BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

31 juillet 2005

Quelques journées à Neuville...

22 juillet 1915 (1)
Les compagnies ont fait des exercices en terrains variés. Des causeries ont été faites par les officiers sur la guerre actuelle.
32 hommes de troupe ont été envoyés en permission pour des durées variant de 6 à 8 jours.
En exécution d’un ordre du général commandant la 5e D.I., le 74e R.I. doit aller relever le 129e R.I. dans le sous-secteur Sud de Neuville-Saint-Vaast dans la nuit du 23 au 24. Une reconnaissance pré-alable du secteur doit être faite par le colonel, les chefs de bataillon et les commandants de compa-gnie dans la nuit du 22 au 23.

23 juillet 1915
A minuit, le colonel est transporté en automobile à la Chaussée Brunehaut ; il est accompagné des trois chefs de bataillon, des commandants de compagnie et de deux officiers chefs de section par compagnie. Tout ce personnel, après avoir procédé à la reconnaissance, reste dans le secteur et y attend l’arrivée du régiment.
Le 74e R.I., sous les ordres du capitaine JULLIEN, quitte Izel-le-Hameau à 5 heures et vient s’installer au bivouac dans les bois situés entre Ecoivres et Bray. A 20 heures, il quitte son emplacement de bivouac pour venir effectuer la relève.

24 juillet 1915
La relève du 129e R.I. par le 74e R.I. s’est effectuée normalement, et s’est terminée sans incident à 1 h. 40. La nuit et la journée ont été calmes. L’artillerie ennemie a peu tiré. Toutefois, les minenwerfers ont manifesté une certaine activité le 23, vers 18 heures.
A titre de représailles, la 1ère section de canons de 58 a tiré 14 bombes de 16 kg ; le 2e section, 10 bombes du même modèle.

[...]

30 juillet 1915
La nuit a été calme sur le front du sous-secteur. De 21 heures à 23 heures environ, une vive action d’infanterie et d’artillerie s’est déroulée dans la région de Souchez.
Dans la matinée, les tranchées de première ligne ont été bombardées par intermittence. Notre artille-rie a riposté. L’après-midi a été relativement calme.
Tir des canons de 58 : les canons de 58 ont tiré 21 bombes de 16 kg.
Pertes :

pertes1

Au-delà du J.M.O., j'ai relevé d'autres tués au cours de ces journées : Edmond LABALETTE, Charles TONDU, Georges LEBLOND, Alphonse GUIOT ...

(1) Extrait du J.M.O. du 74e R.I.

Posté par stephan à 21:32 - 4. - Neuville-Saint-Vaast - Commentaires [1] - Permalien [#]

18 juillet 2005

Et... paf dans l'pif !

Les 13 et 14 juin, deux détachements, provenant du 9e bataillon de marche du 36e R.I., apportent au 74e R.I. un complément d'environ 1160 hommes afin de combler les vides. Beaucoup de jeunes soldats de la classe 15 dans ce renfort. Le régiment se reforme et dès le 20 au soir, il remonte en ligne.

Il doit relever le 68e R.I. du 9e C.A. dans le secteur des Cinq-Chemins, au nord de Neuville-Saint-Vaast.

Dans l'après-midi, au cours de la reconnaissance du secteur, le lieutenant-colonel BRENOT est blessé par un éclat d'obus qui lui enlève le bout du nez... Evacué sur l'ambulance n°4 du 3e C.A., il est remplacé provisoirement par le chef de bataillon AUBRY. Le lieutenant-colonel BRENOT sera de retour à la tête du régiment en août. C'est le colonel SIMONI qui assure l'intérim.

Posté par stephan à 18:01 - 4. - Neuville-Saint-Vaast - Commentaires [1] - Permalien [#]

17 juillet 2005

Les combats du Labyrinthe - 6

On n'en sort pas de ce Labyrinthe !! ;-))

Lorsque le régiment est relevé, le 11 juin, si la progression fut réelle, elle ne fut pas complète, et la percée espérée n'eut pas lieu, ni ici ni ailleurs... Ces combats étaient loin d'être les derniers en Artois , et le 74e R.I. allait en savoir quelque chose dans les mois qui suivirent... On y reviendra.

