BLEU HORIZON - 74e R.I.

Un régiment normand dans la Grande Guerre

29 janvier 2005

Thil - Chemin de relève

Voici un des chemins de relève entre Thil et les tranchées situées en avant du village, menant également au bastion du bois de Chauffour. Tous les soldats du 74e l'ont emprunté entre septembre 1914 et avril 1915…

 

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28 janvier 2005

Sang & Alcool en 14-18 : jusqu'à la dernière goutte...

Extrait du J.M.O. pour la journée du 29 janvier 1915

 

Dans la soirée du 29, l'ennemi lança une grenade dans les tranchées du bastion devant la cabane du cantonnier. Un homme fut tué (Doré, Louis), un autre légèrement blessé (Govelet, Gaston).

 

Pendant toute la nuit, tir intermittent de l'artillerie ennemie sur les tranchées de première ligne : sergent Drouet, 6e Cie, légèrement blessé.

 

Une forte patrouille, commandée par un sous-lieutenant, a été dirigée en avant du secteur.

 

Louis Doré avait 24 ans. Il repose à la Nécropole nationale de Sillery, tombe 5427. Ce même jour, et dans un tout autre registre, une note émanait du Q.G. de la Division :

 

Note

 

Q.G., 29 janvier 1915

Monsieur le Général commandant la Division Provisoire

 

Objet : hommes rencontrés en état d'ivresse

 

Une dizaine d'hommes appartenant au 74e Régiment d'Infanterie (9e Cie) ont été rencontrés aujourd'hui vers 16 h. 45, échelonnés sur la route de Gueux à Thillois, en état d'ébriété et sans armes.

 

De l'enquête faite auprès des gradés accompagnant ces hommes, il résulte que ceux-ci se seraient enivrés à Gueux pendant la halte-repas que la compagnie aurait faite dans ce village au cours d'une marche militaire, et ne se seraient pas présentés au moment du rassemblement. Les fusils et les sacs avaient été emportés par la compagnie ; un sergent et un sergent-fourrier avaient été laissés à Gueux pour rechercher les manquants et les ramenés.

 

L'état de ces hommes étant une cause de scandale et plusieurs d'entre eux étant même dans l'impossibilité de faire l'étape pour rejoindre leur cantonnement, ils ont été groupés, conduits au village de Thillois et remis au poste de police du 102e R.I.T., dont le commandant a été prévenu.

 

Un de ces sous-officiers a du ramener ce soir ceux des hommes pouvant marcher, les autres ont du rester à Thillois sous la surveillance de l'autre gradé, avec l'ordre de rejoindre leur corps demain matin.

 

J'ai l'honneur de vous prier de faire une enquête sur ces faits et de prononcer toutes sanctions que vous jugerez utiles.

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25 janvier 2005

Une journée ordinaire

Extrait du J.M.O. du 74e R.I.

25 JANVIER 1915

Dans la soirée du 24, violentes canonnade et fusillade dans la direction du Luxembourg.

Nuit calme sur tout le front du secteur du Centre. Toutefois, vers 5 heures, quelques obus de gros calibre sont venus bouleverser partiellement une tranchée de Chauffour.

Pendant la nuit, une forte patrouille commandée par un adjudant a été dirigée en avant du secteur.

Ce matin, vers 5 heures, une patrouille ennemie a été signalée par un de nos postes d'écoute dans le talweg entre les Carrières et Chauffour. Quelques coups de fusil tirés de nos tranchées l'ont obligée à se replier.

Dans la matinée, bombardement intermittent, par des projectiles de différents calibres, du bois de Chauffour, des Carrières, ainsi que sur des tranchées en avant de Thil. Deux hommes ont été tués, un autre légèrement blessé.

J'ai retrouvé les noms de ces deux tués, dont les identités n'étaient pas précisées dans le J.M.O. :

-          Léon Bellot, 20 ans, originaire de l'Yonne ;

-          Emile Seitz, 33 ans, originaire du Bas-Rhin, inhumé dans la nécropole de Sillery.

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22 janvier 2005

Petit drame dans le grand drame...

Lieutenant-colonel commandant le 74e R.I. à Général commandant Division provisoire

Aujourd'hui 23 janvier 1915, vers 13 heures, un soldat vêtu de l'uniforme français et sans arme s'éloignait de la tranchée située en avant de la lisière sud-est du bois de Chauffour et se dirigeait vers l'ennemi. Le sergent de service dans cette tranchée fit tirer sur le fuyard qui se coucha dans un champ de betteraves, à 250 mètres environ de la tranchée.

Vers 16 heures, une patrouille commandée par un adjudant sortit de nos lignes, se porta jusqu'au déserteur et l'obligea à rentrer.

