BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

16 février 2005

La mort du chef de bataillon Plessis

Extrait du J.M.O.

 

16 FEVRIER 1915

 

Pendant toute la nuit, l'artillerie ennemie a manifesté une certaine activité par l'envoi de nombreux projectiles (77). Pas de pertes. Une légère fusillade a été entendue vers 1 h. 30 dans la direction du Luxembourg.

Dans la matinée, canonnade intermittente sur tout le front du secteur du Centre, puis très intense, de 11 h. 30 à 12 h. 30, dans la direction du Luxembourg.

Vers 9 h. 30, le commandant Plessis, commandant le secteur du bastion du Cantonnier, inspectant les tranchées de première ligne, reçut une balle dans la tête et mourut presque instantanément.

 

Le commandant Arthur Plessis, originaire de l'Eure, avait 41 ans. De l'active, il était au 74e R.I. depuis 1909. Il partit, le 2 août 1914, à la tête de la 3e Cie du 74e R.I. qu'il engagea successivement lors des combats de Roselies et de Guise. Le 7 septembre, en plein combat de Courgivaux, il fut désigné pour prendre le commandement du 1er bataillon en remplacement du capitaine Pétry, écarté de ce poste pour des raisons qu'il me reste à étudier… Il commandait toujours ce bataillon lorsqu'il fut tué, sans doute par un bon tireur allemand à l'affût, il y a aujourd'hui 90 ans. Ce même jour, Antoine Maucourt, 23 ans, soldat de la 8e Cie, était également tué.

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14 janvier 2005

Bully-les-Mines, le 14 Janvier 2005

 

Lettre du Petit Fils de Gaston Olivier, soldat au 274° RI - tué à l'ennemi - le 14 Janvier 1915

 

Bully-les-Mines, le 14 Janvier 2005

 

Cher Bon Papa,

 

C'est donc ton petit-fils qui s'adresse à toi, 90 ans après ta mort tragique sur le front de Champagne et le jour anniversaire de la naissance de ta fille Suzanne, qui fête aujourd'hui ses 91 ans.

 

Tu étais parti à la guerre convaincu qu'elle serait courte, puisque vous ne pouviez que la gagner contre des barbares qui ne respectaient rien.

Il fallait que le bon droit triomphe de l'infamie. Tu avais raison, ta sincérité et ta foi en un avenir meilleur ne pouvaient que t'aider à terrasser le monstre.

Mais à quel prix ! tu as côtoyé la mort chaque jour, au point de la souhaiter pour toi-même comme étant la seule solution pour échapper à cet enfer.

 

Tu as eu le souci constant d'être un père de famille bienveillant, protecteur, rassurant pour tes 3 enfants et ton épouse qui faisaient ta fierté et dont tu avais dû te séparer malgré toi. Tu as su garder pour toi le plus gros de tes angoisses en les distillant avec une pointe d'humour de manière à ne pas dramatiser plus qu'il n'en fallait.

 

Et pourtant les 6 mois passés sur le front ont été un cauchemar journalier, ton quotidien était fait du sifflement des balles, du grondement des obus, des explosions des marmites, des dégâts causés par les shrapnells, des marches éprouvantes, un corps courbatu, blessé, malade, tu as vécu avec l'odeur des morts, de cette mort horriblement présente dans le décor des combats, tu as dû te coucher et t'endormir sur une terre imprégnée de sang, qui, mêlée à l'urine et aux excréments devint ce que Maurice Genevoix a appelé : "L'humus humain".

 

Seule l'amitié de tes compagnons d'infortune, les lettres de ta famille, les colis des amis, t'ont permis de résister temporairement à cette ultime épreuve.

Le destin a voulu que tu cesses brutalement de vivre cet enfer ce 14 Janvier 1915.

Reposes en paix, cette paix pour laquelle tu as combattu au sacrifice de ta vie afin que nous puissions vivre en paix.

 

Ton petit fils

 

Alain

 

J'espère qu'Alain Chaupin, que je remercie pour les lignes qu'il a bien voulu déposer ici, verra un jour la correspondance de guerre de son grand-père publiée…

 

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Alexandre de Visme

Je viens de passer une journée très intéressante au S.H.A.T. Il me faut maintenant « digérer » tout ce que j'y ai collecté…

J'écrirai, un autre jour, quelques lignes sur Alexandre de Visme. Son cousin, Jacques, fut tué le 2 mars 1916 ; il était alors au 146e R.I. (ses carnets de guerre ont été publiés, en 1927, dans un ouvrage en sa mémoire).

Alexandre, lui, était capitaine au 74e. Il fut tué un mois plus tard, le 3 avril, à quelques centaines de mètres de l'endroit où tomba Jacques…

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11 janvier 2005

Louis Cordonnier

 

Louis Cordonnier (sergent à la 9e Cie) connut la guerre vingt jours, du 2 au 22 août 1914. Les combats eux-mêmes, il ne les vécut que quelques heures…

En effet, il sera blessé dès la matinée du 22, au premier engagement du 74e R.I., lors des combats meurtriers de Roselies, sur la Sambre. Il restera longtemps sur le terrain, la cuisse brisée. Ce n'est que deux jours plus tard que les premiers soins lui seront prodigués. Mais la plaie s'est déjà considérablement infectée…

Les restes du 74e R.I. refluent et sont déjà bien loin, en route pour la Marne. Ce sont donc les allemands qui vont donc « ramasser » Louis, blessé et très affaibli, pour l'emmener à Montigny [Montignies ?] près de Charleroi où il sera soigné par des religieuses.

