BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

20 juin 2009

Fête de la Musique...

Cette note fait partie d’une expérience de billets croisés, tentée avec d'autres blogs qui évoquent les régiments de la Première Guerre, et du 3e Corps d'Armée en particulier : le 28e R.I., le 36e R.I. et le 119e R.I. À l'occasion de la fête de la musique, célébrée ce jour partout en France, chacun de ces sites aborde le thème de la musique, sous des angles différents et avec des approches particulières. Bonne lecture, bon surf, et dites-nous ce que vous en pensez. La section commentaires vous reste ouverte.

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Le 12 juin 1916, à Condé-en-Brie, les musiques réunies des 36e, 74e et 129e R.I. jouent, pour la première fois, la "Marche Héroïque de la 5e Division", oeuvre glorifiant la vaillance des poilus de Mangin à Neuville-Saint-Vaast puis à Douaumont. Composée par André Caplet, musicien affecté au 129e R.I., cette marche ne sera jouée que quelques fois durant la guerre, et connaîtra quelques enregistrements après guerre.

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Il en est ainsi... à la guerre on se tue, puis on chante un couplet... puis on se tue... et on entonne un nouveau couplet... et on se tue...

Mais ils sont nombreux à n'avoir pas chanté tous les couplets.

En voici quelques-uns de ces "gars de Neuville-Saint-Vaast", en tas, en vrac, dégringolés comme les notes d'une portée soufflée, secouée par l'Arès déchaîné des plaines d'Artois...

FETEMUS1

Pour écouter la "Marche Héroïque de la 5e D.I., rendez-vous sur Deezer :

http://www.deezer.com/track/2650436

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13 juin 2009

"Amagne-Lucquy, terminus ! Tout l'monde descend..."

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6 août 1914. Le régiment débarque dans les Ardennes, suivant les dispositions établies par le plan de concentration des armées françaises mobilisées. Les trois échelons successifs du 74e prennent contact avec la guerre sur les quais d'Amagne-Lucquy. Direction : la frontière...

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01 juin 2009

La Victoire...

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Août 1914 : 3500 hommes quittent Rouen formant les rangs du 74e R.I....

Novembre 1918 : 3500 combattants du 74e R.I. ne reviendront jamais du grand charnier ...

Parmi ces quelques hommes de la 11e Cie photographiés en 1915, combien verront le Monument de la Victoire érigé à Rouen après le carnage ?

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25 mai 2009

Le Monument du 3e bataillon...

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Dans la nuit du 24 au 25 mai 1916, ce qui reste du régiment est relevé. La tentative de reprise de Douaumont est un échec. Le commandant Lefèbvre-Dibon et les survivants du 3e bataillon, quant à eux, prennent le douloureux chemin de la captivité... En Allemagne, le commandant se promet de faire ériger, après guerre, un petit monument en mémoire de ses heures tragiques, sur le champ de bataille de Verdun, là même où, pour lui et ses hommes, la guerre prit fin... Le monument fut élevé ; il restera, des décennies durant, le point de convergence de tous les anciens du régiment venus en pélerinage à Verdun.

Sur le montage ci-dessus, le commandant Lefèbvre-Dibon en 1937 et le monument tel qu'il se présente aujourd'hui...

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30 avril 2009

In Memoriam...

cartetoussaint

Qui, mieux qu'un ancien poilu du 74e ayant fait campagne du 2 août 1914 au 11 novembre 1918, pouvait rendre l'hommage qu'il méritait au Colonel Denisse ?

Ces quelques lignes lui étaient destinées, jetées au dos d'une vieille carte d'état-major qui lui fut offert, il y a quarante ans, par Charles Toussaint, cycliste du colonel Brenot. Elles témoignent de la reconnaissance des derniers grands anciens du régiment pour le travail considérable entrepris par le Colonel Denisse, au sein même de l'Amicale parisienne des Anciens du 74e, afin de conserver, par-delà les ans, la mémoire des faits et gestes des poilus du 74e entre 1914 et 1918.

1er mai 2009 : voilà aujourd'hui une année que Robert Denisse nous a quitté.