L'interrogatoire de ce militaire a donné les renseignements suivants :

Il appartient au 102e R.I.T. (12e Cie, capitaine Durand). Il se nomme C******** et a prétendu être venu ce matin de la Verrerie près de la Neuvillette jusqu'au bois de Chauffour en suivant la Route 44. Il s'est présenté aux guetteurs de la tranchée ci-dessus indiquée en leur disant qu'il venait voir un de ses camarades du 74e R.I. nommé Dorel. Les soldats crurent que c'était un soldat du 78e R.I.T. employé à une corvée de transport de matériaux de défenses accessoires. Il quitta la tranchée par le nouveau boyau en construction se dirigeant vers l'est, et pu facilement ainsi sortir de nos lignes.

Il a été blessé à la main droite et au pied droit et évacué sur l'ambulance de Chenay.

Interrogé sur les mobiles de sa tentative de désertion, il a déclaré qu'il était puni très sévèrement, et même menacé d'être traduit en Conseil pour ivresse.

Ci-joints les documents saisis sur le soldat C******** (deux cartes, une lettre et deux enveloppes).

Le colonel signale la conduite de l'adjudant Vingt-Trois, des sergents Huan et Foucher et du caporal Tonnelier, de la 6e Cie. Ils se sont présentés spontanément pour aller chercher le déserteur, même en plein jour. Je les propose pour être cités à l'ordre de la Division.

Lieutenant-colonel Brenot.

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19 janvier 2005

Il n'est pas "Mort pour la France"...

Pour la journée du 18 janvier 1915, le J.M.O. du régiment note « aucune perte » pour le 74e R.I. Et pourtant, ce jour-là, le soldat Ernest D***** se suicidait dans les tranchées détrempées et glacées du secteur Thil -  bois de Chauffour...

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18 janvier 2005

Le Canard du Boyau

 

Je vous propose de faire connaissance avec le Canard du Boyau !

 

Comme nombre de régiments durant la guerre, le 74e R.I. eut « son » journal de tranchée. Cette feuille de quatre pages (au format capricieux qui ne passe pas dans mon scanner) vit le jour en Artois, sur le front de Neuville-Saint-Vaast, entre les offensives de juin et celles de septembre 1915. C'est en effet en juillet que Gaston Coroyer lança le projet. Le titre retenu fut Le Canard du Boyau.

 

Le dessinateur de l'équipe avait, non sans un humour de circonstance, préalablement proposé Le Boyau du Canard

 

Au programme de cette publication principalement destinée aux poilus du régiment et à leurs correspondants : textes humoristiques, poésies, dessins, reportages, concours, etc… Bref, un contenu classique pour ce type de feuilles. Ce sont les services du Journal de Rouen qui se sont chargés d'imprimer le journal, pour un tirage variant de 1000 à 2500 exemplaires.

 

Le premier numéro paru fut daté d'août-septembre 1915. Toute une équipe, malgré les combats, les déplacements, la mort de certains collaborateurs, les difficultés matérielles de tous ordres, fit vivre ce journal durant toute la guerre. Au final, assez peu de numéros (18) et une périodicité très …libre. Le dernier Canard parut en décembre 1918.

 

Quelques-uns des collaborateurs du Canard du Boyau :

 

-          Gaston Coroyer, Cie Mitr.

-          André Cerné, sous-lieutenant à la 2e Cie ? tué le 4 avril 1916 à la Caillette

-          Paul Longavesne, sous-lieutenant à la 12e Cie, tué le 26 septembre 1915, à Neuville-Saint-Vaast

-          René Petel (ou Petet ?)

-          P. Goursat

-          Bib, dessinateur (si quelqu'un sait qui se cache derrière se pseudo…)

 

Je tire ces informations du magnifique livre d'André Charpentier, Feuilles Bleu Horizon. 1914-1918, Imp. De Vaugirard, 1935. Je remercie chaleureusement Rémi H. qui se reconnaîtra s'il tombe sur cette page !

 

Pour finir, voici un autre canard qui inspira peut-être les rédacteurs normands du 74e R.I....

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14 janvier 2005

Bully-les-Mines, le 14 Janvier 2005

 

Lettre du Petit Fils de Gaston Olivier, soldat au 274° RI - tué à l'ennemi - le 14 Janvier 1915

 

Bully-les-Mines, le 14 Janvier 2005

 

Cher Bon Papa,

 

C'est donc ton petit-fils qui s'adresse à toi, 90 ans après ta mort tragique sur le front de Champagne et le jour anniversaire de la naissance de ta fille Suzanne, qui fête aujourd'hui ses 91 ans.

 

Tu étais parti à la guerre convaincu qu'elle serait courte, puisque vous ne pouviez que la gagner contre des barbares qui ne respectaient rien.

