17 mai 2007
Charles Roussel - 01
Charles Roussel commença la guerre comme sergent à la 3e Cie du 74e R.I. Il la termina comme lieutenant, commandant cette même 3e Cie, grièvement blessé lors de la reconquête du bois de la Caillette, le 4 avril 1916. Cette blessure à la hanche l'handicapera toute sa vie. Il s'est éteint à l'âge de 82 ans, à la fin des années soixante. Au soir de sa vie, il laissera, par écrit, quelques souvenirs de sa guerre. Au fil de quelques messages, je vous propose de faire connaissance avec cet officier - un parmi plus de 350 qui passèrent par le 74e R.I. au cours de la guerre, et certainement un parmi les plus braves...

03 février 2007
C'est du 461 et la fuite en vitesse...

Voici une carte postale de la caserne Pélissier (Rouen).
Ils sont nombreux les pioupious qui, effectuant leur service militaire au 74e R.I., envoyèrent des cartes similaires ! J'en ai plusieurs du même type. Cartes anodines et banales qui ne mériteraient pas que l'on s'y attarde, tant, à première vue, elles ne recèlent que bien peu d'informations. Et pourtant, parfois, entre les lignes...
Celle que je vous présente aujourd'hui est vraiment touchante... Elle est de Maurice Bourgeois, soldat au 74e R.I., 6e Cie, qui l'adresse à son ami, Emile Piernet, lui-même sous les drapeaux, mais à Amiens, au 72e R.I. (11e Cie). En voici les premières lignes :
"Mon cher Emile,
J'espère que ma carte te trouvera en bonne santé, moi je me porte bien. Je crois que le temps se tire pour toi car je crois que c'est du 96 pour toi, et pour moi du 461. Ah !! Vivement la classe. Depuis deux mois, je suis cycliste du commandant [...]"
461 jours encore à tirer, se lamente-t-il gentiment... Cela lui laissait espérer une libération du service militaire pour septembre... 1915. Le plus gros était fait (le service était de trois ans à l'époque). Mais le plus dur était pourtant à venir...
Cette carte, il l'écrivit le 18 juin 1914. Un mois et demi plus tard, la guerre éclatait. A-t-il seulement pu revoir les siens avant de partir, le 5 août, vers la Belgique avec le 74e R.I. ? Combien de lettres ou de cartes, Maurice Bourgeois écrira-t-il encore ? Sans doute bien peu...
"Pour moi du 461. Ah !! Vivement la classe"...
En fait de 461 jours, il ne lui restait même pas 100 journées à vivre. Maurice Bourgeois combattit à Charleroi fin août 1914, recula jusque sur la Seine, se battit à nouveau à Courgivaux (6 septembre), avança jusque sur Reims... Des journées terribles dans l'histoire du régiment... Et puis, quelques temps avant que le front se fige et qu'apparaissent les premières tranchées, il sera blessé lors de combats au nord de Reims, et décèdera des suites de ses blessures, à Gueux (Marne), le 15 septembre 1914...
Aujourd'hui, le recul, implacable, nous permet, à travers de bien modestes documents, de saisir toute l'horreur de cette guerre...

04 janvier 2007
René Prévost - La photo !!!!!
Meilleurs voeux pour cette nouvelle année !!! En espérant qu'elle me laissera davantage de temps pour animer cet espace plus sérieusement que l'an passé !
Afin de la bien commencer, je me permets de vous rappeler l'histoire du brancardier Prévost. Vous pouvez vous rafraîchir la mémoire - et sa mémoire - en relisant le texte que je lui consacrais l'année dernière :
Je terminais cette évocation en disant - sans trop y croire - mon espoir de pouvoir mettre un jour un visage sur ce nom. Eh bien, c'est aujourd'hui chose faite !!! Parmi de nombreux documents récemment acquis, j'ai eu la joie et la bonne surprise de découvrir une photo sur laquelle apparaît René Prévost. Elle fut prise en 1913, à la caserne Pélissier de Rouen, durant son service militaire (il était de la classe 1911). On y voit René Prévost disputant une partie de cartes avec trois autres camarades musiciens, dans leur chambrée.
