02 septembre 2009
C'est la rentrée...

En ces temps de reprise, un peu de légèreté et simplement trois photos plutôt étonnantes. Ce devait être un passage obligé, une sorte de tradition dans les régiments, à chaque nouvelle classe appelée sous les drapeaux : on prenait les plus grands et les plus petits, et hop, une photo qui amusera encore, un siècle plus tard, les inconditionnels du 74e !
Bonne rentrée !
Merci à Monique et Guilhem pour leur générosité et leur oeil avisé.
25 mai 2009
Le Monument du 3e bataillon...

Dans la nuit du 24 au 25 mai 1916, ce qui reste du régiment est relevé. La tentative de reprise de Douaumont est un échec. Le commandant Lefèbvre-Dibon et les survivants du 3e bataillon, quant à eux, prennent le douloureux chemin de la captivité... En Allemagne, le commandant se promet de faire ériger, après guerre, un petit monument en mémoire de ses heures tragiques, sur le champ de bataille de Verdun, là même où, pour lui et ses hommes, la guerre prit fin... Le monument fut élevé ; il restera, des décennies durant, le point de convergence de tous les anciens du régiment venus en pélerinage à Verdun.
Sur le montage ci-dessus, le commandant Lefèbvre-Dibon en 1937 et le monument tel qu'il se présente aujourd'hui...
30 avril 2009
In Memoriam...

Qui, mieux qu'un ancien poilu du 74e ayant fait campagne du 2 août 1914 au 11 novembre 1918, pouvait rendre l'hommage qu'il méritait au Colonel Denisse ?
Ces quelques lignes lui étaient destinées, jetées au dos d'une vieille carte d'état-major qui lui fut offert, il y a quarante ans, par Charles Toussaint, cycliste du colonel Brenot. Elles témoignent de la reconnaissance des derniers grands anciens du régiment pour le travail considérable entrepris par le Colonel Denisse, au sein même de l'Amicale parisienne des Anciens du 74e, afin de conserver, par-delà les ans, la mémoire des faits et gestes des poilus du 74e entre 1914 et 1918.
1er mai 2009 : voilà aujourd'hui une année que Robert Denisse nous a quitté.
Alors, à mon tour, je voudrais rappeler ici la mémoire de cet homme qui passa plusieurs années de sa vie à rassembler tout ce qui pouvait témoigner de cette période. Il le fit dès la fin des années soixante lorsque, muté comme capitaine au 7-4, il se rapprocha de l'Amicale parisienne des Anciens du 74e R.I., de ceux qui avait fait la Grande Guerre. Il les côtoya ainsi durant plusieurs années, les écoutant, récoltant leurs souvenirs encore vivaces, participant à leurs banquets, pèlerinages...
Les années passant, irrémédiablement les rangs de l'amicale se clairsemaient... Mais tous restaient fidèles au Souvenir et avaient à coeur de respecter le vieux serment, fait des décennies plus tôt : faire vivre l'Amicale jusqu'au dernier et accompagner chaque camarade jusqu'à sa dernière demeure... Ce fut dit et ce fut fait, grâce à l'énergie de Robert Denisse dont la jeunesse (relative en regard des nonagénaires et centenaires qui formaient le dernier carré de l'Amicale !) et la vigueur permirent de prolonger les activités - certes, de plus en plus réduites - de l'Amicale et de maintenir, jusqu'aux derniers, ce lien fraternel qui les unissaient depuis près de 80 ans.
J'ai eu le plaisir de connaître Robert Denisse il y a quelques années et de passer avec lui plusieurs journées durant lesquelles, connaissant mon intérêt pour l'histoire du 74e R.I., il se faisait une joie de me conter quelques souvenirs de ces temps où il vécut au contact intime de ces grands anciens... Je le sentais heureux de savoir que tout cela intéressait encore quelqu'un, et surtout que cette Mémoire ne serait pas perdue, oubliée.
La dernière fois que je lui serrais la main... c'était le 1er Mai 2008.
Je voudrais dire ma reconnaissance à la famille du Colonel Denisse, la remercier encore une fois de son accueil, et enfin lui assurer qu'en cette journée mes pensées vont vers elle.

11 décembre 1966 : Charles Roussel (ancien commandant de la 3e Cie du 74e R.I. et dont il a déjà été question sur ce blog) remet le fanion de la 3e Cie au capitaine Denisse, commandant celle-ci.

Le fanion de la 3e Cie du 74e R.I.

20 janvier 2009
"Le Testament du Fantassin"

J'ai déjà parlé ici de Paul Verlet. Ce soldat poète a laissé un témoignage poignant sur la guerre, et sur le 74e R.I. en particulier, dans un petit recueil intitulé "De la boue sous le ciel".

