépare dans l’après-midi une attaque à la grenade qui nous mène jusqu’à 50 mètres du boyau d’Eulembourg. On se battra sur place. Les mines ennemies sauteront, mais nos barricades, solidement établies, tiendront jusqu’à la relève du régiment. Les pertes sont élevées. La 6e Cie relève la 11e Cie. Cette dernière compagnie prend la place de la 6e Cie.
Journée du 10 juin 1915
Riposte sur B5, B6 et boyau de Bade. Une attaque est prescrite pour 21 heures. Elle a fait l’objet de compte rendus.
La section BARBIER, renforcée d’éléments de la 8e Cie, attaque au sud du boyau B5 (point E) ; elle se heurte aux fils de fer ennemis ; des groupes sont allé jusqu’à 5 mètres de l’adversaire. L’attaque du 228e R.I. part plus tard ; elle échoue. Le groupe BARBIER est forcé de se replier.
La section VITTORI attaque le point F ; elle est rejetée sur B5 où l’ennemi contre-attaque fortement.
La section REY, partie la première avec un élan superbe, gagne les deux tiers du terrain qui la sépare d’Eulemberg ; elle se replie avec des éléments du 1er bataillon, sans avoir pu atteindre son objectif.
Pendant toute la nuit, contre-attaque ennemie sur B5. La 5e Cie est épuisée ; plus de cadres. La 4e Cie, avec ses cadres, prend la direction du combat jusqu’à la relève.
Des fractions reformées de la 12e Cie sont également engagées en arrière de bataillon.
Journée du 11 juin 1915
On tient sur place. L’ennemi est toujours mordant sur B5. Notre barricade de tête est restée tenue, établie et occupée, à 50 mètres du boyau d’Eulembourg. Au centre, sur B6, on a progressé d’une dizaine de mètres. Le boyau de Bade a résisté aux contre-attaques également ; il a été défendu constamment par le même officier, le lieutenant MONGIS.
Dans la nuit, le 2e bataillon est relevé par le 205e R.I.
Les pertes du 2e bataillon sont élevées :
- Officiers tués : 5
- Officiers blessés : 2
- Troupe : 282 tués ou blessés.
Le 15 juin 1915
Le chef de bataillon AUBRY
08 juin 2005
Les combats du Labyrinthe - 2
Carte du Labyrinthe au 8 juin 1915 (il y a 90 ans jour pour jour !)
Source : S.H.D. Merci à Thierry Cornet
Rapport du commandant AUBRY, commandant le 2e bataillon du 74e R.I., sur les actions qu’il a dirigées pendant que le 74e R.I. était à la disposition de la 53e D.I. (S.H.D. 25 N 52)
Journée du 3 juin 1915
Le 2e bataillon, après avoir passé la journée au bivouac à Etrun, se porte à la Moissonneuse. Départ d’Etrun à 20 h. 30. Il est en renfort du régiment.
Journée du 4 juin 1915
Le bataillon passe la journée à la Moissonneuse. A 21 heures, il est rapproché du front :
- Deux compagnies dans le chemin creux (6e et 7e Cies)
- Deux compagnies dans la boyaux Z4 et ramifications (5e et 8e Cies)
Journée du 5 juin 1915
Journée marquée par un bombardement continu et d’une violence extrême. Les pertes sont sérieuses. Trois sections de la 8e Cie reçoivent, à 21 heures, l’ordre de renforcer les éléments du 3e bataillon. Ces sections sont employées sur B4 – B5 et boyau de Bade, où elles resteront pendant toute la période. La 5e Cie serre sur la tête du boyau Z4.
Journée du 6 juin 1915
Bombardement un peu moins violent que la veille. Situation inchangée pour les unités du 2e bataillon.
Journée du 7 juin 1915
Alerte à 4 heures. L’ennemi contre-attaque. Le chef du 2e bataillon reçoit le commandement des 2e et 3e bataillons, avec mission de repousser les contre-attaques ennemies et de remettre de l’ordre dans les unités du 3e bataillon qui ont cédé du terrain et ont subi des pertes sérieuses.
Les 5e et 7e Cies sont mises en première ligne : la 5e sur B5, la 7e en tranchée, entre B5 et B6. La 4e section de la 8e Cie sur B4. La 6e Cie reste en renfort sur le chemin creux.