Presque trois mois durant, Louis Cordonnier luttera. Loin des siens et sans nouvelles, il ne saura pas que son frère, Jean (sous-lieutenant à la 6e Cie du 24e R.I.) a été blessé le 5 septembre ; il ne saura pas, qu'à peine remis de sa blessure, Jean repartira au front le 13 octobre suivant et sera tué deux jours plus tard ; il ne saura pas que Paul, le plus jeune des trois frères, également affecté au 74e R.I., sera blessé le 25 septembre 1915, à Neuville-Saint-Vaast ; il ne saura pas que son père, accablé, décèdera en 1917 ; il ne saura pas que Paul, rescapé de la guerre, rédigera après la boucherie une petite plaquette à la mémoire de ses frères aînés… Non, il ne saura rien de tout cela, car Louis Cordonnier expirera le 12 novembre 1914.

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Le colonel Schmitz

 

Un peu de couleur dans ce monde de brutes.

Je vous présente le colonel Schmitz. Il commandait le 74e R.I. à la mobilisation. Je raconterai, un autre jour, sa blessure et le surnom qu'elle lui valut…

 

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29 décembre 2004

Noël

A mon brave commandant Plessis, 1er bataillon du 74e d'infanterie, tué à côté de moi, dans la tranchée de la Tête de Cochon, le 16 février 1915. En souvenir des charges à la baïonnette des nuits de Courgivaux et du bois Carré du Tillois.

NOEL


Noël ! Il fait plus froid que les autres nuits froides.

Blanc de lune, l'acier brûle dans nos mains roides;

La plaine moutonneuse est de givre. Là-haut,

L'étoile des bergers, aux longs cils d'or, bientôt,

Tendrement guidera dans l'ombre aux purs mystères,

L'ardent Alleluia des amants de la Terre.

C'est Noël ! Dans nos trous on a tant de malheur,

Ce soir, les pieds dans l'eau, qu'on a froid jusqu'au coeur.

Du fond du souvenir, chaque soldat qui veille,

Ressuscite un Noël du bon temps qui sommeille.

" Il neige ! Et c'est si bon, la neige des heureux !

" On cause avec son âme ; on fait la route à deux ;

" L'ombre morte s'éveille; à grands cris, les cortèges

" Glissent à pas feutrés, au rythme de la neige ;

" Un manteau de silence, épais, du ciel descend,

" Ouatant le bonheur du village aux toits blancs ;

" Et vers minuit les vieux dont les lanternes bougent

" S'en vont prier, peuplant les bois d'étoiles rouges ;

" L'autel est plein de fleurs, de cierges par-dessus ;

" La crèche est tout en or, et Marie, et Jésus !

"Longtemps après, le chant de l'église qui brille,

" Vit, joyeux, dans la bûche, au foyer qui grésille... "

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Mais ce soir... Ah ! ce soir, qu'on est triste ! Il fait froid.

Le silence est méchant... Par instants, on perçoit,

D'en face, un choeur sacré, grave comme un cantique.

Dieu ne veut pas souiller son heure magnifique.

Trêve aux échos de mort ! Pas un coup de fusil.

Seul, un discret : Wer da ? le choc clair d'un outil !

Et voici que chemine au long de nos tranchées

Un poilu loqueteux, silhouette penchée.

Il titube... Il a bu. C'est sans doute un cuistot :

Ça chaufferait le ventre, un peu de café chaud !

Mais non, voilà qu'il passe, hâve, la barbe blanche,

Voûté sous son fardeau, cassé sur une branche.

Seigneur ! est-ce bien Lui, surgi de l'irréel ?

Ah! Seigneur! « Halte-là! »... C'est le père Noël !

Il défaille, il s'en va, ses hottes sont usées...

Alors son bras de juste allume des fusées ;

Fouillant les corps fauchés devant les fils de fer,

Semeur du Paradis, sans trêve, il lance en l'air

Paraboles d'éclairs, féeriques trajectoires,

Tout un feu d'artifice aux grands signes de gloire !

Et j'ai vu que c'étaient les âmes de nos morts

Qui montaient jusqu'à Dieu fleurir en gerbes d'or.

Bois de Chauffour, décembre 1914.

Paul VERLET fit la guerre au 74e. Une mauvaise blessure l'éloigna du front en 1916. Il publia, en 1919, un recueil de poèmes rédigés durant la guerre, dont celui ci-dessus est extrait. Plus loin, il commençait un autre poème par ces vers :

"Seigneur mon Dieu, Seigneur, je crois que je vivrai !

Oui, ma poitrine brûle et j'ai bien mal, c'est vrai...

Je vivrai, je vivrai !... Vouloir c'est déjà vivre !"

Le poête à le privilège de dire ce qu'il veut, mais pas toujours celui de faire comme il dit :

Paul VERLET devait décéder des complications de sa blessure en 1923...

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28 décembre 2004

A l'ouest rien de nouveau...

  Quatre mois... quatre mois à ne pas se remettre de sa blessure dans un Lazaret de Charleroi... Il y a 90 ans, ce 28 décembre, décédait Julien, Charles, BODESCOT, soldat au 74e R.I., blessé lors des combats de Roselies (22-23 août 1914) en Belgique. Il avait 25 ans.

Ce même jour était tué le caporal Marcel, Arthur, LEMIRE. A cette date, le 74e grelottait depuis trois mois dans les tranchées au nord de Reims (secteur de Thil). De la classe 13, il venait d'avoir 21 ans...

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