Pour l'heure, tentons un bilan humain de ces premières semaines passées autour de Neuville-Saint-Vaast. Un état des pertes (S.H.D., cote 24 N 76) donne les pertes suivantes pour la période du 26 mai au 8 août 1915 (qui déborde donc au-delà des combats de juin) :

Officiers

Tués : 7. Blessés : 16. Disparus : 3. TOTAL : 26

Troupe

Tués : 216. Blessés : 684. Disparus : 130. TOTAL : 1030

Le recul et mes recherches me permettent aujourd'hui d'affiner le nombre de tués et des morts des suites de leurs blessures : j'ai retrouvé, à ce jour, les noms d'un peu plus de 400 hommes du 74e R.I. décédés au cours de cette période, dont plus de 300 tués pour la seule période du 4 juin au soir au 11 juin au soir, soient les 7 jours passés au Labyrinthe !

Ne pas perdre de vue que ces 300 morts jalonnent une avance de quelques mètres...

Posté par stephan à 17:33 - 3. - Le Labyrinthe - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 juillet 2005

Hé ! hé ! hé !

Chaque livraison du "Canard du Boyau" amenait son petit lot de blagues... Assez désuettes, voire incompréhensibles pour certaines - le contexte nous échappant totalement aujourd'hui - bref, d'un autre temps (d'un temps où il était cependant héroïque de faire ce type de potacheries sous les obus), on sourit gentiment et avec indulgence à leur lecture, près d'un siècle après...

canard01

"Le Canard du Boyau", n° 9, octobre - novembre 1916

Posté par stephan à 14:15 - Le Canard du Boyau - Commentaires [2] - Permalien [#]

11 juillet 2005

Les combats du Labyrinthe - 5

Bonjour à ceux qui parcourent cette page de temps à autres (si ! si ! il y en a !!). Après plusieurs semaines durant lesquelles il ne m'a pas été possible de continuer à "alimenter" la page, je reviens ... avant de repartir, les vacances pointant leur nez à l'horizon...  J'espère cependant pouvoir déposer quelques messages avant de ficeler le baluchon.

Je commence par reprendre la chronique des combats du Labyrinthe que j'avais laissée en suspens avec ce large extrait du J.M.O. du 74e R.I. :

5 JUIN 1915

La nuit du 4 au 5 et la journée du 5 ont été marquées par un bombardement d’une extrême violence occasionnant des pertes très sensibles.
À 15 h. 30, en exécution de l’ordre du général commandant la 53e D.I., le 74e R.I. a attaqué par les boyaux B4, B5 et B6. Objectif : boyau d’Eulembourg.
Dans le boyau B6, la progression a été sensible. En B4 et en B5, malgré une lutte très vive, nous sommes restés stationnaires.

Pertes :

- Capitaine SIMON (commandant la 7e Cie), tué.
- Lieutenant WAGNER (commandant le 9e Cie), tué.
- Lieutenant MANSUY (commandant la 12e Cie), tué.
- Sous-lieutenant ISARD (Cie de mitrailleuses), blessé.
- Sous-lieutenant HENRY (9e Cie), blessé.
- Capitaine LEFEBVRE-DIBON (commandant la 10e Cie), blessé.

- 13 sous-officiers et 124 caporaux et soldats ont été tués.
- 26 sous-officiers et 310 caporaux et soldats ont été blessés.

6 JUIN 1915

Continuation de la lutte dans les boyaux B4, B5 et B6. La progression continue en B6. En B4 et B5 la situation reste inchangée.
B5 et B6 sont reliés par un mauvais boyau qui a été aménagé et qui doit servir de nouvelle parallèle à environ 150-200 mètres du boyau d’Eulembourg. En outre, l’avenue Claudot a été reliée à B6 ; restent 50 mètres à exécuter pour activer cette liaison. Très violent bombardement de la zone occupée par le régiment entre 17 et 19 heures.

7 JUIN 1915

Dans la nuit, achèvement de la tranchée reliant l’avenue Claudot avec B6. En outre, les boyaux A4, A5 et A6, complètement bouleversés par l’artillerie, sont remis en état.
À 4 heures, l’ennemi contre-attaque. Lutte très vive aux têtes de sapes avec des alternatives de gains et de pertes. Les éléments du 3e bataillon, très affaiblis, sont relevés par deux compagnies du 2e bataillon.
Dans le boyau de Bade (que l’on avait pris par erreur pour B6) on progresse également sur B6 et B4 à la sape.

Pertes :

- 1 sous-officier et 39 caporaux et soldats blessés.

8 JUIN 1915

Dans la nuit du 7 au 8, amélioration de A4, A5, A6  et Z5. Toute la journée, la lutte continue à la tête de B5. L’ennemi qui attaquait l’entrée du boyau du Bade a été repoussé. Deux mitrailleuses du 224e R.I. viennent renforcer le front ; l’une en B4 et l’autre entre l’avenue Claudot et B6.