Les 9e et 12e Cies sont retirées et reformées : 9e dans le chemin creux ; 12e dans le boyau Z4. La 10e, renforcée d’une section de la 8e Cie, reçoit l’ordre de tenir sur Z4.
L’attaque de l’ennemie est enrayée et la 5e Cie, aidée d’éléments de la 7e, mène le combat à la grenade sur B5 ; les deux tiers du terrain cédé sont repris. On progresse sur le boyau de Bade et la section MONGIS s’installe à hauteur d’un embranchement de boyau allant sur le boyau d’Eulembourg, s’y fortifie et y tiendra jusqu’à la relève.
On progresse à la sape sur B6 et on établit une tranchée tête de sape.
Journée du 8 juin 1915
L’ennemi attaque la tête du boyau de Bade. Il échoue ainsi que sur B6 où des groupes ennemis étaient sortis (non loin) de leur tranchée. Combat à la grenade dans l’après-midi sur B5. On gagne du terrain malgré les contre-attaques ennemies.
La 4e Cie est mise à ma disposition ; elle fournit sur B5 la section LANQUETOT pour la nuit. Le service est très dur sur B5 ; beaucoup de pertes.
A suivre...
07 juin 2005
Les combats du Labyrinthe - 1
Les tranchées de Maison Blanche - Le Miroir
Il ne me sera pas possible de relater dans le détail les combats du 74e R.I. au Labyrinthe entre les 4 et 11 juin 1915. D'une part je n'en ai pas le temps actuellement, d'autre part cet espace ne s'y prête qu'imparfaitement. Un jour... ailleurs... je le ferai.
Cependant et afin d'en donner tout de même une idée, voici quelques récits, parmi d'autres, qui illustrent ces effroyables combats.
JMO du 74e R.I. à la date du 4 juin 1915 :
Sur l’ordre du colonel commandant la 106e brigade, le 74e R.I. relève dans la soirée les éléments suivants aux ordres du colonel DE TURENNE, commandant le 205e R .I. :
- 2 bataillons du 205e R.I.,
- 1 bataillon du 224e R.I.,
- 1 bataillon du 329e R.I.
Emplacements :
- Bataillon JULLIEN (*): à droite, entre A4, B4, A5, B5, A6, B6.
- Bataillon CHAMBOUILLAT : à gauche, avenue Claudot, boyaux de l’Elbe et de la Vistule.
- Bataillon AUBRY : à l’ouest du chemin creux, tranchée Von Kluck et boyaux adjacents.
(*) Le capitaine JULLIEN commande par interim le 3e bataillon, le commandant LACHEVRE ayant pris provisoirement le commandement du 39e R.I.
Jacques LANQUETOT, alors lieutenant à la 4e Cie, décrit en quelques lignes cette fameuse position du Labyrinthe dans laquelle le régiment est engagé :
" Ce nom de « Labyrinthe » avait été donné à un ensemble d'organisations allemandes situé entre Neuville et Ecurie, au nord d'Arras ; les boyaux et les tranchées y étaient tellement nombreux et enchevêtrés que leur représentation sur le plan directeur donnait l'impression d'un écheveau inextricable de fils bleus. Sauf deux on trois tranchées qui rappelaient des noms célèbres : Von Kluck, Eulenbourg, les autres boyaux étaient baptisés par des lettres affectées d'indices numériques : a1, a2, b1, b3, b5, etc... Une vaste place d'armes au milieu du Labyrinthe portait le nom évocateur de « Salle des Fêtes ». Malgré notre avance dans Neuville-Saint-Vaast, les Allemands incrustés dans ce labyrinthe nous disputaient le terrain pied à pied. Le régiment avait reçu la mission d'achever la conquête de cet important objectif. "
L'adjudant DESMAIRES, de la 3e Cie, a " conservé le souvenir d'un enfer comparable à celui décrit par Dance ". Il ajoute : " Pendant toute la période de combat l'ennemi est visiblement agité. Son artillerie tonne avec fureur partout, toutes les corvées qui arrivent accusent des pertes. C'est là que je fis connaissance de toutes sortes de grenades : des bouteilles de soda remplies de cheddite, des boîtes de conserve entourées de clous et fixées sur des planchettes, des grenades percutantes à cueiller munies d'un ruban pour les faire tomber sur le détonateur. Du côté allemand, dont nous utilisâmes les prises de guerre, à signaler des grenades à pilon, tortues, des oeufs de poule dont nous faisions retour à l'envoyeur par dessus les barricades. Le fond des boyaux était tapissé de morts ennemis à peine recouverts de terre dont les ventres fléchissaient lorsque nous marchions dessus... "