Alors, à mon tour, je voudrais rappeler ici la mémoire de cet homme qui passa plusieurs années de sa vie à rassembler tout ce qui pouvait témoigner de cette période. Il le fit dès la fin des années soixante lorsque, muté comme capitaine au 7-4, il se rapprocha de l'Amicale parisienne des Anciens du 74e R.I., de ceux qui avait fait la Grande Guerre. Il les côtoya ainsi durant plusieurs années, les écoutant, récoltant leurs souvenirs encore vivaces, participant à leurs banquets, pèlerinages...

Les années passant, irrémédiablement les rangs de l'amicale se clairsemaient... Mais tous restaient fidèles au Souvenir et avaient à coeur de respecter le vieux serment, fait des décennies plus tôt : faire vivre l'Amicale jusqu'au dernier et accompagner chaque camarade jusqu'à sa dernière demeure... Ce fut dit et ce fut fait, grâce à l'énergie de Robert Denisse dont la jeunesse (relative en regard des nonagénaires et centenaires qui formaient le dernier carré de l'Amicale !) et la vigueur permirent de prolonger les activités - certes, de plus en plus réduites - de l'Amicale et de maintenir, jusqu'aux derniers, ce lien fraternel qui les unissaient depuis près de 80 ans.

J'ai eu le plaisir de connaître Robert Denisse il y a quelques années et de passer avec lui plusieurs journées durant lesquelles, connaissant mon intérêt pour l'histoire du 74e R.I., il se faisait une joie de me conter quelques souvenirs de ces temps où il vécut au contact intime de ces grands anciens... Je le sentais heureux de savoir que tout cela intéressait encore quelqu'un, et surtout que cette Mémoire ne serait pas perdue, oubliée.

La dernière fois que je lui serrais la main... c'était le 1er Mai 2008.

Je voudrais dire ma reconnaissance à la famille du Colonel Denisse, la remercier encore une fois de son accueil, et enfin lui assurer qu'en cette journée mes pensées vont vers elle.


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11 décembre 1966 : Charles Roussel (ancien commandant de la 3e Cie du 74e R.I. et dont il a déjà été question sur ce blog) remet le fanion de la 3e Cie au capitaine Denisse, commandant celle-ci.


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Le fanion de la 3e Cie du 74e R.I.

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10 avril 2009

Verdun - La Caillette - Montée en ligne

Il y a 93 ans, en avril 1916, le 74e R.I. était engagé à Verdun avec la mission de reprendre le bois de Caillette, au sud du fort de Douaumont. Voici un petit montage illustrant les premières heures de cet engagement, à savoir la montée précipitée au front, les 2 et 3 avril 1916. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

A bientôt !

arriveecaillette

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20 janvier 2009

"Le Testament du Fantassin"

verlet1

J'ai déjà parlé ici de Paul Verlet. Ce soldat poète a laissé un témoignage poignant sur la guerre, et sur le 74e R.I. en particulier, dans un petit recueil intitulé "De la boue sous le ciel".

bibverlet

 

Blessé à plusieurs reprises, Paul Verlet décèdera finalement, miné, quelques années après la guerre...

Le groupe Tichot a sorti, en 2008, un album consacré à la Grande Guerre. Leur mise en musique de plusieurs textes écrits par des soldats est sobre, juste et émouvante. Parmi les titres enregistrés, il en est un que je vous propose d'écouter plus particulièrement puisqu'il s'agit d'un texte de Paul Verlet, magnifiquement interprété : "Le Testament du Fantassin".

A bientôt !

Un extrait ci-dessous. Pour l'écouter en intégralité, achetez le CD ! (... mais en attendant, cliquez sur "popup" dans le lecteur...)


Découvrez Tichot!