Je suis donc aujourd'hui heureux de vous présenter enfin cette homme qui fit, bien malgré lui, la "une" d'un périodique et de pouvoir ainsi prolonger la mémoire de René Prévost.

08 mars 2006
Le retour !
Voilà quelques mois que j'ai du arrêter la publication de nouveaux messages sur le blog ! Déménagement et boulot ne m'ont laissé que peu de temps pour actualiser cette page. Il n'est pas dit d'ailleurs que les mois à venir me laisseront toute la liberté souhaitée pour reprendre de manière plus assidue le fil de l'histoire du 74e R. I. durant l'année 1916.
2006 année de Verdun... le 74e y a laissé du monde et j'espère pouvoir, aux mois anniversaire d'avril et de mai, rendre hommage au sacrifice consenti par les combattants du régiment au bois de La Caillette et sous le fort de Douaumont.
En attendant, voici quelques visages de combattants du 74e R. I. J'ai, à ce jour, réussi à rassembler les portraits de plus de 250 hommes qui sont passés par le régiment, dont ceux-ci. Je veux ici remercier tous ceux qui contribuent à étoffer régulièrement cette galerie de portraits.

07 décembre 2005
Les tombes de Marcel RENOUSIN...
Marcel RENOUSIN, originaire de Fontaine-la-Mallet (76) était soldat à la 8e Cie du 74e R.I. Il fut tué le 6 avril 1916, lors des combats de la Caillette, devant le fort de Douaumont, à l'âge de 23 ans. Destin tragiquement banal si l'on considère que ces combats ont fait plus de 300 tués et des centaines de blessés au sein du régiment...
La plupart de ces tués ont été portés "disparus". La famille RENOUSIN eut au moins la "consolation" de savoir que le corps de Marcel avait été retrouvé et qu'il reposait à Verdun... Je ne sais rien de cet homme ni de sa famille... Mais aujourd'hui, je me pose une question : si la famille est venue, après la guerre, se recueillir sur la sépulture de Marcel, où a-t-elle laissé perler ses larmes ?? Sur quel petit tertre ?
Car Marcel RENOUSIN a l'honneur de posséder deux sépultures à Verdun : l'une au Faubourg-Pavé, l'autre à la nécropole de Douaumont ! A l'ombre de quelle croix repose-t-il ??? ... Et puis, évidemment, cela amène à se poser l'autre question, incontournable : quel autre poilu se trouve sous l'autre croix ??? Il est à peu près certain que je n'aurai jamais les réponses à ces deux questions, mais je sais aujourd'hui que, lors que ma prochaine visite à Verdun, j'irai saluer, et plutôt deux fois qu'une, Marcel RENOUSIN.
Merci à JLK pour la photo de la tombe de Douaumont
29 novembre 2005
Le brancardier Prévost...
Jean-Claude, grand ami du 74e, m'a transmis un document qui me donne l'occasion d'éclairer la fin d'un brave du 74e R.I. : une illustration pleine page d'un journal de l'époque relatant l'équipée de quelques brancardiers du 74e R.I. Voici la légende :
Les casques, le paysage de cette illustration, tout renvoie à Verdun... Alors je cherche... Des Prévost dans la liste des tués du 74e, il y en a quelques-uns. Des Prévost tués à Verdun, il n'y en a plus que deux... dont un appartenant à la C.H.R. comme musicien-brancardier... C'est donc notre homme ! Tué à la Caillette, le 4 avril 1916, d'après sa fiche.
PREVOST, Marie, Stanislas, Augustin, René.