Au 3e bataillon, la 10e Cie du capitaine LEFEBVRE-DIBON montant en ligne met plus de huit heures pour parcourir 3 ou 4 kilomètres. La tranchée qu'il doit occuper est intenable : " Cette tranchée, labourée les jours précédents par le tir de l'artillerie ennemie, était devenue informe, n'offrant plus aucune protection". Pas d'outil pour la remettre en état... " Le capitaine JULLIEN vient la reconnaître avec moi ; nous poussons même plus loin, sur la route de Béthune, car il vient de recevoir l'ordre de rester avec le bataillon dans le secteur où nous nous trouvons. Sur la route, des trous ont été creusés dans le talus, du côté de l'ennemi, c'est une protection relative ; je décide d'y porter ma compagnie. Je retourne réveiller mes hommes et les ramène rapidement, craignant, en attendant, de voir la place prise par une autre compagnie. Les hommes ronchonnent un peu, ce qui se comprend, d'être déjà réveillés ; mais quelques minutes après, chacun ayant choisi son trou, s'y était terré tant bien que mal et rendormi. Il faisait maintenant jour : la compagnie occupait enfin un emplacement d'où j'espérais n'avoir pas à bouger de la journée.
La route avait été, elle aussi, labourée récemment. Parsemée de trous d'obus, les éclats de ceux-ci l'avaient tellement changée qu'elle semblait avoir été hersée. Quant aux arbres, beaucoup étaient abattus, fauchés à 3 ou 4 mètres du sol. Sur les quelques branches de ceux qui restaient encore debout, il n'y avait plus de feuilles, l'ouragan des projectiles, en passant, les avait toutes arrachées.
Le contraste entre cette route désolée avec ses arbres d'hiver et cette belle journée de fin de printemps sous un soleil déjà chaud, était si frappant que l'on éprouvait un sentiment pénible, comme un malaise devant quelque chose d'anormal. On devinait un endroit où des événements contre nature devaient se passer. "
A suivre...
Les tranchées du Labyrinthe - Merci à Alain Chaupin pour cette carte postale
03 juin 2005
Avec la 53e D.I. au Labyrinthe
25 mai 1915. Charles TOUSSAINT, cycliste de la C.H.R. du 74e R.I., arrivant à Neuville-Saint-Vaast.
"Après les premiers affrontements dans les ruines de Neuville-Saint-Vaast, et un court repos, nous allions être plongés dans la fournaise du Labyrinthe situé entre Neuville-Saint-Vaast au Nord et Ecurie au Sud.
A tort ou à raison, je considère que ces combats peuvent se comparer, dans l'horreur, à ceux du Fort de Douaumont en Mai 1916.
Ce Labyrinthe, bien nommé, formait un imbroglio de tranchées dont le centre était la Salle des Fêtes. Une partie de ce Labyrinthe avait été reconquise par les troupes que nous avions relevées en pleine bagarre. Nous devions parvenir jusqu'à la Salle des Fêtes en nous emparant mètre par mètre des tranchées et boyaux farouchement défendus par l'adversaire. Là, les techniciens (rien à voir avec les technocrates) de la progression par jets de grenades, suivis de sacs de terre, pour avancer en créant des barrages successifs, allaient se surpasser, bien entendu les mortiers lance bombes et tous les calibres des deux artilleries s'activaient presque sans interruption.
Les combats furent encore aggravés par la soif, plus encore que la faim..."
Pour ce texte et la photo : "Petites histoires d'un glorieux régiment", Charles TOUSSAINT, Imp. Binesse, 1973.