Si je meurs, mes amis d'espoir et de misère,
Vous m'ensevelirez sans cercueil dans la terre.
Que m'importe le coin ! Face aux fils barbelés,
Dans le trou d'obus neuf, marneux, roussi, pelé,
Sous un peu d'herbe verte, ou dans notre tranchée,
Sous le tronc qui bénit de sa branche arrachée,
Sous le cheval crevé, sous le clocher flambé,
Mais gardez-moi le sol où je serai tombé ;

Fos yeux se mouilleront et vos mains maternelles
Auront des gestes doux pour me remplacer celles
De ma mère dont les amours me manqueront.
Et vous disposerez mes cheveux sur mon front,
Vos mots d'adieu seront la chaleur qui dorlote.
Et vous boutonnerez sur mon sang ma capote,

Vous croiserez mes doigts, que je parte plus beau,
Comme un chrétien paisible, au seuil du grand repos.
Vous me couvrirez bien de terre parfumée,
De celle d'où je viens et que j'ai tant aimée ;
Vous l'épandrez sur moi comme un velours de Mort...
Son âme épousera la forme de mon corps,

Et, fier de mes vingt ans engrenés dans la glaise,
Je pourrirai content dans ma terre française ;
Puis, sur mon tertre nu, vous mettrez une croix.
Vous prierez coude à coude une suprême fois ;
Vous trouverez la plus sublime des prières,
Et mon tombeau sera plus grand qu'un cimetière ;

Vos gros doigts, en tremblant, rangeront mon massif.
Gravé par vos couteaux, d'ornements très naïfs
Enjolivé, mon nom vivra sur une branche,
Roi d'un palais d'éclats d'obus, de pierres blanches.
Sur le sol éventré, s'il sourit une fleur
Ou deux, portez-les moi ! Je préfère qu'un cœur

De mes soldats me garde un peu d'amour qui veille.
Vous écrirez mon âge aussi dans la bouteille...
Quand, vainqueurs, vous aurez retrouvé votre seuil,
Dites, songeant à moi sans retour, sans cercueil,
Ces simples mots qui sont d'immortelle semence :
« C'était un brave gars. Il est mort pour la France! »

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31 décembre 2008

En route pour 2009 !

Une année se termine, la quatrième pour ce blog mis en ligne le 26 décembre 2004 !

Pour ce dernier message de l'année, je tiens avant tout à remercier celles et ceux venus ici, régulièrement ou occasionnellement suivant la nature de leurs recherches. De très nombreux échanges résultèrent de ces correspondances. Toutes et tous ont apporté de précieuses contributions qui entretiennent magnifiquement la mémoire du 74e R.I.

J'espère que ce blog aura permis, cette année encore, à certaines et certains d'entre vous d'en apprendre un peu plus sur le parcours de ces hommes. Pour ma part, grâce à vous, j'en ai appris beaucoup et j'ai eu plaisir de voir confirmer à de nombreuses reprises que les familles conservaient avec beaucoup de respect le souvenir de leurs ancêtres passés par le 74e R.I. En 2009, ce blog portera témoignage de ces échanges.

Si je n'ai malheureusement pas eu tout le loisir nécessaire pour animer cet espace comme je l'aurais souhaité cette année, je formule donc le voeu d'être davantage présent en 2009 !

...

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A mes yeux, une des horreurs les plus poignantes de la guerre reste, immuablement, la désespérante solitude de l'homme blessé, agonisant loin des siens sur le champ de bataille, sans une main à laquelle se raccrocher - ne serait-ce que quelques instants - pendant que la vie s'échappe par la plaie béante.

Aussi, pour finir cette année sur une note d'espoir, je vous propose cette photo - sans doute une des plus belles prises par R. Schenck, soldat de la 8e Cie du 74e R.I., au cours de l'offensive du 25 septembre 1915 à Neuville-Saint-Vaast - et qui nous montre que, même dans une des plus sales boucheries de cette guerre, certains hommes surent se hisser "au-dessus de la mêlée" et tendre la main à leurs adversaires.

A très bientôt, et meilleurs voeux pour cette nouvelle année.

Stéphan

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11 novembre 2008

11 Novembre 2008 et J.M.O.

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Tous les jours, et cela pratiquement tout au long de la guerre, Edmond Hannier, secrétaire à l'état-major du 74e R.I. traçait à la plume, sans doute sous la dictée du chef de corps ou de son adjoint, les "pages de gloires et de misères" du régiment sur de grands registres destinés à recevoir le journal des marches et opérations de l'unité. Son écriture ne trahit aucune émotion... et pourtant, quel chaos dans ces pages soigneusement transcrites.