Je suis déjà content de pouvoir relier ce dessin, cette page de gloire, à cet homme. Ils sont si nombreux à n'avoir, aujourd'hui, plus que leur nom dans la liste des tués et sur quelque monument aux mort, sans rien d'autre... Alors, à chaque fois que je peux redonner un peu de vie à ces hommes perdus - un visage, une citation, une évocation, n'importe quoi qui lui redonne une épaisseur - je suis heureux...
Pour Marie Prévost, j'ai même pu aller plus loin... je sentais que cette équipée de brancardiers me disait quelque chose... Alors, j'ai continué à chercher... Et c'est ainsi que je retrouvais une évocation des derniers instants de ce brancardier. Il s'agit d'un extrait du carnet de route d'un autre brancardier du 74e R.I. :
6 avril 1916
[…] Un homme passe ; on lui demande où est le poste de secours des premières lignes. « Là… à droite… dans le fond ». Nous y arrivons ; des blessés sont là. Nous avons mis une demie-heure pour venir de la Redoute Blanche ; il faut plus d’une heure pour aller à la Grande Redoute. A quatre, PREVOST, DEHAIS, DUCLOS et moi, nous pouvons transporter un blessé, trois dans la nuit si tout va bien. Il y en a, par terre, autour de nous, plus de vingt.
C’est une tâche impossible. Au hasard (on choisissait toujours les blessés les moins lourds [...]), nous en prenons un. En route !
Le tir de barrage continue à tonner avec fracas. La nuit est sillonnée d’éclairs. On s’aplatit pour laisser passer une rafale ; on reprend le brancard, se relève, avance lentement. Mais voici que tout à coup, du fond de l’horizon, arrive un souffle puissant qui s’achève en une explosion sourde. Je suis debout dans la nuit. DUCLOS se relève. DEHAIS a la lèvre coupée et s’éponge la figure avec un mouchoir plein de sang. Notre blessé est étalé à côté du brancard et PREVOST a un éclat dans le cou qui l’a tué net. Nous remettons le blessé sur le brancard. DEHAIS et moi le porteront à deux. Nous ne voulons pas abandonner le corps de PREVOST ; DUCLOS le charge sur ses épaules : nous l’enterrerons à la Redoute. […]
Et, effectivement, grâce à ses camarades, le corps de Marie PREVOST ne restera pas sur le champ de bataille. Il repose aujourd'hui dans la nécropole du Faubourg-Pavé, à Verdun, tombe 3657. Grâce à Jean-Luc, autre ami du 74e résidant à Verdun et maniant l'appareil-photos comme nul autre, voici sa tombe :
A noter qu'entre ces différents éléments, la date de décès est assez mouvante... Il me reste à trouver, un jour, une photo de cet homme...
Je tiens vraiment à remercier Olivier, Jean-Claude P. et Jean-Luc K. sans qui il m'aurait été impossible de rassembler ici ces quelques traces éparses d'un homme du 74e. Je posterai prochainement, en mémoire de Marie PREVOST la Chanson des Brancardiers du 74e R.I...
19 novembre 2005
Cimetière des Batignolles
J'ai eu le plaisir, récemment, d'entrer en contact avec François, petit-fils du Colonel BRENOT. Internet permet de belles choses - il vit en Californie ! Grâce à lui, j'ai pu me rendre sur la tombe de son grand-père, au cimetière des Batignolles (Paris, 17e). François a consacré une page de son blog au Colonel (puis Général) BRENOT. Je vous invite à la visiter. Je l'ajoute aux liens de la colonne de droite.
27 septembre 2005
L'abbé Boulé
L'abbé BOULE, lieutenant à la 9e Cie, rédigeait cette lettre le 21 septembre 1915. Le 29, trois balles allemandes le tuaient alors qu'il inspectait sa compagnie sur le front de Neuville-Saint-Vaast, dans les environs de la tranchée des Déserteurs.