Le 3 juin le régiment passe la journée sur son emplacement de bivouac. Dans la soirée, il reçoit l’ordre de se porter aux tranchées de la Maison Blanche et de la Moissonneuse, où il s’établit en bivouac.
Le 2e bataillon, après avoir passé la journée au bivouac à Etrun, se porte à la Moissonneuse. Départ d’Etrun à 20 h. 30. Il est en renfort du régiment.
Concernant le 3e bataillon, nous disposons d'un remarquable document avec le témoignage de commandant Paul LEFEBVRE-DIBON qui relate notamment l'engagement de sa compagnie (la 10e) au cours de ces combats ("Quatre pages du 3e bataillon du 74e R.I.", Berger-Levrault, 1920). Le capitaine LANQUETOT (4e Cie) retranscrit également son expérience du Labyrinthe dans "Un capitaine de vingt ans" (J. de Gigord Editeur, 1931).
C'est dans ces documents, et dans quelques rapports trouvés au S.H.D., que je puiserai pour composer les messages que je posterai dans les prochains jours, afin d'essayer de donner une idée de ce que fut le calvaire des hommes du 74e R.I. au cours de ces chaudes journées de juin 1915...
02 juin 2005
Déménagement
J.M.O. du 74e R.I.
31 mai 1915
Le régiment a quitté le sous-secteur à l’ouest de Neuville-Saint-Vaast, hier soir, après avoir été relevé par deux bataillons du 114e R.I. Le dernier bataillon du 74e R.I. a été relevé le 31 à 2 heures.
Le régiment est venu cantonner à Beaufort, où le dernier élément est arrivé à 11 heures.
Pertes : 7 hommes ont été blessés au cours du bombardement de la soirée.
1er juin1915
Le régiment stationne à Beaufort. L’emploi du temps est consacré à la remise en état des effets, ar-mes et équipements.
2 juin 1915
Dans la matinée, le 74e R.I. reçoit l’ordre de se mettre à la disposition du général commandant la 53e D.I. et est transporté en automobiles de Beaufort à Laresset. Dans la soirée, le 74e R.I. se porte entre Marœuil et Etrun où il s’établit en bivouac.
Depuis son arrivée en Artois, le 74e R.I. a eu plus de 30 tués et près de 80 blessés...
28 mai 2005
Un blessé parmi d'autres...
De l'Artois, Frédéric S., de la 7e Cie, ne connaîtra que la première journée. En effet, ce même 27 mai qui fut fatal aux frères Dantan mais également aux soldats et sous-officiers Brunet, Fischer (dit Créau), Harest, Lentrop, Prévost et Velter, Frédéric S. fut blessé. Il relate lui-même cette journée dans ses souvenirs :
"Dans la tranchée de départ, l’artillerie ennemie ne cesse de nous harceler. Face au cimetière de Neuville-Saint-Vaast, que nous devons – d’un instant à l’autre – dès que l’ordre sera donné, atteindre coûte que coûte. Mais avant que cet ordre n’arrive, je me trouve blessé assez grièvement par les éclats multiples d’un 105 allemand. Je ne peux plus faire un mouvement, ayant la jambe droite fracturée. Grâce aux bons soins d’un camarade et poilu de mon escouade, je me trouve mis provisoirement dans un trou de la tranchée, et avec deux fourreaux de baïonnette, il me redresse ma jambe et fait un pansement sommaire. Je restais près de 48 heures dans cette position, la figure pleine de sang – vu les multiples petits éclats reçus, la main gauche atrophiée.
J’ai connaissance, avant l’ordre d’attaque, avoir vu le capitaine SIMON et le lieutenant DEJEAN, venus me dire au revoir. J’ai également bien connaissance d’avoir entendu le capitaine SIMON dire à DEJEAN : « Pauvre vieux, il est foutu ». Bref, dans la nuit et pendant l’accalmie du bombardement, deux brancardiers vinrent me chercher. Il fallut emprunter la plaine, car il n’y avait plus de traces de tranchées, ni de boyaux. A chaque fusée éclairante, ils me déposaient à terre, et se couchaient pour ne pas recevoir une balle de mitrailleuse. Puis, après pas mal de péripéties, nous arrivons au poste de secours du régiment, qui se trouvait à La Targette. Puis, après pansement, l’on m’évacua par cacolet à Mareuil, à l’ambulance de la 5ème D.I. De là, le lendemain, je fus évacué sur l’hospice d’Aubigny-en-Artois, où je restai quinze jours, n’étant pas transportable."