Derrière la calligraphie appliquée et souple du secrétaire, combien de drames... Combien de vies définitivement rayées derrière ces noms sans rature... Combien d'espoirs achevés le long de ces colonnes sans fin... Combien de corps brisés par-delà ces noms si rarement écorchés...

Sa mission, à lui, Edmond Hannier, c'était d'écrire tout cela, de mettre noir sur blanc le gris des journées mornes, l'angoisse des nuits pourpres et le rouge de la charge. Que du noir au final, et répété quotidiennement durant plus de quatre ans.

Je veux croire qu'il a souvent pleuré sur ces cahiers sans doléance en écrivant, pour la dernière fois, le nom de ses camarades, mêlant ses larmes à l'encre d'une plume d'acier trempée dans les plaies hurlantes de plus de 3500 hommes.

Les J.M.O. sont en ligne. Réjouissons-nous de la mise à disposition de ces documents irremplaçables. Mais n'oublions pas, en ce 11 Novembre, qu'au-delà des mots, des rapports et des documents, il y avait nos pères, nos grands-pères, nos arrières-grands-pères, séparés de la mort par la protection que leur procurait l'épaisseur de l'étoffe de leur uniforme et de leur peau...

Pour le 74e, c'est ici :

J.M.O. du 74e R.I.

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08 octobre 2008

Publication - Gaston Olivier du 274e R.I.

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Il y a quelques années, sur ce blog, Alain Chaupin évoquait, dans une lettre émouvante, la mémoire de son grand-père, Gaston Olivier, soldat au 274e R.I., tué au tout début de l'année 1915. Les lettres qu'il envoya depuis le front à son épouse ainsi que divers documents le concernant et qu'Alain a soigneusement commentés et mis en perspective, font aujourd'hui l'objet d'une publication aux Editions Anovi.

N'hésitez pas, commandez sans tarder cet ouvrage ! Vous trouverez ici le bon de commande à renvoyer aux Editions Anovi dans le cas où vous ne trouveriez pas ce livre dans votre librairie (il est annoncé pour paraître dans la seconde moitié du mois d'octobre).

Outre le fait que tous ceux qui s'intéressent au 274e R.I. (régiment de réserve du 74e R.I. qui, durant la période concernée par l'ouvrage, suivit un parcours parallèle à celui du 74e) seront bien évidemment comblés par la lecture de ce texte, il faut également souligner les qualités intrinsèques du témoignage que Gaston Olivier nous laisse dans ses lettres et qui feront de ce livre, à coup sûr, une référence sur la vie, les misères, les petites joies, les doutes et les espoirs des poilus de la première année de la Grande Guerre.

Bonne lecture !

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25 septembre 2008

25 septembre 1915 - Il y a 93 ans...

En cette date du 25 septembre, il est impossible de ne pas penser à la désastreuse offensive française et à tous ceux qui, des deux côtés du no man's land, en firent les frais. Alors, en mémoire de tous ceux-là, ce soir, j'ai une pensée pour ces deux-là...

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06 septembre 2008

Unis comme au front...

« Ceux qui vous traitent de brute casquée se méprennent du tout. Ils ne comprennent pas que ce que vous  regrettez dans la guerre, c’est l’amour ; c’est le seul lieu où vous avez pu aimer puissamment les hommes ».


Montherlant, Chant funèbre pour les morts de Verdun, Bernard Grasset Editeur, 1925.

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Marcel Bert et Auguste Borderieux étaient de la classe 1916. Après une instruction reçue au 9e bataillon du 74e R.I., ils rejoignent, le 20 avril 1916, le régiment sur le front, en compagnie d’environ 200 autres « Marie-Louise ».

Un mois plus tard, ce sera pour ces gamins de 20 ans le baptême du feu… et quel baptême : direction Verdun, et attaque du fort de Douaumont… Une trentaine seulement de ces 200 sortira indemne de la fournaise.

Auguste Borderieux comptera parmi les blessés. Marcel Bert, lui, s’en sortira, mais sera blessé quelques mois plus tard au bois Bouchot.