Il fallait que le bon droit triomphe de l'infamie. Tu avais raison, ta sincérité et ta foi en un avenir meilleur ne pouvaient que t'aider à terrasser le monstre.

Mais à quel prix ! tu as côtoyé la mort chaque jour, au point de la souhaiter pour toi-même comme étant la seule solution pour échapper à cet enfer.

 

Tu as eu le souci constant d'être un père de famille bienveillant, protecteur, rassurant pour tes 3 enfants et ton épouse qui faisaient ta fierté et dont tu avais dû te séparer malgré toi. Tu as su garder pour toi le plus gros de tes angoisses en les distillant avec une pointe d'humour de manière à ne pas dramatiser plus qu'il n'en fallait.

 

Et pourtant les 6 mois passés sur le front ont été un cauchemar journalier, ton quotidien était fait du sifflement des balles, du grondement des obus, des explosions des marmites, des dégâts causés par les shrapnells, des marches éprouvantes, un corps courbatu, blessé, malade, tu as vécu avec l'odeur des morts, de cette mort horriblement présente dans le décor des combats, tu as dû te coucher et t'endormir sur une terre imprégnée de sang, qui, mêlée à l'urine et aux excréments devint ce que Maurice Genevoix a appelé : "L'humus humain".

 

Seule l'amitié de tes compagnons d'infortune, les lettres de ta famille, les colis des amis, t'ont permis de résister temporairement à cette ultime épreuve.

Le destin a voulu que tu cesses brutalement de vivre cet enfer ce 14 Janvier 1915.

Reposes en paix, cette paix pour laquelle tu as combattu au sacrifice de ta vie afin que nous puissions vivre en paix.

 

Ton petit fils

 

Alain

 

J'espère qu'Alain Chaupin, que je remercie pour les lignes qu'il a bien voulu déposer ici, verra un jour la correspondance de guerre de son grand-père publiée…

 

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Alexandre de Visme

Je viens de passer une journée très intéressante au S.H.A.T. Il me faut maintenant « digérer » tout ce que j'y ai collecté…

J'écrirai, un autre jour, quelques lignes sur Alexandre de Visme. Son cousin, Jacques, fut tué le 2 mars 1916 ; il était alors au 146e R.I. (ses carnets de guerre ont été publiés, en 1927, dans un ouvrage en sa mémoire).

Alexandre, lui, était capitaine au 74e. Il fut tué un mois plus tard, le 3 avril, à quelques centaines de mètres de l'endroit où tomba Jacques…

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13 janvier 2005

Deux noms

Le 13 janvier 1915, le caporal Edouard Epin, engagé volontaire alsacien de 22 ans, décédait de ses blessures à Chenay, où des unités du service de santé du 3e Corps étaient installées, dont l'ambulance 4.

Le 12, c'est à Rouen que Georges Pinel, 44 ans, décédait des suites d'une maladie. Il était probablement affecté au dépôt du régiment.

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11 janvier 2005

Louis Cordonnier

 

Louis Cordonnier (sergent à la 9e Cie) connut la guerre vingt jours, du 2 au 22 août 1914. Les combats eux-mêmes, il ne les vécut que quelques heures…

En effet, il sera blessé dès la matinée du 22, au premier engagement du 74e R.I., lors des combats meurtriers de Roselies, sur la Sambre. Il restera longtemps sur le terrain, la cuisse brisée. Ce n'est que deux jours plus tard que les premiers soins lui seront prodigués. Mais la plaie s'est déjà considérablement infectée…

Les restes du 74e R.I. refluent et sont déjà bien loin, en route pour la Marne. Ce sont donc les allemands qui vont donc « ramasser » Louis, blessé et très affaibli, pour l'emmener à Montigny [Montignies ?] près de Charleroi où il sera soigné par des religieuses.

Presque trois mois durant, Louis Cordonnier luttera. Loin des siens et sans nouvelles, il ne saura pas que son frère, Jean (sous-lieutenant à la 6e Cie du 24e R.I.) a été blessé le 5 septembre ; il ne saura pas, qu'à peine remis de sa blessure, Jean repartira au front le 13 octobre suivant et sera tué deux jours plus tard ; il ne saura pas que Paul, le plus jeune des trois frères, également affecté au 74e R.I., sera blessé le 25 septembre 1915, à Neuville-Saint-Vaast ; il ne saura pas que son père, accablé, décèdera en 1917 ; il ne saura pas que Paul, rescapé de la guerre, rédigera après la boucherie une petite plaquette à la mémoire de ses frères aînés… Non, il ne saura rien de tout cela, car Louis Cordonnier expirera le 12 novembre 1914.

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