Cher Monsieur le Curé,
Voilà le moment de redoubler nos prières. Moment important de l’histoire de cette guerre. Aussi, nous comptons sur vous. L’esprit des troupes est excellent. Chacun est heureux de mettre son poing dans le débat pour en hâter la fin. Chacun est prêt – admirablement prêt souvent – à en hâter le dénouement, même au prix de sa vie. Il faut venir ici pour voir le courage calme, l’héroïque esprit de dévouement et la certitude de la victoire qui forme l’atmosphère que nous respirons. Beaucoup arrangent leurs affaires de conscience. Et moi, je ne voudrais pas y rester sans vous avoir une fois encore témoigner ma respectueuse affection……
Je vous embrasse cordialement en Notre-Seigneur. Qu’il vous garde et vous donne sa paix ! (1)
Fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume avec la citation suivante :
"Excellent officier, brave et courageux, belle conduite au feu. Tombé glorieusement le 29 septembre 1915 en entraînant sa compagnie à l'attaque de la ferme de la Folie".
A la vérité l'on doit que l'attaque de cette ferme était déjà un vieux rêve le 29 septembre... Ce jour, le 3e bataillon fortifiaient ses positions, bien en avant de cette ferme qu'il n'atteindra jamais... Né à Elbeuf le 1er janvier 1883, l'abbé BOULE était, avant guerre, vicaire à Notre-Dame de Longpaon, à Darnetal.
(1) Lettre reproduite par le Bulletin Religieux de Rouen, le 15 octobre 1915.
22 mars 2005
Une photo
Voilà quelques jours que je n’ai pas eu de temps à consacrer au blog. Mais je ne reste pas inactif pour autant. D’une part, je prépare un petit texte de transition pour le 12 avril prochain : il y a 90 ans, à cette date, le 74e R.I. quittait définitivement le secteur Thil – Chauffour ; d’autre part, je continue mes recherches en vue d’établir une liste – la plus exhaustive possible – des tués du 74e R.I. Enfin, j’étais dernièrement au S.H.D. où j’ai pu relever de nouveaux documents sur le 74e.
J’inaugure aujourd’hui la nouvelle mouture Canablog. On verra bien ce que ça donne…
Ce matin, dans ma boîte aux lettres, une carte-photo qu’un correspondant, Marc (qui se reconnaîtra et que je remercie encore vivement !) a trouvé ; il a eu la gentillesse de me l’offrir. A mon tour d’en faire profiter ceux que cela pourra intéresser.
Ce sont des soldats du 74e R.I. lors de leur service militaire (Rouen, caserne Pélissier). Je pense pouvoir situer la photo entre 1911 et 1913. Ils aspiraient alors à la quille… Ces jeunes, quasi imberbes, seront les poilus de Charleroi, de Courgivaux, de Brimont, de Neuville-Saint-Vaast, de Lihons, de Douaumont, etc… Combien de ceux qui posent sur cette photo en reviendront, le 11 novembre 1918 ? Un, deux ? Trois ou quatre tout au plus ?...
Si quelqu’un, de passage devant cette photo reconnaissait un parent, qu’il me contacte.
10 mars 2005
"Le P'tit Bonhomme"

« Le P'tit Bonhomme » fut le surnom donné au lieutenant-colonel Brenot qui prit le commandement du régiment le 16 septembre 1914. Parti le 2 août à la tête du 2e bataillon du 74e, il succéda au colonel Schmitz (blessé le 6 septembre au soir, lors des combats de Courgivaux), puis au lieutenant-colonel Viennot (nommé colonel, et à qui l'on confia la 10e brigade) à la tête du régiment.
« Homme brave et brave homme », ainsi que le dépeint Charles Toussaint* (C.H.R.), le colonel Brenot conservera le commandement du 74e R.I. durant 42 mois (il ne fut évacué que deux mois, suite à une blessure reçue le 20 juin 1915, à Neuville-Saint-Vaast). Il était natif de Guémenée-sur-Scorff (Morbihan).
* Charles Toussaint, « Petites histoires d'un glorieux régiment », Imp. Binesse, 1973.