Dès leurs classes, ces deux-là avaient sympathisé ; et cette amitié, que renforcera encore l’épreuve du feu, les liera toute leur vie.

Marcel Bert prononcera, le 11 avril 1943, un bel éloge de son camarade à l’occasion de la remise de la Légion d’honneur à Auguste Borderieux. Et ce sera encore lui, alors âgé de 80 ans, qui dira en des termes émouvants l’ultime adieu au camarade Borderieux, devant son cercueil, le 26 février 1976.

Il ne s’agissait pas d’une camaraderie de façade affichée aux seules réunions publiques et autres banquets de l’Amicale des Anciens du 74e. Dans l’intimité, cette amitié était tout aussi sincère et profonde. En témoignent ces quelques lignes extraites d’une lettre que Marcel Bert envoya à Auguste Borderieux, le 23 mai 1922 :

« Mon cher Auguste,

Je te remercie d’avoir bien voulu m’adresser un petit mot à l’occasion de l’anniversaire de Douaumont. Je vois que cette date, de tragique mémoire, est à jamais gravée dans ton esprit ; moi-même, tous ces jours-ci, et en particulier hier et aujourd’hui, je n’ai cessé de penser à l’effroyable aventure dans laquelle nous avons bien failli laisser notre peau.

[Suivent la narration de la journée du 23 mai 1916 à Douaumont et la façon dont Auguste Borderieux se porta volontaire pour aller en patrouille avancée avec Bert alors qu’il aurait pu en être dispensé ayant déjà été de corvée la nuit précédente… – et on peut imaginer ce que signifiait « partir en corvée » de soupe et de café en pleine attaque du fort de Douaumont ce 23 mai 1916…]

[…] Nous sommes côte à côte. Nous attendons un moment l’accalmie favorable. Puis, après nous être consultés du regard, tu sautes…. toc ! toc ! toc ! ... Je saute immédiatement derrière toi… toc ! toc ! toc ! ... et tombe sur toi juste pour entendre ton cri : « Je suis blessé ! »

Ton courage, ton dévouement et ton sang-froid t’ont mérité mon admiration ; je suis heureux de te le redire, mon vaillant ami, à l’occasion de ce sixième anniversaire du jour où tu offris ta vie pour la France de si généreuse façon. […] Je suis fier d’avoir été le témoin de ton attitude très courageuse au cours de ces combats. »

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07 août 2008

On reste au créneau, mais...

Bonjour à tous ceux qui viennent ou reviennent, de temps à autres, fréquenter cette page et qui commencent à se lasser (mais peut-on réellement s'en lasser, hein ???) d'y voir trôner immuablement, depuis le mois d'avril, le clairon du "Père La Classe" !

Ce n'est malheureusement pas aujourd'hui que je vais alimenter cette page afin de la faire évoluer un peu. Ce n'est pas la "matière" qui me manque (au contraire !), mais plus simplement - et comme pour beaucoup d'entre nous - le temps, qui me fait cruellement défaut actuellement...

Parti depuis mai dernier dans une nouvelle aventure professionnelle - et bien que mon boulot soit une aventure en soi ! - il me faut prendre mes marques. Un temps d'adaptation, de "rodage", est donc nécessaire. Passé ce cap, c'est avec un immense plaisir que je reviendrai animer cette page avec beaucoup de documents car, si moi je tourne un peu au ralenti, les amis, les descendantes et descendants de poilus du 74e R.I. restent très actifs ! Et je tiens d'ailleurs par ce message à les remercier encore une fois pour la documentation qu'ils veulent bien mettre à ma disposition très régulièrement. Tout cela se retrouvera prochainement ici !!

A très bientôt !

Stéphan

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Au créneau (Lihons, 1916)

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12 avril 2008

Le clairon du "Père la Classe"

Outre les souvenirs de son grand-père, Jean-Claude a conservé le clairon de Fernand : « Voila l’objet. Pas mal non ? Pour avoir autant voyagé sur le terrain et dans le temps… avec quelques petites réparations d’époque ; les pompons ne sont pas d’origine mais la poignée en cuir, oui...! », commente Jean-Claude en m’envoyant le cliché.