Pertes :

Tués (officiers)

- Sous-lieutenant LORNE.
- Sous-lieutenant GREBOVAL.
- Sous-lieutenant LE GOËVEC.
- Sous-lieutenant LE TREMBLE.

Blessés (officiers)

- Lieutenant PEYRIERES.
- Sous-lieutenant VAN HAVERE.
- Sous-lieutenant LAURAS.
- Sous-lieutenant CHAPRON.
- Lieutenant PIETRINI.
- Lieutenant BOULE.

- 17 sous-officiers et 114 caporaux et soldats tués.
- 32 sous-officiers et 221 caporaux et soldats blessés.

9 JUIN 1915

Dans la nuit du 8 au 9, commencement de la tranchée devant rejoindre le 69e au boyau de Bade (fait 100 mètres environs). Aménagement du chemin creux. Réfection des boyaux et tranchées A4, A5, A6 .
Pression par l’ennemi pendant toute la journée sur les deux têtes de sapes ; combat à la grenade. Nous nous maintenons sur nos positions.

Pertes :

- Sous-lieutenant GUASTALLA, tué.
- Sous-lieutenant FUZIBET, blessé.

- 2 sous-officiers et 13 caporaux et soldats tués.
- 3 sous-officiers et 49 caporaux et soldats blessés.

10 JUIN 1915

À 1 heure du matin, attaque violente de B5. Nous progressons de quelques mètres, mais nous ne réussissons pas à déloger l’ennemi de la barricade. Sur le boyau de Bade, nous dépassons le point B, et établissons une barricade au-delà de ce carrefour. Dans la matinée, la luette continue aux têtes de sapes. On prépare des gradins de franchissement dans les boyaux d’où doit déboucher une attaque de vive force à 21 heures.
À 21 heures, et suivant les ordres du général commandant la 53e D.I., le boyau d’Eulembourg est attaqué comme suit :

- par deux compagnies du 1er bataillon partant de la parallèle du boyau de Bade et prenant comme objectif le front C – K – P (deux escouades du génie se joignant à cette attaque) ;

- par trois sections du 2e bataillon qui prennent comme objectif le front D – F – E (deux sections à gauche, une section à droite de la sape B5) ;

- liaison suivant B6 entre les éléments des deux bataillons.

A gauche : une première vague de deux pelotons se porte sur l’objectif assigné. Le peloton de gauche se heurte à des fils de fer, puis oblique à droite et subit des pertes sérieuses. A gauche, une quarantaine d’hommes réussit à sauter dans le boyau d’Ulm (parallèle et à environ 100 mètres du boyau d’Eulembourg).

La deuxième vague ne déboucha qu’à 23 h. 30, n’appuyant pas efficacement la première (retard dû à la difficulté de se placer dans le boyau de Bade qui est très étroit. D’autre part, étant donné la nuit très noire et la pluie battante, des erreurs de direction se produisirent et presque toute cette deuxième vague se bloqua dans le boyau B6.

A droite : les éléments du 2e bataillon sont arrêtés par les fils de fer, non loin du boyau d’Ulm et, su-bissant de grosses pertes, durent rétrograder. Au petit jour, nous avions dans le boyau d’Ulm, aux environs du point F, une soixantaine d’hommes ; mais, sous la pression des renforts allemands venus par B2 et B3, ces hommes, après une résistance acharnée et des pertes considérables, furent réduits à rétrograder sur B6.

En B5, nous avions enlevé la barricade allemande et progressé de plus de 50 mètres.
Toutefois, l’opération ayant pour but d’enlever le boyau d’Eulemberg n‘avait pas réussi.

Pertes :

- Lieutenant LEBLANC, tué.
- Capitaine LIBEROS, blessé.
- Lieutenant LANQUETOT, blessé.
- Lieutenant TESTUT, blessé.
- Lieutenant PRENEZ, blessé.

- 7 sous-officiers et 29 caporaux et soldats tués.
- 10 sous-officiers et 115 caporaux et soldats blessés.

11 JUIN 1915

Violent bombardement dès l’aurore et qui dura toute la journée. L’ennemi toujours mordant sur B5 et B6. Nous tenons ferme tout le jour et nous progressons même d’une vingtaine de mètres en B6.

Le soir, le régiment a été relevé par le 205e R.I. ; la relève s’est terminée le 12 juin au jour.

Posté par stephan à 23:41 - 3. - Le Labyrinthe - Commentaires [1] - Permalien [#]



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