Il rejoindra le 74e R.I., après sa guérison, peu avant l'attaque du fort de Douaumont, en mai 1916. Il n'aura la joie de retrouver que bien peu de ses camarades de mai 1915... Frédéric S. est le soldat qui apparaît tout à droite, sur le bandeau du blog, en haut de cette page.
27 mai 2005
Un obus... deux frères.
JMO pour la date du 27 mai
L’artillerie ennemie a tiré toute la nuit sur le sous-secteur.
A 2 h. 30, les allemands ont attaqué sur tout le front du sous-secteur. Le tir de barrage, demandé aussitôt a été déclenché immédiatement. Vers 3 heures, la fusillade a beaucoup diminué d’intensité ; par contre, la canonnade a continué jusqu’à 3 h. 20, heure à laquelle tout est rentré dans un calme relatif. La fusillade a été vive surtout dans le village de Neuville-Saint-Vaast et la partie droite du bataillon AUBRY. Le front du sous-secteur est resté intact.
Pendant la journée, l’artillerie ennemie a tiré continuellement sur les tranchées du sous-secteur et sur Neuville-Saint-Vaast. Le bombardement a été particulièrement violent vers 10 h. 30 et vers 15 heures.
Pertes de la journée :
3 sous-officiers et 3 hommes tués ;
2 sous-officiers et 14 hommes blessés.
Parmi ces hommes, je veux plus précisément rappeler le souvenir de deux d’entre eux.
DANTAN Hector, 31 ans, originaire d’Oissel, soldat
DANTAN Octave, 28 ans, originaire d’Oissel, sergent
Ce 27 mai, ils se trouvaient tous les deux dans le même abri. On veut imaginer le réconfort et la force qu’ils puisaient l’un dans l’autre à se rapprocher ainsi sous le bombardement. Quelles furent leurs dernières paroles ? Ont-ils eut seulement le temps de se porter un dernier regard, de se dire adieu ? Ont-ils entendu l’arrivée de l’obus qui tomba en plein sur leur abri, les tuant et les ensevelissant par la même occasion ?

L'abri dans lequel les deux frères furent tués - Leur tombe.
Aujourd’hui, il est fort possible que pas un être humain sur terre ne pense à ces deux jeunes hommes du siècle dernier. Alors, je suis fier d’évoquer ici leur mémoire – même brièvement – et satisfait que d’autres liront leurs noms et connaîtront la fin tragique de ses deux frères…
Leurs corps reposèrent temporairement sous un une seule croix de bois au cimetière de Mareuil…
Je remercie Alain CHAUPIN pour la carte postale ci-dessus.
26 mai 2005
Premières tranchées d'Artois...
La physionomie du régiment a changé… En effet, le 74e venait de recevoir les nouveaux effets bleu-horizon afin de remplacer les capotes bleues et pantalons garance en si piteux état…
C’est donc à Neuville-Saint-Vaast que les hommes du 74e R.I. allaient prendre contact avec l’Artois et étrenner leurs nouveaux uniformes… qui seraient pour tant d’entre eux un bien morne linceul…
J.M.O. du 74e R.I. pour le 26 mai 1915
Le 74e R.I., en vertu de l’ordre du général commandant le 20e C.A., relève les deux bataillons du 153e R.I. dans le secteur face à la lisière nord à Neuville-Saint-Vaast.
Par suite du croisement de nombreux convois et colonnes, le mouvement s’exécute très lentement entre Laresset et Marœuil. Le Régiment ne peut ainsi présenter sa tête au débouché nord-est de Marœuil qu’à 22 heures. Aussi, la relève ne peut-elle s’effectuer aux heures fixées. Toutefois, elle eut lieu assez à temps pour permettre aux unités relevées d’effectuer leur mouvement vers l’arrière avant le jour.
La situation du Régiment est la suivante :
- En 1ère ligne : bataillon Aubry, en liaison à droite avec le 37e R.I. à la lisière même de Neuville-Saint-Vaast, à gauche avec un bataillon du 228e R.I. au chemin des Pylônes.