YONCLAIRON

Sonnez trompettes, battez tambours ! Voici, grâce à Jean-Claude, un objet rare et hautement symbolique : le clairon du « Père la Classe » !

Rare car il ne m’avait jamais été donné de pouvoir découvrir un authentique clairon du 74e, ayant passé par la grande fournaise : « Un peu cabossé, mais vu la campagne et l’âge... rien à dire ! » Effectivement, Jean-Claude, rien à dire… si ce n’est un grand merci de nous offrir ce privilège de voir – si ce n’est entendre ! – ce clairon.

Symbolique car, tout de même, c’est au son de ce clairon, et des autres clairons du régiment, que 3000 hommes chargèrent, un 22 août 1914 devant l’inconnu et pour une course meurtrière de plus de quatre années…

En illustration de ce message, l’instruction des tambours et clairons, avant guerre, en la caserne Pélissier à Rouen. Album-souvenir du régiment (1909).

YONECOLECLAIRON

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02 avril 2008

Fernand Yon : le « Père la Classe »

YONPORTRAIT

A la fin de l’année dernière, j’ai eu le plaisir d’être contacté par Jean-Claude dont le grand-père, Fernand Yon, fit toute la campagne au 74e R.I. Jean-Claude a gardé des souvenirs très précis des diners familiaux de son enfance, au cours lesquels son grand-père revenait parfois sur quelques anecdotes du temps de « sa » guerre.

Fernand avait le verbe facile et, d’après son petit-fils, était ce que l’on appelle un « bon vivant » ; il aimait raconter et le faisait avec humour et générosité. A tel point que Jean-Claude, aujourd’hui encore, se souvient, à la virgule et à l’intonation près, de quelques-unes de ces tirades dominicales !!

Il a eu la gentillesse de nous transmettre cette mémoire. Fernand n’a pas tenu de carnet de route. Heureusement, l’attention et la mémoire de Jean-Claude, alors petit garçon sans doute captivé par la bonhommie de son grand-père, est le dépositaire involontaire de ces souvenirs, et il nous permet, aujourd’hui, de faire connaissance avec Fernand Yon, clairon aux 1ère et 9e Cie du 74e R.I., au travers de quelques anecdotes qu’il a accepté de partager ici.

Alors, plutôt que de paraphraser maladroitement Jean-Claude, je vais tout simplement lui laisser la parole dans les prochains messages déposés sur le blog ; on y retrouvera avec plaisir la saveur des propos de Fernand, son grand-père ! Merci encore Jean-Claude !

Mais avant, permettez-moi de vous présenter brièvement Fernand Yon, surnommé le « Père la Classe » par ses camarades. A défaut d’une photo contemporaine à la guerre, le voici, ci-dessus, en 1956, âgé alors de 66 ans. Né en 1893 à Lillebonne, il était de la classe 13 et partit dès le 2 août 1914 avec le 74e R.I sur la frontière belge.

Après la guerre et trois blessures, « il a fait sa carrière à la SNCF comme roulant – d’abord comme chauffeur et ensuite comme mécanicien... vapeur, sur la ligne Paris-Rouen-Le Havre, rapide voyageurs. Son dépôt était le dépôt SNCF de Sotteville-lès-Rouen et, mauvais hasard de la vie, il fut accidenté du travail et mutilé d’une jambe à l’âge de 36 ans... et termina sa carrière à 55 ans, comme c’était la règle, comme responsable de la cantine du dépôt, toujours à Rouen. »

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12 mars 2008

Lazare Ponticelli - 1897-2008

PONTICELLI

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30 janvier 2008

Charles Bizet...

Etrange proximité de consonnance entre le nom du dernier tué de la Grande Guerre du 74e, et celui du dernier membre de l'Amicale des Anciens du régiment (classe 16) qui s'est éteint en 1994, à l'âge de 98 ans.

bizet

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18 décembre 2007

Voeux 2008

voeux2008

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09 novembre 2007

Le dernier de la Der des Ders...

Paul Bizot, 21 ans, dernier soldat du 74e R.I. tué devant l'ennemi, il y a aujourd'hui 89 ans. A deux jours de la signature de l'Armistice...

bizot

Merci à Patrick M. pour ce cliché.