Blessé à plusieurs reprises, Paul Verlet décèdera finalement, miné, quelques années après la guerre...
Le groupe Tichot a sorti, en 2008, un album consacré à la Grande Guerre. Leur mise en musique de plusieurs textes écrits par des soldats est sobre, juste et émouvante. Parmi les titres enregistrés, il en est un que je vous propose d'écouter plus particulièrement puisqu'il s'agit d'un texte de Paul Verlet, magnifiquement interprété : "Le Testament du Fantassin".
A bientôt !
Un extrait ci-dessous. Pour l'écouter en intégralité, achetez le CD ! (... mais en attendant, cliquez sur "popup" dans le lecteur...)
Découvrez Tichot!
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06 septembre 2008
Unis comme au front...
« Ceux qui vous traitent de brute casquée se méprennent du tout. Ils ne comprennent pas que ce que vous regrettez dans la guerre, c’est l’amour ; c’est le seul lieu où vous avez pu aimer puissamment les hommes ».
Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun, Bernard Grasset Editeur, 1925.

Marcel Bert et Auguste Borderieux étaient de la classe 1916. Après une instruction reçue au 9e bataillon du 74e R.I., ils rejoignent, le 20 avril 1916, le régiment sur le front, en compagnie d’environ 200 autres « Marie-Louise ».
Un mois plus tard, ce sera pour ces gamins de 20 ans le baptême du feu… et quel baptême : direction Verdun, et attaque du fort de Douaumont… Une trentaine seulement de ces 200 sortira indemne de la fournaise.
Auguste Borderieux comptera parmi les blessés. Marcel Bert, lui, s’en sortira, mais sera blessé quelques mois plus tard au bois Bouchot.
Dès leurs classes, ces deux-là avaient sympathisé ; et cette amitié, que renforcera encore l’épreuve du feu, les liera toute leur vie.
Marcel Bert prononcera, le 11 avril 1943, un bel éloge de son camarade à l’occasion de la remise de la Légion d’honneur à Auguste Borderieux. Et ce sera encore lui, alors âgé de 80 ans, qui dira en des termes émouvants l’ultime adieu au camarade Borderieux, devant son cercueil, le 26 février 1976.
Il ne s’agissait pas d’une camaraderie de façade affichée aux seules réunions publiques et autres banquets de l’Amicale des Anciens du 74e. Dans l’intimité, cette amitié était tout aussi sincère et profonde. En témoignent ces quelques lignes extraites d’une lettre que Marcel Bert envoya à Auguste Borderieux, le 23 mai 1922 :
« Mon cher Auguste,
Je te remercie d’avoir bien voulu m’adresser un petit mot à l’occasion de l’anniversaire de Douaumont. Je vois que cette date, de tragique mémoire, est à jamais gravée dans ton esprit ; moi-même, tous ces jours-ci, et en particulier hier et aujourd’hui, je n’ai cessé de penser à l’effroyable aventure dans laquelle nous avons bien failli laisser notre peau.
[Suivent la narration de la journée du 23 mai 1916 à Douaumont et la façon dont Auguste Borderieux se porta volontaire pour aller en patrouille avancée avec Bert alors qu’il aurait pu en être dispensé ayant déjà été de corvée la nuit précédente… – et on peut imaginer ce que signifiait « partir en corvée » de soupe et de café en pleine attaque du fort de Douaumont ce 23 mai 1916…]
[…] Nous sommes côte à côte. Nous attendons un moment l’accalmie favorable. Puis, après nous être consultés du regard, tu sautes…. toc ! toc ! toc ! ... Je saute immédiatement derrière toi… toc ! toc ! toc ! ... et tombe sur toi juste pour entendre ton cri : « Je suis blessé ! »
Ton courage, ton dévouement et ton sang-froid t’ont mérité mon admiration ; je suis heureux de te le redire, mon vaillant ami, à l’occasion de ce sixième anniversaire du jour où tu offris ta vie pour la France de si généreuse façon. […] Je suis fier d’avoir été le témoin de ton attitude très courageuse au cours de ces combats. »
12 avril 2008
Le clairon du "Père la Classe"
Outre les souvenirs de son grand-père, Jean-Claude a conservé le clairon de Fernand : « Voila l’objet. Pas mal non ? Pour avoir autant voyagé sur le terrain et dans le temps… avec quelques petites réparations d’époque ; les pompons ne sont pas d’origine mais la poignée en cuir, oui...! », commente Jean-Claude en m’envoyant le cliché.