- En 2e ligne : bataillon Chambouillat, ayant deux compagnies en arrière et à droite de la 1ère ligne et deux compagnies dans les boyaux adjacents aux boyaux du 28e R.I.T.
- En 3e ligne : bataillon Lachèvre, entre la route d’Ecoivres à La Targette et la route de Marœuil au Rietz, parallèlement et à environ 1 kilomètre de la route d’Arras à Béthune.
Les quatre sections de mitrailleuses du régiment sont en 1ère ligne.
Pendant toute la journée, l’artillerie ennemie a bombardé de façon parfois très intense l’ensemble du sous-secteur.
Pertes : 15 hommes ont été blessés dont quatre grièvement.
25 mai 2005
En voiture !
Avant de suivre le 74e R.I. dans cette nouvelle période de son histoire, prenons un peu de recul. Une grande offensive a été déclenchée quelques jours plutôt sur le front de l’Artois. Les troupes qui y ont participé ont payé très cher les quelques gains de terrain. La 5e D.I., entre autres, va relever certaines de ces unités…
J.M.O. de la 5e D.I. pour le 25 mai 1915
L’infanterie des 9e et 10e brigades, mise à la disposition du général commandant le 20e C.A. pour relever les troupes ayant besoin de se refaire, a été transportée en automobiles dans le courant de la matinée, dans la zone Haute-Avesne, Frévin-Capelle, Capelle-Fermont, Hermaville.
Les ordres reçus et les reconnaissances préparatoires faites dans le courant de la journée du 25 ont abouti aux dispositions suivantes :
La 9e brigade en entier relève dans la nuit du 25 au 26 les troupes du secteur de la 39e D.I. (secteur Nord du 20e C.A.). Le général commandant la 5e D.I. prend, à la date du 26 mai à 9 heures, le commandement du secteur Nord qui sera occupé par la 9e brigade et le 228e R.I.
[…]
Q.G. de la 5e D.I. : Frévin-Capelle, le 26 mai à partir de 9 heures.
P.C. du général commandant la 5e D.I. : ferme Brunehaut.
P.C. du général commandant la 9e brigade : cote 109.
[Je n’ai pas retranscrit ici ce qui concerne la 10e brigade]
J.M.O. du 74e R.I., pour le 25 mai 1915
Le Régiment s’est embarqué en autobus aux heures prescrites par l’ordre du général commandant la 5e D.I. Le voyage est effectué sans incident. Le débarquement a lieu à Laresset entre 12 heures et 16 heures.
Vers 18 h. 30, le Régiment reçoit l’ordre de se mettre en route pour relever les deux bataillons du 153e R.I. dans le sous-secteur face à la lisière nord à Neuville-Saint-Vaast.
23 mai 2005
Arrivée en Artois...
Voilà, le 74e R.I. quitte définitivement cette Route Nationale 44. Les allemands d’un côté, les français de l’autre : huit mois de face à face et rien n’a changé depuis la stabilisation du front ; cela restera figé encore longtemps… Bilan humain inhumain : 450 tués au moins, et des centaines de blessés au 74e…
Et le pire reste à venir…
Depuis quelques jours, le commandement français a déclenché une vaste offensive en Artois… La 5e D.I. y est conviée…
Je reprends la lecture du J.M.O.
22 mai 1915 : Le régiment s’est embarqué à la gare de Muizon aux heures prescrites par l’ordre du général commandant la 5e D.I. Le voyage s’est effectué sans incident. Les débarquements ont eu lieu aux gares de :
Doullens : E.-M., 1er et 3e bataillons, C.H.R., et Cie de mitrailleuses ;
Frévent : 2e bataillon.
Par suite du retard dans l’arrivée des trains aux gares précédentes, le dernier élément du régiment n’est arrivé que ce matin à 8 heures au cantonnement. Le Régiment en entier est installé à Le Souich.
23 mai 1915 : Le régiment reste cantonné à Le Souich. Chaque bataillon, dans son cantonnement respectif, procède au nettoyage des armes et des effets dans la matinée. Dans l’après-midi, des exercices avec application du service en campagne ont été faits aux environs des cantonnements.