A noter que dans ses souvenirs, le lieutenant Havage de la 5e Cie, place la mort de Paul Bizot au 10 novembre 1918... Voici le quelques lignes, que l'on ne peut lire sans une émotion certaine, qu'il consacre à ce jeune soldat :

"Je revenais de ce P.C. quand je rencontrai deux hommes qui venaient d’être blessés à la tête, au milieu du terrain, entre la route et l’Escaut. Ils me dirent que le capitaine les avait envoyés vers moi pour renforcer ma patrouille, me font voir leurs blessures et m’apprirent que leur camarade Bizot avait été tué à côté d’eux.

Bizot fut le dernier tué du régiment. C’était un petit soldat de 20 ans, de constitution plutôt faible, mais très courageux ; un gentil petit gars qui faisait des économies sur son prêt pour se marier après la guerre. Si le capitaine avait mieux connu le terrain, il n’eut pas envoyé cette patrouille en plein jour et aurait évité ces pertes."

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31 octobre 2007

Charles Roussel - 05

... ou : une femme dans les tranchées !

Je vous propose de retrouver - enfin ! - le lieutenant Charles Roussel dont j'ai déjà évoqué le souvenir dans mes messages précédants.

Nous sommes à la fin de l'année 1915. Les combats de l'Artois sont un mauvais souvenir (un très mauvais souvenir), et le régiment se trouve dorénavant en ligne dans la Somme. C'est une mission très particulière que va se voir confier le lieutenant Roussel : son chef de bataillon lui annonce que "Madame la commandante" va venir, ce soir, visiter le secteur et poussera notamment jusqu'aux tranchées de premières lignes, tenues alors par la 3e Cie du lieutenant Roussel ! Rien de plus ! Madame Chambouillat dans les tranchées de la Somme !! Le commandant lui demande donc de veiller à ce que cette visite se passe sans incident et discrètement.

Et effectivement, à la nuit tombée, le commandant présente sa femme aux officiers, dans l'abri du petit état-major du bataillon ; elle est coiffée d'un casque, vêtue d'un ample manteau de cavalerie et chaussée d'élégantes bottes montantes. Un petit en-cas est servi. Les officiers "constatent avec plaisir que la commandante paraît bien plus jeune qu'ils ne se l'imaginaient. Elle est ravissante, discrètement parfumée - ce qui contraste avec agréablement avec l'odeur de vieux culots de pipes qui imprègne le gourbi."

La visite proprement dite des tranchées de première ligne fut alors conduite par le lieutenant. Le secteur était calme, quelques rares coups de canon au loin. Au terme de cette inspection très particulière, il sera même proposé de lancer quelques fusées comme clou de la visite, mais la commandante refusera, afin de ne pas agiter inutilement le secteur.

Bref, Madame fut ravie et tout se passa très bien... si ce n'est un guetteur qui, non informé de la particularité de la visite, laissa échapper, depuis le renfoncement de son créneau de veille, un claquant "Hé, mon lieutenant, ça sent la pute !" Tout le monde fit mine de ne rien entendre cependant que le lieutenant Roussel serrait les fesses... ;-)))

Un des poilus relatant la scène ajoute que Madame la commandante, "revenue à Rouen, n'eut rien de plus pressé que de raconter ses prouesses. Cela parvint aux oreilles des "huiles" qui infligèrent quinze jours d'arrêt" au commandant...

Madame la commandante fut veuve quelques mois plus tard. Son mari, tué au bois de la Caillette en avril 1916, fut inhumé sur place, en présence du lieutenant Roussel qui, lui-même, serait très grièvement blessé quelques heures plus tard. Mais ça, j'y reviendrai ultérieurement...

Ci-dessous, un document rare : les épouses des officiers du 74e R.I., photographiées lors d'une invitation de Madame la Colonel Schmitz, en 1913 ou 1914, à Rouen. Madame Chambouillat y est très probablement présente car son mari était présent au corps à cette époque... Madame la Colonel est au centre, debout et en noire.

OFFICIERES

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