Sonnez trompettes, battez tambours ! Voici, grâce à Jean-Claude, un objet rare et hautement symbolique : le clairon du « Père la Classe » !
Rare car il ne m’avait jamais été donné de pouvoir découvrir un authentique clairon du 74e, ayant passé par la grande fournaise : « Un peu cabossé, mais vu la campagne et l’âge... rien à dire ! » Effectivement, Jean-Claude, rien à dire… si ce n’est un grand merci de nous offrir ce privilège de voir – si ce n’est entendre ! – ce clairon.
Symbolique car, tout de même, c’est au son de ce clairon, et des autres clairons du régiment, que 3000 hommes chargèrent, un 22 août 1914 devant l’inconnu et pour une course meurtrière de plus de quatre années…
En illustration de ce message, l’instruction des tambours et clairons, avant guerre, en la caserne Pélissier à Rouen. Album-souvenir du régiment (1909).

02 avril 2008
Fernand Yon : le « Père la Classe »

A la fin de l’année dernière, j’ai eu le plaisir d’être contacté par Jean-Claude dont le grand-père, Fernand Yon, fit toute la campagne au 74e R.I. Jean-Claude a gardé des souvenirs très précis des diners familiaux de son enfance, au cours lesquels son grand-père revenait parfois sur quelques anecdotes du temps de « sa » guerre.
Fernand avait le verbe facile et, d’après son petit-fils, était ce que l’on appelle un « bon vivant » ; il aimait raconter et le faisait avec humour et générosité. A tel point que Jean-Claude, aujourd’hui encore, se souvient, à la virgule et à l’intonation près, de quelques-unes de ces tirades dominicales !!
Il a eu la gentillesse de nous transmettre cette mémoire. Fernand n’a pas tenu de carnet de route. Heureusement, l’attention et la mémoire de Jean-Claude, alors petit garçon sans doute captivé par la bonhommie de son grand-père, est le dépositaire involontaire de ces souvenirs, et il nous permet, aujourd’hui, de faire connaissance avec Fernand Yon, clairon aux 1ère et 9e Cie du 74e R.I., au travers de quelques anecdotes qu’il a accepté de partager ici.
Alors, plutôt que de paraphraser maladroitement Jean-Claude, je vais tout simplement lui laisser la parole dans les prochains messages déposés sur le blog ; on y retrouvera avec plaisir la saveur des propos de Fernand, son grand-père ! Merci encore Jean-Claude !
Mais avant, permettez-moi de vous présenter brièvement Fernand Yon, surnommé le « Père la Classe » par ses camarades. A défaut d’une photo contemporaine à la guerre, le voici, ci-dessus, en 1956, âgé alors de 66 ans. Né en 1893 à Lillebonne, il était de la classe 13 et partit dès le 2 août 1914 avec le 74e R.I sur la frontière belge.
Après la guerre et trois blessures, « il a fait sa carrière à la SNCF comme roulant – d’abord comme chauffeur et ensuite comme mécanicien... vapeur, sur la ligne Paris-Rouen-Le Havre, rapide voyageurs. Son dépôt était le dépôt SNCF de Sotteville-lès-Rouen et, mauvais hasard de la vie, il fut accidenté du travail et mutilé d’une jambe à l’âge de 36 ans... et termina sa carrière à 55 ans, comme c’était la règle, comme responsable de la cantine du dépôt, toujours à Rouen. »
12 mars 2008
Lazare Ponticelli - 1897-2008

30 janvier 2008
Charles Bizet...
Etrange proximité de consonnance entre le nom du dernier tué de la Grande Guerre du 74e, et celui du dernier membre de l'Amicale des Anciens du régiment (classe 16) qui s'est éteint en 1994, à l'âge de 98 ans.

09 novembre 2007
Le dernier de la Der des Ders...
Paul Bizot, 21 ans, dernier soldat du 74e R.I. tué devant l'ennemi, il y a aujourd'hui 89 ans. A deux jours de la signature de l'Armistice...

Merci à Patrick M. pour ce cliché.
A noter que dans ses souvenirs, le lieutenant Havage de la 5e Cie, place la mort de Paul Bizot au 10 novembre 1918... Voici le quelques lignes, que l'on ne peut lire sans une émotion certaine, qu'il consacre à ce jeune soldat :
"Je revenais de ce P.C. quand je rencontrai deux hommes qui venaient d’être blessés à la tête, au milieu du terrain, entre la route et l’Escaut. Ils me dirent que le capitaine les avait envoyés vers moi pour renforcer ma patrouille, me font voir leurs blessures et m’apprirent que leur camarade Bizot avait été tué à côté d’eux.
Bizot fut le dernier tué du régiment. C’était un petit soldat de 20 ans, de constitution plutôt faible, mais très courageux ; un gentil petit gars qui faisait des économies sur son prêt pour se marier après la guerre. Si le capitaine avait mieux connu le terrain, il n’eut pas envoyé cette patrouille en plein jour et aurait évité ces pertes."

